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Dimple Raghoo : le parcours emblématique d’une battante

La policière était en congé et avait accepté de participer à l’opération qui lui a coûté la vie. Proches, amis et collègues évoquent son dévouement et son sens du devoir.  

L’absence de Dimple Raghoo, 38 ans, sera particulièrement insupportable pour son entourage ce samedi 28 novembre. La Woman Police Constable (WPC) de l’Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU) de la Southern Division, tuée en service commandé en fin d’après-midi du mardi 24 novembre, à Beau-Vallon avait convié amis, collègues et proches à une séance de prière à Vieux-Grand-Port, ce samedi. Un pandit devait bénir la demeure familiale dont elle venait de terminer la reconstruction. Une cérémonie dite de « murti stapan » pour consacrer le « mahavirswami » érigé dans la cour fraîchement pavée était également à l’agenda.  

Trois heures à peine avant qu’elle ne perde la vie, celle que tous prénommaient affectueusement Vanessa, voire Vani ou Dim, avait pris soin de ramener de Mahébourg les statuettes des divinités hindoues devant figurer dans le « mahavirswami ». Elle s’était aussi assurée de régler l’achat de peinture pour la touche finale à la maison. Idem pour les légumes devant être offerts au déjeuner. « Ce vaste salon qui a finalement servi pour ses derniers rites, elle l’avait imaginé ainsi pour pouvoir réunir tous ses proches sans que nul ne soit à l’étroit. La famille, pour elle, c’était sacré », glisse Prima, sa sœur, une enseignante qui est de deux ans son aînée. 

« Li ti bien kontan danse. Voilà pourquoi elle avait désiré cet espace », confie Pooja, 29 ans, la benjamine des sept sœurs de la famille. « Li mem premye pu danse kan ena fet famiyal. Li ti tou letan dir ki bizin viv lavi full », lance l’étudiante qui prépare un Masters en marketing. Dimple était également très pieuse. Elle ne manquait jamais d’observer le jeûne en l’honneur de Shiva chaque lundi et ne ratait pas une occasion d’assister aux cérémonies de prière où elle était invitée. Vice-trésorière de l’association gérant le shivala du village, elle ne se lassait pas non plus de faire un « road trip » jusqu’à Grand-Bassin à chaque fois qu’elle avait un moment libre.   

Toujours sur son trente-et-un, Dimple se mettait un point d’honneur d’être toujours bien habillée et adepte de keep fit. « Li ti tou letan abiy klas. Li ti dir li enn star », se souvient Vidushi Beesoon, son amie de 30 ans. Les deux avaient fait connaissance voilà quatre ans à l’aéroport de Plaisance où Dimple était affectée à l’Adsu alors qu’elle-même travaillait aux boutiques hors-taxes. Elles se sont davantage rapprochées en constatant qu’elles assistaient aux mêmes cérémonies de prière. « Nous passions le plus clair de notre temps ensemble, nous étions constamment en communication. Ce mardi après-midi, elle m’avait appelé vers 17 h 15 afin que je puisse entendre la voix de ses collègues », soupire-t-elle.  

13 ans de service

C’est le 10 décembre 2007 que Dimple a intégré la force policière. L’ancienne élève du collège Hamilton réalisait ainsi un vœu de sa mère, Amrita, même si elle-même était « fascinée » par ce corps de métier, dit Praveen Bhogun, un haut officier du Mauritius Prisons Service qui a eu le malheur de perdre son épouse, Priya, l’aînée des sœurs Raghoo, il y a 13 mois. « J’ai connu Dimple à travers ma femme voilà 20 ans. Elle a toujours été une personne dévouée pour sa famille ainsi que pour son métier », relate le surintendant. Quand son épouse est tombée gravement malade l’année dernière, c’est Dimple qui s’est portée volontaire pour l’accompagner en Inde pour ses soins. 

La policière avait 38 ans.
La policière avait 38 ans.

« Ce jeudi, elle avait prévu de venir récupérer nos deux enfants à Rivière-du-Rempart afin qu’ils puissent assister à la cérémonie de prière », explique-t-il, la gorge nouée. « Dimple était une personne joviale et qui ne refusait jamais un travail. Elle avait toujours le mot pour rire, surtout dans une situation stressante », déclare Gilbert Benoît Arlanda, 40 ans, son collègue de l’Adsu qui a été blessé lors de l’opération au Bo’Valon Mall. « Elle avait intégré l’équipe de Mahébourg depuis le redéploiement des effectifs causé par le couvre-feu sanitaire et la baisse des activités à l’aéroport. Elle était tout aussi courageuse qu’un homme, elle n’avait pas froid aux yeux », dit-il. 

« Elle nous avait invités à la séance de prière de ce samedi. Elle nous avait demandé d’être présents si jamais nous étions libres. Nous étions comme une famille au sein de notre équipe. Elle était notre petite sœur », explique l’agent qui est lui aussi issu d’un village du Sud. C’est en juin 2010 que Dimple avait été personnellement choisie par l’ancien patron de l’Adsu, Rampersad Sooroojbally, pour intégrer l’équipe de l’aéroport. Alors postée au poste de police de Mahébourg et au tribunal implanté dans ce village, elle était appréciée de tous. Il n'y avait que de bons retours sur ses aptitudes et sa personnalité. Si jamais elle passait au QG de l’antidrogue, elle ne partait jamais sans avoir pris la peine de saluer chaque officier présent. 

« Li ti highly dedicated. Li ti touletan divan divan. Li mem driver tou. Li ene dimoun franc ek ki ena enn karakter for. Li populer partou kot li pase. Li konn adapte li a tou sityasyon. Ninport ki ler ou pou sonn li, zame li pou dir non a enn loperasion », confie l’un de officiers au QG de l’Adsu. « Elle était exemplaire et téméraire. Le travail a beau être difficile, elle ne rechignait pas à mettre la main à la pâte. C’est malheureux qu’elle ait perdu la vie alors qu'elle était en congé », indique l’ASP Thegarajan Sooben, responsable de l’Adsu de l’aéroport. 

« Elle a toujours été un frontliner. Les gens peuvent penser qu’une policière reste assise derrière un bureau. Elle, elle était toujours sur le terrain. Li ti tou letan emab, amikal ek li tou letan pe propoz so led. Li ti enn vre gard, ene vre solda l’Adsu », commente Vallooven Vythilingum de le Brigade antidrogue de Chemin-Grenier. « C'était un véritable garçon manqué. Elle était l’arrière central de notre équipe de football. Personne ne pouvait se frotter à elle. Li ti tou letan enn vinker », se remémore Kisten qui était dans la même classe qu’elle à la Notre Dame du Grand Pouvoir RCA School.  

Le pilier de la maison

Ce trait de caractère, Dimple se l’est davantage forgé depuis la mort de sa mère, femme au foyer, voilà 13 ans, et la disparition de Deonarain, son père chauffeur de taxi un 13 août 2012. Elle est devenue tout naturellement « le pilier » de la maison qui jouxte la Tour des Hollandais. Elle venait de revendre sa voiture et se proposait d’acquérir un 4x4 pour pouvoir livrer les bananes qu’elle plantait sur les terres familiales pour les livrer à une usine de transformation. « Elle avait hérité de l’amour de la terre de notre mère. Elle distribuait à la ronde cocos et bananes », lance Prima. 

Avant qu’elle ne soit renversée par des présumés trafiquants de drogue, Dimple est venue la déposer chez elle, à Mahébourg, ne manquant pas de jouer avec Bella, son berger allemand comme elle en avait l’habitude. Sauf que cette fois, elle n’a pas accepté une tasse de thé, se désole Prima. Dimple laisse derrière elle ses neveux et nièces éplorés qu’elle adorait plus que tout ainsi que ses autres sœurs, Chaya, qui est aux Affaires étrangères, Hema, la pharmacienne et Laviska la comptable. 

 

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