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Dr Shameem Jaumdally, virologue : «Les écoles ne représentent pas un danger réel de transmission de la Covid-19»

Les enfants et adolescents ayant un faible risque de développer une forme sévère de la Covid-19, leur vaccination massive n’est pas un enjeu essentiel. Tel est l’avis du virologue Shameem Jaumdally. 

À compter du 2 février, tous les élèves se rendront en classe. Quelles sont les précautions à prendre pour pouvoir de nouveau accueillir les élèves en présentiel ?
Les écoles ne sont pas des foyers de transmission qui ont un effet significatif sur le nombre total d’infections. C’est ce qu’ont révélé les recherches et les données collectées dans les pays qui ont continué l’école en présentiel alors qu’ils faisaient face à une vague de Covid-19. Ainsi, les écoles ne représentent pas un danger réel de transmission. C’est davantage dans les foyers familiaux que le virus se transmet. L’école peut reprendre sans problème majeur, d’autant plus que Maurice a déjà traversé la vague du variant Delta. Il faudra toutefois éviter d’organiser des événements rassemblant un grand nombre d’élèves dans un même lieu.

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Il n’est pas nécessaire d’administrer une dose de rappel à tout le monde tous les quatre ou six mois."

La vaccination des 12 à 17 ans fait-elle partie des mesures de précaution, selon vous ?
L’immunisation avec le vaccin Pfizer va diminuer le risque d’infection pour ce groupe d’âge pendant les premiers mois. Avec le temps, le vaccin perdra en efficacité. À un certain moment, tous les adolescents courront le risque d’être infectés. Cependant, ils sont très peu touchés par les formes sévères de la Covid-19. Le risque est quasi nul, sauf pour ceux qui souffrent de pathologies chroniques, comme l’asthme, qui peuvent aggraver leur état de santé en cas d’infection par le coronavirus. La vaccination est importante pour eux mais pour ceux qui sont en bonne santé, elle ne fera pas une grande différence. 
La vaccination des adolescents et des enfants est aussi recommandée pour ceux qui habitent sous le même toit que des adultes ayant des problèmes de santé. La vaccination ne procure pas une protection totale contre l’infection mais elle diminue le risque de transmettre le virus à l’entourage dans la maison. 

La vaccination des 5 à 11 ans est aussi annoncée à partir du mois d’avril. Elle ne devrait pas être obligatoire non plus…
Analysons le rapport risques-bénéfices. Il y a très peu de cas d’enfants infectés qui doivent être hospitalisés ou qui décèdent. Par contre, la vaccination présente des risques d’effets secondaires, comme une inflammation cardiaque dans le cas de Pfizer. Si la balance ne penche pas du côté des bénéfices, je ne vois pas la nécessité de vacciner les enfants. 

Vous n’êtes donc pas en faveur de cette mesure des autorités locales qui a aussi été mise en place dans d’autres pays, et dès l’âge de 3 ans ?
Nous savons que le vaccin n’empêche pas l’infection mais prévient les formes sévères de la maladie. Puisqu’il est connu que les enfants ne sont pas sujets aux formes sévères de la Covid-19, pourquoi faire quelque chose qui ne leur apportera rien de plus car leur système immunitaire est déjà équipé pour les protéger ? Le choix de vacciner leur enfant ou leur adolescent doit revenir aux parents. J’insiste cependant sur le fait que la vaccination est importante pour les enfants qui ont un problème de santé.

On s’oriente vers la création d’un vaccin qui contiendra tous les variants."

Omicron est présenté comme un variant qui ne cause pas de symptômes graves, contrairement au variant Delta. N’est-ce pas un mauvais signal envoyé à la population, qui risque de prendre moins de précautions ?
Il est important de communiquer clairement avec des preuves avérées, des données validées. D’après ce qui a été observé en Afrique du Sud et au Royaume-Uni, par exemple, le variant Omicron provoque moins de problèmes respiratoires et pulmonaires graves. Malgré un nombre d’infections plus élevé que lors des précédentes vagues, les hospitalisations ont diminué et moins de patients ont dû être placés en réanimation. Le nombre de décès a également baissé. Toutefois, la virulence plus faible d’Omicron n’est pas la seule explication. Il a un effet moins sévère aussi parce que beaucoup de gens sont vaccinés et que les personnes qui ont déjà été infectées par un autre variant ont développé une certaine protection. 

Le ministère de la Santé a déjà annoncé que si c’est nécessaire, une quatrième dose de vaccin devra être effectuée. Qu’en pensez-vous ?
Il n’est pas nécessaire d’administrer une dose de rappel à tout le monde tous les quatre ou six mois. Selon les études publiées et celles que j’ai effectué en laboratoire pour comprendre la mémoire immunologique dans le temps, on note que la mémoire vaccinale contre la Covid-19 est encore présente chez les personnes vaccinées en 2020. C’est cela qui est le plus important pour nous protéger contre les formes sévères de la maladie, pas le taux d’anticorps neutralisants qui baisse avec le temps après toute infection ou vaccination. Actuellement, on s’oriente vers la création d’un vaccin qui contiendra tous les variants et qui sera administré seulement aux personnes vulnérables.  

Avec tout ce qui a été mis en place à Maurice, pensez-vous que le pays est sur la bonne voie pour vaincre l’épidémie ?
La campagne de vaccination a atteint entre 80 et 90 % de la population adulte, c’est très bien. Il ne devrait plus y avoir autant de décès que pendant la vague du variant Delta. Néanmoins, il faut rester vigilant. Selon les chiffres officiels, seulement 10 % de la population mauricienne a été infectée par la Covid-19. C’est peu. Et cela implique que beaucoup de personnes peuvent encore être contaminées, développer des formes sévères et en mourir, même si elles sont vaccinées. Il ne faut donc pas lever brusquement les mesures sanitaires. 

Vacciner les enfants en bonne santé ne leur apportera rien. Leur système immunitaire est équipé pour les protéger."

Certains patients « guéris » de la Covid-19 subissent encore des séquelles de la maladie. Que faudrait-il faire pour eux ?
Ces personnes souffrent de ce qu’on appelle le Covid long. Cela ne touche pas seulement les patients qui ont été hospitalisés avec une forme sévère. Certains, qui ont eu une forme modérée de la maladie, ressentent de la fatigue et des courtes pertes de mémoire, entre autres, plusieurs mois après. Le Covid long est une des conséquences de la maladie qui touche beaucoup plus de personnes qu’on peut le penser. Cette situation est étudiée dans de nombreux pays. Pour des personnes, un suivi médical régulier est indiqué pour prévenir des problèmes cardiovasculaires.

 

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