Interview

Dr Om Nath Varma : «Le métier d’enseignant sera plus difficile pour certains»

Dr Om Nath Varma

Le directeur du Mauritius Institute of Education (MIE), le Dr Om Nath Varma, est catégorique. Les chefs d’établissement, enseignants, parents et élèves doivent travailler de concert pour créer un climat de confiance et de sécurité à l’école.

Les enseignants affirment qu’il n’est pas toujours évident de travailler avec certains élèves, vu qu’ils sont très violents. Que fait le MIE pour les aider ?
Il est vrai que nous avons un sérieux problème avec le comportement de quelques élèves. Il est aussi vrai que nos élèves sont conscients de l’importance d’étudier et les résultats en témoignent. Si certains sont conscients de leurs rôles et responsabilités, il y a d’autres qui ont besoin d’une attention immédiate. Il est essentiel de comprendre la source du problème avant d’apporter une solution.

Comment agir ?
Prenons des situations hypothétiques. Une partie du problème réside dans l’attitude de l’enfant qui se dit que l’apprentissage est trop difficile, que peu importe l’effort qu’il va fournir, il ne réussira pas. Il appartient aux chefs d’établissement de s’engager à trouver des moyens pour assurer la sécurité et encourager l’élève. L’expérience montre que l’école peut faire une différence. Dans une telle situation, il est nécessaire que l’école dispose d’un mécanisme pour s’assurer que chaque enfant soit pris en charge et, à son tour, l’élève doit remplir sa part de responsabilité. Il est également un fait que tous les enfants n’ont pas le même encadrement familial. Il appartient aux responsables des établissements de s’engager dans le dialogue et de trouver des moyens pour aider l’enfant. La recherche démontre que l’école peut faire une différence.

Le MIE est responsable de la formation des enseignants. À notre niveau, nous pouvons aider à développer une politique pour la réussite de l’école, mais il incombe aux responsables de développer leurs propres stratégies et de les mettre en pratique pour réussir. Il y a de nombreux enseignants qui sont déterminés à travailler et à changer et le MIE offre son expertise.

Le temps passé en classe qui est de 8h30 à 14h30 et les vacances doivent être revu si nous voulons apporter du changement

Les enseignants sont aussi d’avis que l’attitude des élèves a changé au fil des années, mais pas la formation à laquelle ils ont droit. Est-ce que l’institut prend en compte ce changement ?
Nous sommes conscients qu’il y a beaucoup de changements. Il y a, malheureusement, une tendance qui veut qu’il y ait une solution qui s’adapte à toutes les situations. La situation exige une collaboration de tous les partenaires, y compris celle des parents et des élèves.

C’est un fait que nous ne tirons pas le meilleur profit de ce que l’école offre à nos enfants. Les leçons particulières ne sont pas une solution. Il ne faut pas discréditer l’école. En regardant de plus près, nous constatons que ceux qui réussissent profitent de ce qui leur est offert à l’école.

Au MIE, nous réfléchissons sur différents thèmes et aidons les enseignants à trouver des solutions qui ne se trouvent pas forcément dans des livres. Le temps passé en classe qui est de 8 h 30 à 14 h 30 et les vacances doit être revu, si nous voulons apporter du changement.

En tant que directeur du MIE, quel regard portez-vous sur les cas de violence des élèves sur les enseignants ?
La violence à l’encontre des enseignants est clairement un manque de respect. Si l’élève ne tire pas avantage du temps passé à l’école, c’est lui le perdant. Il n’y a que 36 semaines de travail à l’école pour tout rattraper. Les leçons particulières ne fonctionnent pas pour la plupart des enfants, mais les parents et les enfants exigent des solutions qui ne donnent aucun résultat. On ne blâme jamais ces leçons, mais seulement l’école. Si les enfants faisaient l’effort de bien étudier à l’école et utilisaient des leçons particulières pour renforcer et perfectionner leurs compétences, cela ferait une différence.

Malheureusement, seul un petit nombre d’enfants profite d’une telle approche.

À tout cela s’ajoutent les mauvaises habitudes. L’utilisation abusive de la technologie, les mauvaises images des médias qui polluent l’esprit trop tôt, la liberté sans contrôle, les drogues de plus en plus accessibles aux jeunes et aux parents.

Nous ne tirons pas le meilleur profit de ce que l’école offre à nos enfants. Les leçons particulières ne sont pas une solution. Il ne faut pas discréditer l’école.»

Quel type de discipline devrait être maintenu dans les écoles ?
La discipline n’est pas un ensemble de règles, mais un consensus sur la façon dont nous allons enseigner, comment les enfants étudient, comment les parents soutiennent les efforts de l’école. Toutefois, avant d’y arriver, il faudrait renforcer les mesures prises contre ceux qui font du tort. L’utilisation du portable comme si tout était permis et le non respect envers les autorités, à la fois à l’école et à la police, sont un sujet de grave préoccupation. Les jeunes doivent comprendre que chaque action a des conséquences.

Quels sont les facteurs qui doivent contribuer à la réussite d’un élève ?
Les responsables des écoles peuvent prendre l’initiative de mettre sur pied une série de bonnes pratiques avec le soutien des parents, du personnel, des enseignants, des élèves et de la communauté. Cela demande du temps et des efforts. Tout le monde devrait comprendre que tout ne peut se faire entre 8 heures et 14 h 30, c’est l’heure pour l’enseignement. Si les acteurs ne veulent pas prendre le temps et développer ensemble des stratégies pour traiter les problèmes de manière nouvelle et novatrice, adaptée aux nouvelles conditions et demandes, nous continuerons à débattre, sans solution. Le métier d’enseignant sera plus difficile pour certains.

Le monde avec les bons et les mauvais progresse rapidement dans toutes nos institutions, pas seulement à l’école. Si nous ne comprenons pas que nous devrions être les seuls à repenser et à réinventer notre façon de faire, nous continuerons à nous blâmer les uns les autres, alors que le problème exige collaboration, consensus et efforts supplémentaires pour redéfinir ce qu’il faut apprendre dans un siècle marqué par des pressions extrêmes et des défis.

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