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Enfermée dans la drogue depuis 20 ans : privée de méthadone, elle crie au secours

Chaque matin, elle est dans la rue dès 7 heures.

À 54 ans, cette femme est consciente qu’elle est passée à côté de beaucoup de belles choses dans la vie. Elle se dit cependant prisonnière du fléau de la drogue, et ce, depuis deux décennies. Aujourd’hui encore, même si elle essaie de trouver une solution, elle n’y arrive toujours pas. Elle a accepté de nous ouvrir les portes de son cœur pour nous partager ses souffrances.

Sa frêle corpulence saute à l’œil. Elle marche d’un pas lent en poussant avec difficulté une vieille poussette remplie d’un amas de choses usagées qu’elle ramasse sur des terrains en friche. Rencontrée en bordure de route à Rose Hill où justement elle ramassait des canettes, Veena (prénom modifié) s’est laissée aller à la confidence malgré sa timidité. D’emblée, elle se décrit comme étant mère, épouse, grand-mère, fille, grande sœur avant de brosser un tableau plutôt sombre de ce qui fait son existence actuelle. 

Au cours de la conversation, elle ne trouve pas toujours les mots justes pour s’exprimer. Cependant, cette quinquagénaire tient à préciser qu’elle ne mentira guère sur sa vie. La rue, dit-elle, peut être un trésor pour elle. « Seki dimoun zete li touzour kapav enn trezor pou enn lot dimoun. »

Justement, sa petite fortune, elle la trouve à partir de que les gens jettent ici et là : cannettes, vieux appareils, entre autres. « Sa bann ti zafer la ariv fer mo boner », lâche-t-elle. D’ailleurs, son bonheur, elle le décrit comme avoir un peu d’argent pour subsister et pouvoir répondre à sa dépendance. 
Quelle est donc cette dépendance ? En effet, l’enfer de la drogue dans lequel elle vit ne date pas d’hier. « Sa fer 20 tan depi ki monn rant ladan. Si mo ti kapav retourn an aryer kitfwa mo ti pou swazir enn lot sime ou kitfwa mo ti pou rant ladan depi pli zenn. Monn vinn telma akro ar sa, ki mo pa mem kapav mazinn mo lavi san sa », soupire-t-elle. Ainsi, Veena explique qu’elle a bien des fois essayé d'arrêter de se droguer, mais elle finit toujours par se replonger. Si la méthadone l’avait bien aidée, cependant elle explique que depuis deux ans, elle n’arrive plus à s'en procurer. «Mo pa ti resi ale akoz mo ti malad, ek kan monn re ale, zot inn dir mwa pena mo nom. Mo finn demann plizyer dimounn, bann travayer sosial ed mwa pou regayn mo metadonn, me selma pankor resi mem », dit-il avec désespoir.  

Dérive

Ancienne couturière, Veena relate qu’elle a dû abandonner ce métier qui ne lui rapportait pas grand-chose. Pourtant, c’était son gagne-pain pendant neuf longues années. Elle explique que c’était difficile pour elle de continuer ce métier, car au fil des années, avec les vêtements qui viennent de Chine et les magasins qui se pointent dans tous les coins de rue, tout le monde préférait se ruer vers ce qui coûtait moins cher. De ce fait, la concurrence était très difficile. C’est donc avec un pincement de cœur qu’elle a dû abandonner ce métier. 

 " La rue peut être un trésor pour elle. "

Mère de quatre enfants, tous des adultes aujourd’hui, Veena souligne que son mari est actuellement en prison. Depuis qu’il y est, elle a choisi de trouver un moyen d’obtenir un revenu. C’est ainsi qu’elle a commencé à récupérer des cannettes en bordure de route. « Pa tou lezour gayn mem kantite kas. Parfwa kapav gayn Rs 200, parfwa pa gayn nanyen. » Pour obtenir cette somme, elle travaille de 07 h 00 à 17 h 00 dans les rues de Rose Hill, Beau-Bassin et Roches-Brunes.  Elle avance que parfois les gens la regardent d’un mauvais œil. « Zot get mo kouler, zot trouv mwa degoutan. Ena kan zot trouv mo enn fam, zot apros mwa zot fer mwa bann propozisyon indesan. Ena vinn koz ek mwa, me kan mo dir fran ki mo problem, seki mo pa pe gayn methadone, zot ras lavi zot ale, kouma dir mo infrekantab. Selma mo finn abitie ek tou sala. Mo fyer ki mo pa pe kokin, mo zis pe ramass seki dimounn inn zete. Pena nanyen de mal asa », précise-t-elle. 

Cette habitante de Rose Hill poursuit qu’elle est aussi une heureuse mamie. Rendre visite à ses petits-enfants fait aussi partie de ses petits plaisirs de la vie. « Ils habitent tous dans un lieu différent. J’aime bien leur rendre visite les week-ends. Cela me donne l’impression d'être une autre personne. J’oublie alors ma vie de misère. Je découvre l’amour d’une autre façon. » Effectivement, les yeux de Veena s’illuminent lorsqu’elle parle de ses petits-enfants. Elle souhaite de tout cœur qu’aucun d’entre eux ne se retrouve jamais piégé dans cette spirale infernale. 

Quand elle ne travaille pas, Veena est chez elle. Elle habite une modeste maison avec son frère et sa sœur. Ne percevant aucune aide sociale, elle fait donc de son mieux pour subvenir à ses besoins quotidiens. Si la rue est aussi synonyme de liberté pour Veena, elle affirme cependant que son travail n’est pas de tout repos. « Dabor si ou pa amenn nanye ou pa gayn nanye. Zordi zour ena plizyer dimoun ki fer sa travay-la. Byensir, li pa enn travay fix kot ou sir ou pe gayn enn lapay toule mwa. Me vrema mo pena swa. »

D’ailleurs, ses mains témoignent de la difficulté de ses tâches quotidiennes. De plus, elle explique qu'à force de marcher, elle a souvent d’atroces douleurs au pied. Mais la douleur physique qu’elle ressent n’a rien de comparable à cette douleur qu’elle ressent quand elle ne peut pas se procurer ce qu’il lui faut. « Seki ladan ki kone. Non se pa enn plezir mem, si seki pa ladan krwar ki nou zis dan nisa. Nou lavi mem enn lanfer. Selma nou pa finn aprann viv andeor lanfer, ek personn pa vremem anvi aprann nou fer li… », dit-elle pour conclure notre entretien. Elle s’en va donc d’un pas chaloupé, avec ce sourire qui lui colle aux lèvres, celui la même que même les épreuves les plus dures de la vie n’ont pas pu lui enlever…

 

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