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Le Conseil des Religions alerte sur les dérives de notre société

Père Philippe Goupille, Jonathan Ravat et Belall Maudarbux. Père Philippe Goupille, Jonathan Ravat et Belall Maudarbux.

L’heure du bilan de l’Inter Cultural Education (ICE) a été l’occasion pour les membres du Conseil des Religions de tirer la sonnette d’alarme sur les dérives de la société mauricienne depuis ces dernières années.

Le père Goupille, président du Conseil des Religions :« Que chacun se mette au travail social pour combattre ses pulsions négatives »

Ce mardi 25 septembre, à l’Aventure du Sucre, le Conseil des Religions (CdR), anciennement connu comme le Conseil des Sages, a réuni ses membres pour effectuer le bilan de son projet éducatif Inter Cultural Education (ICE).

D’emblée, les interventions du père Philippe Goupille et celles de Belal Maudarbux devraient bien vite remettre les pendules à l’heure où s’annoncent les futures World Food Day et World Poverty Day. Pour sa part, Jonathan Ravat, membre du CdR, a souligné que la nouvelle impulsion du conseil a été le soutien de feu Kofi Annan, ex-directeur général de l’Onu, au CdR en vue de s’engager dans l’action sociale. A savoir dans le combat contre le sida et dans le secteur éducatif avec l’emphase sur l’éducation interculturelle. « Aujourd’hui, semble dire Jonathan Ravat, l’heure est à la réflexion sur l’avenir à l’aube de ces célébrations internationales. »

Pourquoi les thématiques de la paix et de la pauvreté sont-elles en corrélation avec celle du ‘nation-building’ omniprésent dans les discours axés sur le vivre-ensemble ? Sans doute parce que la violence de l’extrême pauvreté pourrait ressembler à l’autre revers plus radieux de la médaille où l’on voit apparaître le Metro express, si rien n’est fait pour renverser une situation sociale qui porte les germes d’une réédition des émeutes de 1999, a fait valoir Belall Maudarbux. Lorsqu’on sait que ces émeutes, d’abord en réaction à la mort en détention du chanteur Kaya, étaient à deux doigts de prendre une dimension communale à la fin, il n’est pas superflu d’écarter cette perspective funeste, poursuit-il.

Certes, le Conseil des Religions, ne reste pas les bras croisés. Sa ‘composante militante’, selon l’expression de Jonathan Ravat, s’exprime dans le partage des valeurs des religions de Maurice dans les collèges confessionnels, où les expériences sont fertiles. Car, c’est là où les jeunes apprennent à maîtriser leurs colères qui mènent à la violence, explique le père Goupille, citant le Mahatma Gandhi et Mère Teresa comme des modèles de figures de la non-violence. « C’est possible de maîtriser cette violence liée à l’injustice, aux blessures de notre enfance, au rejet de nos parents, aux actes qui nous dévalorisent. Il faut chercher le chemin dans les méditations, les textes sacrés mais il faut aussi s’intéresser aux causes. Il faut que chacun se mette au travail social pour combattre ces pulsions négatives. Parmi les activités collectives qu’on doit encourager, il y a les sports », précise-t-il.

‘La peur des autres’

Le père Goupille montre du doigt ‘la peur des autres’ et ‘l’indifférence’, comme facteurs qui ne favorisent pas le dialogue interreligieux. « Avant de me joindre au Conseil des religions, je ne trouvais pas le temps de fréquenter les autres », avoue-t-il. Mais, ajoute-t-il, pour donner un sens et une orientation au dialogue interreligieux, « il faut former les jeunes à l’école, au collège et à l’université, il faut aussi combattre les réflexes communalistes et les peurs qui empoisonnent nos vies ».

Prendre le dessus sur ces défis s’appuie sur le soutien matériel, notamment le Fond CSR. « Chaque année, le Conseil a besoin de Rs 1 million pour maintenir son secrétariat », explique le père Goupille. Mais, cette enveloppe n’est guère suffisante face aux besoins grandissants du fonds. Aussi, lance-t-il, un appel aux associations socioculturelles qui bénéficient des subventions de l’État d’en verser 1 % au conseil en vue de pouvoir poursuivre son travail « dans l’approfondissement de la religion de l’autre ».

Belall Maudarbux, analyste politique et consultant « 50 000 ‘expats’ français ont voté le Front National »

S’intéresser aux causes qui favorisent les pulsions brutales, comme le faisait ressortir le père Goupille, conduit à examiner de près la société mauricienne et ses maux. Parmi eux, fait ressortir Belall Maudarbux, il y a les observations de l’Organisation des nations unies qui font apparaître qu’une communauté de Maurice vit dans la pauvreté et est exclue des services de l’État. « L’avenir de Maurice ne peut être envisagé si ces questions ne sont pas traitées et si on continue à mépriser une communauté alors que nous tendons à jeter les bases du ‘nation-building », fait-il ressortir.

Belall Maudarbux s’alarme de ces exclusions qui pourraient s’apparenter aux mêmes symptômes qui ont donné lieu aux émeutes de 1999. « À y regarder de près, nous n’avons pas tiré les leçons de ces jours sombres », lâche-t-il. Mais, au sein même de la société mauricienne, renchérît Belall Maudarbux, il faut tenir compte d’une diaspora française composée d’expats français, parmi lesquels 50 000, ont voté pour le Front national de Marine Le Pen. « Ce sont des personnes qui sont imprégnées d’une idéologie raciste, xénophobe, totalement contraire à nos valeurs humanistes, pluriculturelles et qui peuvent mettre à mal notre vision de ‘nation building’ », fait-il observer. Et d’ajouter que : « pour se mettre à l’écart, ils ont choisi de vivre dans des ‘gated areas’, de s’éduquer dans leurs propres écoles et lycées. »