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Jacqueline L’Écluse : au cœur de l’enquête criminelle

Jacqueline L’Écluse

Passionnée d’enquêtes criminelles, Jacqueline L’Écluse, une Mauricienne qui a travaillé pendant de longues années en Australie veut apporter une nouvelle touche à la manière dont les crimes sont rapportés dans la presse locale. Reportage.

Jacqueline L’Écluse veut dresser un portrait psychologique des principaux acteurs concernés dans les affaires criminelles. Et elle compte le faire en écrivant en anglais. Car elle veut aussi encourager les touristes parlant l’anglais à témoigner s’ils ont été témoins.

« À Maurice, les médias emploient plus largement la langue française pour informer, bien que la langue officielle soit l’anglais », dit Jacqueline L’Écluse, la cinquantaine. « Moi, je veux informer et conseiller en utilisant la langue anglaise. Je veux apporter mon soutien aux parents en souffrance à la suite de la perte d’un être cher. »

Elle explique que quand un meurtre a lieu, il y a quatre personnages qui sont principalement concernés : la victime, le suspect, la famille, l’enquêteur.

« Commençons par la victime : en faisant son profil, je compte décrire avec plus de circonspection le genre de personne qu’elle était, les gens qu’elle fréquentait, comment était son entourage. Ce qui a causé son décès ? », avance-t-elle.

Pour elle, nous vivons à une époque où la maîtrise de soi est une qualité en voie de disparition.»

« Quant au suspect, est-il coupable ? Ou est-il faussement accusé ? Quels sont les doutes qui entourent sa présumée culpabilité ? », poursuit-elle.

« La famille maintenant. Comment vit-elle ce qui s’est passé ? Quelle est la profondeur de sa douleur ? Saura-t-elle accepter la perte de cet être cher ? »

« Enfin l’enquêteur. Comment se déroule l’enquête ? Est-il sur une piste ? A-t-il un (des) témoin (s) ? Y a-t-il un sentiment de frustration ? Une impatience d’attendre les conclusions des divers tests d’analyse ? L’enquête sera-t-elle longue ? »

Jacqueline L’Écluse explique qu’elle compte se servir de ces éléments pour informer les lecteurs, pour les faire réfléchir. Elle veut qu’ils ne commettent pas l’irréparable et qu’ils comprennent que leurs actions peuvent avoir de lourdes conséquences.

Processus

Jacqueline L’Écluse se basera sur l’article relatant le fait divers pour écrire ce qu’elle pense et tirer les conclusions. Elle fera ressortir des points saillants pour chacun des quatre personnages. « Le tout sera écrit avec sensibilité pour ne pas blesser quiconque, pour ne pas entraver le cours de l’enquête », explique-t-elle.

Comment lui est venue cette idée un peu particulière ? « J’ai vécu pendant 24 ans en Australie et là-bas, j’ai été témoin de ce que je veux faire ici. Cela se fait aussi aux États-Unis et en Europe. Il y a des points saillants qui sont mis en avant, des analyses, des portraits psychologiques, des introspections. J’ai remarqué qu’on n’a pas ce genre de chose ici et je me suis dit pourquoi ne pas le faire ? », explique-t-elle.

Pour elle, nous vivons à une époque où la maîtrise de soi est une qualité en voie de disparition. « J’ai remarqué qu’à part rapporter des cas, on ne parle pas assez de la maîtrise de soi dans la presse écrite à Maurice. Il y a un manque de conseils appropriés. C’est ce qui m’a motivée », dit-elle.

Pourquoi n’a-t-elle pas pensé à faire des réflexions et à donner des conseils à travers un blog ? « L’Australie fourmille de ce genre de choses et moi, cela ne m’intéressait pas de faire ce travail là-bas. Je suis Mauricienne et ce sont à mes pairs que je veux venir en aide avant tout », répond-elle.

De propres études

Jacqueline L’Écluse le dit franchement : pour faire ce qu’elle compte faire, elle a fait ses propres recherches pendant trois à quatre ans. Elle n’est pas allée à l’université, elle ne s’est inscrite à aucun cours pour apprendre comment cerner les personnages liés à un meurtre, comment cerner le motif, quelles conclusions en tirer.

« Au début, j’ai songé à m’inscrire à une université, puis je me dis que ce n’était pas nécessaire, que je pouvais étudier par moi-même. J’ai examiné des cas policiers en ligne, j’ai visionné des documentaires, des reportages, des films et j’ai appris une foule de choses », déclare-t-elle.

Elle ajoute que depuis son jeune âge, elle aime voir des films policiers. « Des fois, vous ne suspectez pas qu’il y a des choses aussi affreuses qui se passent dans le monde. Quand j’ai commencé à m’y intéresser de plus près, j’ai eu l’impression de changer complètement de carrière », poursuit-elle.

Avant de penser à faire carrière dans la lutte contre la criminalité, Jacqueline travaillait dans un warehouse, dans le département des logistiques.

Australie

A-t-elle rencontré de vrais enquêteurs pendant son apprentissage sur la criminalité ? Non. Est-ce que les enquêtes progressent rapidement en Australie ? Elle répond que là-bas aussi, il y a des cas qui n’ont pas été résolus. Elle cite le cas de trois enfants d’une même famille disparus il y a cinquante ans et qu’on n’a jamais retrouvés. Ils étaient allés à la mer lors de l’Australian Day sans être accompagnés par leurs parents.

« Quand j’étais en Australie, on a retrouvé des ossements sur un site où une usine devait être construite. Ils ont commencé à fouiller et cela a duré des heures. Mais ils n’ont rien trouvé de plus. Cela n’a rien donné », raconte-t-elle. « Cela est resté une « cold case ». Toutefois, le nombre de cas non résolus reste minime, précise-t-elle. Elle ajoute que les policiers tirent le maximum des moyens sophistiqués mis à leur disposition, grâce aux avancées scientifiques, y compris les tests d’ADN.

Pour approfondir sa connaissance, Jacqueline lit beaucoup. Elle dit avoir remarqué que dans tous les pays, l’enquête policière est menée de la même manière, calquée sur le même schéma. À Maurice aussi ? « Je ne peux le certifier, mais sans doute », dit-elle.

Elle ajoute que de l’Australie, elle a suivi de près le cas du jeune fils d’une de ses amies qui a été tué et dont le corps a été retrouvé à Albion, alors qu’il était en vacances à Maurice. Il effectuait alors son service militaire en France.

Nom : Jacqueline L'Écluse
Âge : 54 ans
Née à : Port-Louis.
Études : Elle a fait ses études primaires à l'école du gouvernement La Paix avant de poursuivre ses études secondaires au collège Bhujoharry.
Situation familiale : Son père était commerçant, sa mère femme au foyer. Elle a quatre frères et six soeurs (Le onzième enfant qui était le benjamin est décédé). Elle est mariée et mère d'une fille de 32 ans.