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Dawood Rawat : «Que le GM me restitue la MauBank, la NIC, Britam et ‘mon hôpital’»

Dawood Rawat parle d’une proposition faite au Premier ministre Navin Ramgoolam.

À 81 ans, Dawood Rawat, l’ancien Chairman Emeritus du défunt groupe BAI, revient sur la chute de son empire financier. Il se livre sur son vécu et ses attentes pour le pays. Il répondait aux questions de Nawaz Noorbux, Deputy Chief Executive Officer du Défi Media Group, au cours d’une édition spéciale d’Info Soirée, ce mercredi 2 avril 2025, sur TéléPlus.

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Dix ans jour pour jour après la révocation de la licence de la Bramer Banking Corporation Ltd (BBCL). Une décision prise dans la nuit du 2 au 3 avril 2015. Cet événement a déclenché l’écroulement du groupe BAI. Quels sont vos sentiments après dix ans de souffrances pour votre famille et vous ?
Mes sentiments sont les mêmes qu’il y a 10 ans. Cette souffrance que j’ai vue autour de moi – dans ma famille, chez les anciens clients, et chez ceux qui ont perdu la vie. C’était choquant que des gens aient pu faire une telle chose à quelqu’un, à une entreprise, sans réfléchir aux dommages inhumains qu’elles allaient causer. « Depi sa lepok-la, sa inn res dan mo latet. » On ne peut pas vivre dans une société où règne autant de haine. 

Ces gens n’ont même pas réfléchi aux conséquences de leurs actes basés sur des éléments totalement faux. Il n’y avait pas de système Ponzi. Il n’y avait aucun problème avec la BAI. Elle avait des solutions. D’ailleurs, ces gens savaient que nous avions des solutions. C’est pour cela qu’ils sont allés vite en besogne ce jour-là : le jour de la révocation de la licence de la Bramer Bank. Je ne pense pas qu’il y ait quelqu’un à Maurice – ou dans le monde – qui puisse ressentir l’ampleur de la catastrophe qui nous est tombée dessus ce jour-là.

À l’époque, on accusait la BBCL de ne pas avoir suffisamment de liquidités. Il fallait rassembler Rs 350 millions pour sauver la banque. C’était d’ailleurs la principale raison invoquée pour suspendre ses opérations. Est-ce vrai qu’il n’y avait pas les Rs 350 millions à injecter dans la BBCL ?
Encore une fois, c’est une fausseté criminelle. En décembre 2014, avant que le précédent régime n’accède au pouvoir, la situation de la BBCL était jugée correcte par la Banque de Maurice. C’est vérifiable. Certes, la banque était en expansion et avait besoin de capitaux. Mais nous avions ces fonds.

Ce qui est intéressant, c’est que durant les trois premiers mois de 2015, non seulement ils nous ont attaqués en retirant des fonds, mais ils ont aussi alerté leurs amis. Plusieurs personnes ont cessé d’honorer leurs dettes. On parle de grands groupes, avec des dettes conséquentes. D’autres ont vendu leurs actions. C’était un complot dont tout le monde était au courant. 
J’étais comme « le mari cocu ». Mais vers la fin, des amis m’ont confié que même au sein de certains conseils d’administration de grands groupes, on disait : « Dans 15 jours, Dawood Rawat sera fini. »

Pourquoi ce complot ? Pourquoi on n’aimait pas la tête de Dawood Rawat ?
Allez demander à Vishnu Lutchmeenaraidoo. Il avait dit dans l’express, à l’époque : « Je l’ai eu ! » Lorsqu’ils avaient dit en 2013 au Parlement qu’une compagnie BAI Trinidad avait fait faillite, ils n’ont pas précisé que cela n’avait rien à voir avec la BAI de Maurice. Ils ont continué à colporter des rumeurs. Et ça, ce n’est pas nouveau.

En 1992, lorsque la BAI de Maurice est entrée sur le marché boursier, les courtiers ont refusé de vendre nos actions. Quand ils sont arrivés au pouvoir, ces individus se sont servis des institutions publiques pour orchestrer une vengeance. Je parle de ceux qui ne m’aimaient pas ou qui n’étaient pas contents que le groupe BAI entre dans des secteurs jusque-là inaccessibles pour le commun des mortels. Cet imbécile de Dawood Rawat, lui, a cru qu’il pouvait faire partie du système. Il fallait le punir.

Est-ce en raison du fait que vous financiez trop à l’époque le Parti travailliste et que vous n’aviez pas suffisamment aidé le MSM qu’ils ont voulu régler leurs comptes avec vous ? 
Au contraire, j’ai déjà dit, lors d’un entretien avec vous-même à Paris, que le parti politique qui a reçu le moins d’argent était le PTr. Navin Ramgoolam m’a déjà rendu un chèque, disant qu’il avait assez d’argent. Il m’a remercié.  (…) 

‘Pena enn politisien dan listwar ki kapav dir li pa vinn get mwa.’ Je l’ai déjà dit : ‘dan Moris, ou donn donasion, ou fer kanpagn, ou al rod larzan (…) si ou pa donne, zot fer ou peye. Si ou pa donn ase, zot fer ou peye. Dayer, se seki finn ariv mwa. Me mo ena prev ki finn donn MSM boukou plis larzan ki lezot parti. E pa par mwa. Par mo bann anplwaye san dir mwa.’

Quand vous dites « beaucoup plus d’argent », combien le MSM a-t-il bénéficié de la BAI et ses filiales ? 
Au moins Rs 30 millions !

Une des accusations portées contre vous, c’est qu’à la tête de la BAI, vous étiez très proche de Navin Ramgoolam, alors Premier ministre. Certains disent que vous avez abusé de cette proximité. Par exemple, la Financial Services Commission (FSC) et les instances régulatrices vous ont averti que vous deviez vous conformer aux règlements. Il y a eu des transactions dites « related-party » qui n’étaient pas vues d’un très bon œil. Pensez-vous ou, du moins, reconnaissez-vous, que vous êtes allé trop loin et avez abusé de cette relation ? 
C’est sous le régime de Navin Ramgoolam que cette affaire de « related-party transactions » a été soulevée. Milan Meetarbhan était alors à la FSC. Si on lit la définition de « related-party », on verra qu’elle ne se limite pas aux entités qui investissent verticalement dans leur propre groupe, mais aussi horizontalement. Or, pourquoi ne s’en est-on pas pris aux autres groupes qui ont horizontalement investi entre eux-mêmes à travers les « inter-related party » ? J’ai des preuves.

Navin Ramgoolam n’avait pas qu’un seul ami. ‘Mo pa ti al manze bwar kot li touleswar. Nou ti kamarad depi lontan. Parski mo granper e so papa ti kamarad. De là à venir dire que Navin Ramgoolam m’a protégé… Citez-moi un seul projet, hormis celui du Parlement, que j’ai obtenu sous le régime Ramgoolam ? 
‘Mwa, mo pa gagn kontra pou fer ninport ki gran proze. Ki fer nou’nn gagn kontra pou refer Parlman ? Parski mo ti aste enn konpani ki ti pe fer fayit. Dimounn ar ki mo’nn aste konpani-la enn exper dibwa. Li’nn dir mwa, si ena enn kontra, li ti pou kontan ‘bid’ pou sa. Sekinn arive.’ Donc, c’est grâce à ce monsieur que la BAI l’a eu, ce contrat. 

On a perdu de l’argent car, après la démolition, on a découvert qu’il y avait du bois pourri qu’il fallait remplacer. ‘Mo ti pou kontan ki kikenn vinn dir tou sa bann proze kot Navin Ramgoolam inn favoriz mwa-la…’ 

Pour revenir à la question de la révocation de la BBCL et des Rs 350 millions : j’ai vu une lettre des autorités où on vous accorde beaucoup plus de temps pour régler la question de liquidités. Tout d’un coup, dans la nuit, on a révoqué le permis. Avez-vous essayé de comprendre, dix ans après, ce qui est arrivé, malgré le délai accordé ? 
Peu après être rentré au pays, il y a quelques mois, des personnes, qui craignaient pour leur vie, m’ont dit certaines choses. ‘Krwar mwa : sa misie ki’nn dir « Je l’ai eu » la, limem petet dimounn pli koupab de sa bann vilin laksion kinn fer kont nou-la.’ 

Exemple : dans les premiers trois mois de 2015, la question de « related-party transactions » avait déjà été évoquée. Nous avions une lettre de 2013 nous accordant jusqu’à 2016 pour régler la question. En 2014, nous sommes arrivés à 50 % de « related-party transactions ». J’ai réalisé que ce serait difficile d’atteindre la barre des 10 % imposée d’ici 2016. J’ai alors décidé de vendre 90 % du groupe. La nouvelle s’est répandue à travers le monde. Depuis novembre 2014, j’ai reçu des offres de fonds africains, européens. Et durant les trois premiers mois de 2015, j’ai reçu des offres des géants de l’industrie d’Europe et d’Afrique du Sud, entre autres. J’ai des preuves. Je ne me permettrais pas de faire de telles déclarations sans preuve. J’ai des Memorandum of Understanding et  des « Confidentiality agreements ».

Quand tout cela est arrivé, un groupe est venu effectuer une due diligence avec des actuaires, entre autres, et a demandé à me rencontrer. L’un d’eux m’a confié qu’il était intéressé par la reprise du groupe, mais souhaitait que je conserve 10 %. Je lui ai demandé pourquoi. Il m’a expliqué qu’il avait besoin de moi : d’une part, il voulait que je reste au Conseil d’administration de la branche kenyane, et d’autre part, que j’intègre celui de la holding en Afrique du Sud. 

Je leur ai alors précisé que je n’étais pas à la recherche d’un emploi. Ils m’ont répondu qu’ils avaient besoin de mon expertise pour pénétrer le marché de l’Afrique noire, qu’ils voulaient comprendre comment j’avais réussi sur le continent et me demandaient de les aider. C’était deux semaines avant que la guillotine ne tombe sur notre groupe.

Pourquoi alors avons-nous reçu une lettre dans la matinée disant que nous avions jusqu’à fin avril pour payer les Rs 350 millions ? Vers midi, nous avons envoyé une lettre disant que nous avions les Rs 350 millions, mais la proposition a été refusée. Nous avions jusqu’à fin 2016 pour nous conformer à la norme sur les « related-party transactions ». Nous avions alors des offres allant de 50 à 100 millions de dollars. 

Mais une personne au sein du groupe refilait des informations à Vishnu Lutchmeenaraidoo. Je sais qu’il y a eu un coup de fil disant : « Ki to pe fer, ki to pe donn zot ziska fin avril. Mo le to revoke zordi. » C’est la raison pour laquelle, dans l’après-midi, le Chairman de la BBCL, qui était en Angleterre, a été convoqué pour lui remettre la lettre de révocation et non pour négocier. Cela avant même le ‘Board meeting’ du soir. La décision a été prise par qui ? Je me pose la question sur l’identité.

‘Tou sa dimounn ki inplike dan tou sa zafer BAI-la, zot tou ti konn mwa. Zot tou ti pe vinn get mwa lakaz kan zot ti pe bizin mwa. Zot tou ti konn telefonn mwa kan ti pe bizin mwa. Kifer enn parmi zot pann telefonn mwa pou dir « Nou ena enn problem avek enn to konpani ? »’ 

Pire, j’avais pris rendez-vous avec Basant Roi quelques jours avant de partir pour l’Angleterre. Pendant 45 minutes, il n’a pipé mot sur le problème à la banque. Idem pour ma rencontre avec sir Anerood Jugnauth : pendant les 10 minutes qui ont suivi la rencontre, pas un mot sur la compagnie. ‘Mo ti krwar ki zot pa ti pou fer sa masak-la. Boukou dimounn inn perdi kas. Dimounn inn mor. 11 inn mor.’

Par stress ? 
Exactement, y compris ma belle-sœur de 53 ans. Après, on vient dire que Navin Ramgoolam me protégeait ? Jamais il ne m’a protégé. Nous étions amis, comme tant d’autres, mais il ne m’a jamais accordé de faveur. La seule chose qu’il a faite, c’est lorsqu’ils ont voulu adopter une loi contre un produit que je commercialisais. Dans quel pays voit-on ce genre de chose contre un groupe privé ? Un député a même déclaré que c’était pour contrecarrer la BAI (…) C’était un complot sans cœur et sans pitié. Ils ont causé d’énormes préjudices. Dès les trois premiers mois, ils ont gelé tous nos avoirs et saisi tous nos biens, tout ce que j’avais bâti en 50 ans de travail, à travers le monde. ‘Zis dan mo pei ki zot dir bizin fini li.’

Roshi Bhadain, jusqu’à tout récemment, a maintenu que la BAI était un système de Ponzi, reposant sur la BBCL, et que si cette dernière s’effondrait, les clients perdraient leur argent et leurs dépôts. Que répondez-vous à cela ?
Je ne connais pas personnellement Roshi Bhadain. Je ne comprends pas ses déclarations. Peut-être est-il intelligent et moi bête ? Ce que je sais, c’est que nous avons toujours honoré nos paiements. Mais après la reprise des activités de la BAI, c’est l’inverse qui s’est produit. Qui a vendu les actions de Britam au Kenya pour seulement 20 % de leur valeur ? Savez-vous combien vaut l’hôpital aujourd’hui ? Nous avions des biens qui ont disparu, des voitures volées. C’est choquant de voir que des personnes qui se présentent comme de grands leaders aient pu permettre une telle situation.

Affirmer qu’il s’agissait d’un système de Ponzi est un mensonge. Si c’était vrai, expliquez-moi ceci : j’ai poursuivi deux grands magazines à Paris qui m’avaient qualifié de « Madoff mauricien » et de « Ponzi ». J’ai gagné ces deux procès. J’avais également intenté une action contre un journal mauricien, mais malheureusement, son directeur est décédé entre-temps. Je trouve absurde qu’on continue à proférer de telles accusations. Quant à Roshi Bhadain, je le comprends : après tout ce qu’il a dit contre moi à la télévision, il doit bien se défendre d’une manière ou d’une autre.

Cela dit, le rapport NTan évoque clairement un « Ponzi-like scheme ». C’est une véritable honte pour une telle entreprise. Les huit premiers paragraphes précisent qu'il ne faut pas tenir compte de ce qui est mentionné, car ils n’ont pas eu le temps de consulter l’autre partie concernée. Le rapport est fait pour les yeux de la Banque centrale. ‘NTan inn gagn presion pou met kitsoz lor Ponzi.’ Certains se cachent derrière leurs mensonges. ‘Ou kone kouma sa fer dimal kan mo zwenn enn dimounn ki dir ki so mari inn mort akoz sa. Ena osi dimounn ki’nn fer mwa lakolad e dir mwa ki zot zanfan inn kapav al aprann, ki zot ena lakaz, loto, degre gras a BAI. Ou kone kouma sa fer mwa plezir. Pa ti ena kominalis avek mwa. Tou kominote ti p gagn zot sans. Konpetans ti peye dan BAI. Erer ki mo’nn fer se fer konfians dimounn ki apre inn vir kont mwa. Sa se enn zistwar pou enn lot zour.’

Malgré vos griefs à l’encontre de Lutchmeenaraidoo, Bhadain et consorts, ce qui me fait réagir, c’est d’avoir vu votre fille, Laina Rawat, se rendre sur une plateforme politique aux côtés de Roshi Bhadain. Cela donne l’impression qu’elle cherche à le dédouaner dans l’affaire BAI. D’ailleurs, ce dernier a même affirmé que Laina Rawat aurait déclaré que lui, Roshi Bhadain, n’a rien à voir avec… 
Il faut bien réfléchir avant de dire cela. Laina Rawat a dit que Roshi Bhadain n’a pas initié l’effondrement de la BAI et non qu’il n’avait rien à voir avec. C’était Vishnu Lutchmeenaraidoo. D’ailleurs, Roshi Bhadain m’a expliqué avoir agi ainsi car il était nouveau en politique et qu’il avait pris un train déjà en marche.

Mais vous poursuivez Lutchmeenaraidoo, Bhadain et Pravind Jugnauth en justice pour Rs 100 milliards ? 
Oui, mais c’est parce qu’ils ont utilisé les institutions gouvernementales pour commettre des actes criminels. De plus, seuls ceux qui ont été remboursés à hauteur de 40 % de leurs investissements dans la BAI représentent déjà Rs 6,5 milliards. Si l’on prend en compte les autres actifs du groupe qui ont disparu, combien cela vaut-il réellement ? Je fais cela parce que je pense qu’il est temps pour Maurice de retrouver l’honnêteté, la sincérité et la compétence. Nous avons vécu trop longtemps dans la peur.

‘Tro lontan nou finn fer enn zafer parski nou per tel dimounn ou tel politisien ou tel labank. Nou viv dan enn freyer ki zordi finn vinn enn sikoz. Tou dimounn chatwa aster. Pou gagn enn job pou ou bann zanfan, bizin al trap lipie minis. Bizin aret sa. Sel fason pou fer sa se bizin donn enn leson. Ki dorenavan, seki rod sikann avek piblik, li pou pey ser. Zot bisin pey pou seki zot fer. Eski ou kapav rann lavi dimounn kinn mor ?’ 

Les Rs 100 Md que vous réclamez, ce n’est pas contre l’État, mais contre ces personnes individuellement ?  
Exactement. Je poursuis aussi les auditeurs qui ont fait partie de ce complot. 

Parlons de l’épisode où Sattar Hajee Abdoula vous a rendu visite. Il semblerait qu’il y ait même un enregistrement. Il vous dit de tout vendre pour une roupie. Pouvez-vous nous éclairer sur ce qui s’est passé et quelles étaient les pressions auxquelles vous faisiez face à ce moment-là ?
J’étais encore physiquement faible à cette époque. Quand je suis arrivé à l’hôtel, un de mes anciens « bras droit » m’a dit qu’il venait avec Sattar Hajee Abdoula pour me faire une offre. (…) ‘Inn fer mwa konpran ki mo bizin donn zot tou mo bann bien a letranze, lerla mo fami ti pou trankil. Get kot pouvwar pase par ki lame pou vinn dir mwa sa. Ou kone kiete sa… 50 an ou lavi ?’

Peut-on parler de « state capture » ? 
Oui, c’est du chantage et du « state capture » : ils ont utilisé tous les services de l’État. Après avoir obtenu un mandat d’arrêt contre moi, ils ont sollicité Interpol pour que je sois fiché et demandé à la France de m’arrêter. Une personne à l’Élysée me l’a dit. La Banque de Maurice et la Financial Intelligence Unit ont dit à toutes les banques centrales que Dawood Rawat et ses enfants étaient des fraudeurs. Tous mes comptes ont été bloqués, en France, en  Amérique, où j’avais un compte depuis 40 ans. Mon nom a été terni. Mon avocat français s’est rendu à Interpol. Ils lui ont dit de leur donner trois mois pour enquêter. Ils ont alors écrit à Interpol Maurice, qui leur a remis une copie des accusations contre moi. Interpol a enquêté et conclu que c’était une vendetta politique. 

Je n’ai jamais dit à Sattar Hajee Abdoula que j’étais d’accord. Il a cru que je consentais à la proposition et a appelé quelqu’un : « Boss, to’nn bien manze boss. Li dakor boss mo’nn resi. » Linn dir mwa li enn « gran defanser Pravind e li res avek li kan li tonbe. » Je lui ai répondu qu’il fallait tout mettre sur un document légal et que je prendrais ma décision après avoir consulté mes avocats. Cependant, je savais que j’allais refuser. Et voilà comment s’est déroulée cette visite.

La question qui se pose maintenant est de savoir comment réparer les dommages. En dehors de votre action en justice contre Lutchmeenaraidoo et consorts, ils soutiendront que cela relevait d’une décision collective du Cabinet ministériel. À Maurice, nous ne disposons ni de l’Economic Offenders Act, ni du Fiscal Responsibility Act, et un gouvernement dispose de toute la latitude pour prendre des décisions au sein du Conseil des ministres. Que peut faire le gouvernement et que préconisez-vous de faire à ce nouveau régime ?
Le nouveau régime a remporté les élections avec un 60-0. La population en a décidé. C’est un signal pour dire que nous vous avons voté pour la justice et le fair-play. Ma proposition est de me rendre ce qui m’a été pris. Du moins, ce qui reste. 

Pour ce qui a été vendu, c’est un autre problème. Je prends la responsabilité publique de rembourser les Rs 6,5 milliards à ceux qui attendent leurs paiements. Comment ? Lorsqu’on m’aura restitué mes compagnies, je vais leur donner 40 % des actions de ces entreprises. Nous allons travailler ensemble. Ces personnes souffrent. Le gouvernement a beaucoup de défis. D’ailleurs, je suis disposé à aider, à ma façon. 

De quelles entreprises parle-t-on ? 
Britam, MauBank, National Insurance Company, « mon hôpital » et des bâtiments qui restent.

L’hôpital Apollo n’a-t-il pas été racheté ? 
Ils ont acheté le business, mais pas les murs du bâtiment. Le gouvernement est toujours propriétaire des murs, je demande qu’on me les rende.

Au moins Rs 20 milliards des fonds publics ont été réinvesties pour sauver ces compagnies. Maintenant vous demandez au gouvernement de vous les rendre. Y aura-t-il encore des implications financières de fonds publics ? 
Non. Je ne compte pas demander de l’argent au gouvernement si on me rend mes compagnies intactes. Sauf si on me les rend avec des dettes que moi je n’ai pas occasionnées. Je dois examiner les comptes à la loupe. Si on devait me rendre les compagnies telles qu’elles étaient, il faudra alors me restituer Iframac, Courts. Si le précédent gouvernement a vendu les compagnies.

Avez-vous discuté de cette proposition avec Navin Ramgoolam ? 
Il est difficile de révéler des conversations privées. La réunion a été positive. Le Premier ministre m’a dit que des « assistants » vont s’en charger, mais faute de temps, cela n’a pas été fait. Je comprends : ils ont tellement de problèmes au gouvernement à résoudre.

Au vu de l’état de l’économie comme présenté dans le rapport « The State of the Economy » et la situation géopolitique, quelles sont les perspectives pour un petit pays comme Maurice ? 
J’ai compris pourquoi Maurice vit encore dans le passé. Nous avons un gros manque de capital pour relancer l’économie. Le gros capital est contrôlé par deux groupes bien distincts : un groupe politique à travers des compagnies parapublics (State Bank, SICOM) - c’est presque comme un secteur privé du gouvernement et l’autre groupe est issu de l’oligarchie sucrière qui, malgré le déclin du sucre, garde toujours entre ses mains un gros capital. 

On produit des shopping malls, mais pas vraiment les produits visant à relancer l’économie. Les petits entrepreneurs restent petits. Les middle-size groups n’arrivent pas à percer pour s’élever au niveau supérieur, par manque de capital. Il faut attirer le très gros capital pour pouvoir placer le pays à un niveau différent. Il faut orienter Maurice vers l’avenir, avec des gens compétents à la tête des organismes vitaux.

Êtes-vous intéressé à lancer une entreprise à Maurice ? 
Certainement ! J’ai des amis à l’étranger qui sont disposés à aider. D’ailleurs, l’un des plus grands banquiers de l’Inde m’a parlé et il est intéressé à venir remettre à flot mes business et aider le pays. (…) On a du potentiel à Maurice et ce, dans toutes les communautés.

Sur le plan personnel, comment pensez-vous récupérer votre vie et aller de l’avant ? 
C’est difficile de récupérer cette vie-là à 81 ans. Mais je pense à l’avenir de mes enfants et petits-enfants et celui de tous ceux que je connais. J’ai su qui sont mes vrais amis. J’ai fait beaucoup d’erreurs en amitié. Nous vivions à la BAI comme une famille, avec une seule idée en tête : comment faire prospérer les autres. Certainement, ma famille doit se remettre. Rendre les autres heureux, c’est ce qui me rend heureux.

Pensez-vous pouvoir pardonner à ceux qui vous ont fait subir ce traumatisme ? 
Je suis une personne pieuse. Seul Dieu détient le pouvoir de décider du sort de chacun. La justice fera son travail pour ceux que je poursuis. Je n’éprouve aucune rancune personnelle, ni de désir de vengeance envers quiconque.

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