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Enseignement secondaire : quand les devoirs deviennent optionnels

Un enseignant utilisant le tableau interactif pour rendre la classe plus intéressante.

Les devoirs à la maison, jadis pilier de l’apprentissage, semblent perdre leur place dans le quotidien scolaire. Dans de nombreuses écoles, les cahiers restent malheureusement vides. Face à une génération d’élèves réfractaires aux devoirs, les enseignants réinventent leurs méthodes pour raviver le goût de l’effort pour sauver l’apprentissage. 

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SolutionsLes devoirs à la maison, longtemps considérés comme un pilier de la réussite scolaire, sont aujourd’hui remis en question. Dans plusieurs établissements secondaires de l’île, enseignants et parents constatent que les élèves ne les font plus. Pendant des décennies, les devoirs représentaient le prolongement naturel de la salle de classe : un rituel quotidien censé consolider les acquis, développer l’autonomie et préparer les jeunes au monde adulte. Mais désormais, dans bien des collèges, les enseignants se heurtent à une multitude d’excuses de la part de leurs élèves.

« Je n’ai pas noté quel devoir il fallait faire. », « J’ai oublié mon cahier à la maison. », « Il n’y avait pas d’électricité. », « J’étais chez ma grand-mère. » Autant d’excuses qui reflètent un constat clair : les devoirs ne sont plus une priorité pour bon nombre d’élèves. Dans un collège privé de la région de Curepipe, une enseignante confie que, sur une classe de 28 élèves, seuls 5 rendent régulièrement leurs devoirs. « C’est décourageant. On passe du temps à préparer des exercices, et ils ne les font pas », déplore-t-elle.

Du côté des parents, certains admettent ne plus avoir le temps ni l’énergie pour superviser le travail scolaire à la maison. D’autres estiment que ce rôle incombe aux enseignants, qui doivent s’assurer que les élèves restent en contact avec leurs livres et cahiers. « Je dois cumuler deux emplois, croyez-vous que j’aie le temps de vérifier les cahiers de mes enfants ? Je sais que j’aurais dû le faire, mais je n’ai malheureusement pas ce temps-là… », confie Mary, mère de deux enfants au collège.

Mohammad Akeel Bundhoo, président de l’Union of Rectors and Deputy Rectors of State Secondary Schools (URDRSSS), souligne que les devoirs, qu’ils soient faits en classe ou à la maison, restent un moyen efficace d’évaluer le niveau de compréhension des élèves. « C’est un outil pédagogique extrêmement utile pour l’éducateur, lui permettant aussi de s’autoévaluer et de réfléchir sur sa méthode d’enseignement. Cela lui donne l’occasion de rectifier le tir quand il le faut », explique-t-il.

Il précise que, selon plusieurs éducateurs, de nombreux élèves du secondaire ne font pas leurs devoirs. Ce phénomène récent interpelle et pousse à réfléchir sur les raisons du désintérêt croissant des élèves pour ces exercices, dit le président de l’URDRSSS.

Mohammad Akeel Bundhoo souligne qu’il est indéniable que de nombreux éducateurs continuent d’utiliser, année après année, les mêmes notes et les mêmes méthodes d’enseignement. « Le monde de l’éducation connaît pourtant des changements significatifs, et les élèves sont très technophiles. Or, une majorité d’enseignants manque de volonté pour s’adapter aux nouvelles technologies ».

Un autre constat concerne les leçons particulières, solidement ancrées dans notre système éducatif depuis des décennies. Mohammad Akeel Bundhoo relève que les élèves se retrouvent contraints de faire, en plus des devoirs scolaires, ceux imposés par leurs cours particuliers. Résultat : ils accordent davantage d’importance aux exercices donnés en leçons particulières et témoignent d’un intérêt moindre pour les devoirs de l’école.

Le président de l’URDRSSS souligne également que les mêmes devoirs sont souvent donnés par les deux parties, ce qui contribue au manque de motivation des élèves pour les devoirs scolaires. « Ce n’est plus un secret : le système éducatif mauricien reste très académique dans son ensemble et ne favorise pas le développement holistique des enfants. Beaucoup de nos jeunes ne s’y retrouvent pas et vont à l’école par obligation parentale ou en vertu de la loi (16 ans). Cela engendre un réel manque de motivation, presque cruel, et pousse au rejet des devoirs de l’école », estime Mohammad Akeel Bundhoo.

Il ajoute que les différences socioéconomiques sont importantes dans notre pays. « Toutes les familles n’ont pas les mêmes moyens financiers. Dans les familles les plus modestes, les enfants donnent souvent un coup de main à leurs parents et n’ont donc pas assez de temps pour faire leurs devoirs. Dans ces mêmes familles, le suivi parental des devoirs est également limité », explique-t-il.


Présence du smartphone 

De plus en plus de jeunes possèdent un téléphone portable avant même l’âge de 13 ans, parfois dès l’école primaire. Cette précocité numérique les expose à un usage intensif des écrans, en particulier des réseaux sociaux. Résultat : une grande partie de leur temps est absorbée par ces plateformes, souvent au détriment de leurs devoirs.

« Lorsque vient le moment de se consacrer aux tâches scolaires, beaucoup se retrouvent mentalement épuisés ou disposent de trop peu de temps pour les accomplir correctement. Dans bien des cas, les devoirs ne sont tout simplement pas faits », selon Mohammad Akeel Bundhoo.

Il ajoute qu’un autre phénomène préoccupant est l’attrait pour les formats courts comme les vidéos TikTok ou les « shorts » de YouTube. Ces contenus, qui s’enchaînent toutes les quelques secondes, fragmentent l’attention des élèves et rendent difficile toute concentration prolongée. Toujours selon lui, des études menées aux États-Unis révèlent que la capacité d’attention moyenne des lycéens américains serait tombée à seulement sept secondes.

« Face à des devoirs multiples à rendre dès le lendemain, cette baisse de concentration devient un véritable obstacle. Aujourd’hui, la priorité des jeunes semble s’être déplacée vers une connexion constante à Internet et aux réseaux sociaux, motivée par la peur de manquer quelque chose, le fameux FOMO (Fear of Missing Out) », ajoute-t-il.

Phénomène en hausse

Yugeshwur Kisto, président de la Government Secondary School Teachers' Union (GSSTU), observe que les devoirs à domicile sont de moins en moins réalisés par les élèves, dans les établissements secondaires du pays.

Selon les enseignants, le phénomène s’est amplifié ces dernières années. Les devoirs, autrefois considérés comme un prolongement naturel de l’apprentissage en classe, semblent aujourd’hui perdre leur sens auprès de nombreux élèves. « À quoi ça sert ? » est une question récurrente dans les salles de classe, révélant une perte de motivation et d’intérêt.

Parmi les facteurs identifiés, l’environnement familial joue un rôle central. De nombreux élèves rentrent chez eux sans encadrement : les parents travaillent tard, manquent parfois des compétences éducatives nécessaires, ou ne disposent tout simplement pas d’un espace propice à l’étude.


Repenser les devoirs

« Les enseignants jouent un rôle prépondérant dans la motivation des élèves, parfois plus que les parents », rappelle Mohammad Akeel Bundhoo, en citant une étude d’École branchée (2023). Leur influence dépasse le cadre académique : ils sont en mesure de nourrir les besoins psychologiques fondamentaux des jeunes.

Compétence : En proposant des stratégies d’apprentissage efficaces, les enseignants permettent aux élèves de constater les effets bénéfiques de leurs efforts.

Autonomie : Offrir des choix dans la manière de réaliser les devoirs - formats, approches, rythmes - favorise l’engagement.

Appartenance sociale : Encourager la collaboration entre élèves transforme les devoirs en une activité sociale, porteuse de sens.

Rôle des partenaires 

Selon Mohammad Akeel Bundhoo, le rôle des parents est tout aussi crucial. Une attitude positive est contagieuse et influence la motivation de l’enfant. Un soutien actif, combiné à un environnement propice - espace calme, collations, réduction des distractions — crée les conditions favorables à l’apprentissage. Il est essentiel de féliciter les efforts et la persévérance, plutôt que de se focaliser uniquement sur les résultats.

Vers des devoirs plus efficaces 

Le président propose aussi plusieurs pistes pour rendre les devoirs plus pertinents et motivants :

  1. Définir des consignes explicites et les communiquer aux élèves et aux parents.
  2. Proposer des outils et ateliers pour organiser les devoirs à la maison.
  3. Privilégier des devoirs courts et réguliers plutôt que longs et occasionnels.
  4. Favoriser des activités ludiques et créatives, liées à la vie réelle.
  5. Tenir compte des intérêts et capacités individuelles.
  6. Enseigner la planification et instaurer des habitudes stables.

Il souligne également que, selon le Programme for International Student Assessment (PISA), au-delà de quatre heures par semaine, le temps consacré aux devoirs a une incidence négligeable sur le rendement scolaire des élèves du secondaire.

Pour Mohammad Akeel Bundhoo, les devoirs ne doivent pas être une fin en soi, mais un moyen de développer l’autonomie et le plaisir d’apprendre. Il appelle à :

  • Former les enseignants aux approches pédagogiques innovantes
  • Développer des programmes de soutien pour les parents
  • Mobiliser les ressources communautaires pour réduire les inégalités
  • Évaluer régulièrement l’impact des nouvelles stratégies
     
REDONNER DU SENS AUX DEVOIRS

 


Universal College mise sur un suivi rigoureux des devoirs

Au Universal College, le devoir à la maison n’est pas une simple formalité : il constitue un pilier essentiel de l’apprentissage, en particulier pour les élèves aux capacités faibles ou moyennes. « Nous croyons fermement que la pratique mène à la maîtrise », explique Oudesh Bhowon, manager de l’établissement. C’est dans cette optique que les devoirs sont non seulement donnés quotidiennement, mais aussi suivis avec une attention constante.

Le processus de monitoring repose sur une méthode pointée et transparente :

Étape 1 : Évaluation quotidienne 

Chaque enseignant dispose d’un livret dans lequel il consigne l’état d’exécution des devoirs pour chaque élève. Trois niveaux sont définis :

  • Devoir entièrement réalisé : +1 point
  • Devoir partiellement réalisé : 0 point
  • Devoir non réalisé : -1 point

Étape 2 : Compilation hebdomadaire

À la fin de chaque semaine, les enseignants totalisent les points obtenus du lundi au vendredi et inscrivent le score final dans le livret.

Étape 3 : Implication des parents 

Les élèves ayant obtenu moins de 5 points font l’objet d’un suivi parental. L’enseignant prend contact avec les familles pour :

  • Comprendre les raisons de l’irrégularité
  • Proposer des conseils pour un meilleur encadrement à domicile
  • Encourager une collaboration active entre l’école et les parents

Par la suite, les scores sont affichés en classe, souligne le manager, instaurant une dynamique de compétition positive entre les élèves. Ce système vise à motiver les jeunes, tout en assurant une communication régulière avec les familles, notamment lorsque des signes de régression sont observés. 

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