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Cour internationale de Justice : Maurice réclame les Chagos avec effet immédiat

SAJ

Plus question de demander à la Grande-Bretagne une date pour rendre les Chagos. Le ministre Mentor, sir Anerood Jugnauth, et les conseillers légaux de Maurice, ont réclamé, durant cette première journée de dépositions orales devant la Cour internationale de Justice de La Haye, un retour immédiat de l’archipel sous souveraineté mauricienne. La Grande-Bretagne, elle, argue que la Cour internationale de Justice n’est pas l’instance appropriée pour résoudre un conflit bilatéral et que Maurice était partie prenante de la décision d’exciser les Chagos du territoire mauricien en 1965. Les dépositions orales se poursuivront jusqu’à jeudi.

SAJ : «Ce n’était pas un choix»

L’excision de l’archipel des Chagos du territoire mauricien en 1965 n’était pas un choix, mais un acte imposé par la puissance coloniale qu’était la Grande-Bretagne. C’est ce qu’a fait ressortir le ministre Mentor, sir Anerood Jugnauth, devant les 14 juges de la Cour internationale de Justice (CIJ) des Nations-Unies, à La Haye, aux Pays-Bas, lundi.

Seul survivant de la conférence constitutionnelle de Lancaster House, tenue en 1965, SAJ relate les circonstances de cet événement et la « pression immense » subie par les représentants mauriciens. Ainsi, le Premier ministre anglais d’alors, Harold Wilson, avait dit à sir Seewoosagur Ramgoolam que « le choix était entre obtenir l’Indépendance de Maurice, mais sans les Chagos, ou ne pas l’obtenir et perdre quand même l’archipel ». Et de préciser qu’à l’époque déjà, les représentants mauriciens s’étaient opposés au détachement des Chagos. 

Des documents officiels anglais ont été montrés pour donner plus de force à l’argumentaire de SAJ. Parmi, un document indiquant que « sir Seewoosagur Ramgoolam viendra vous voir à 10 h demain matin. L’objectif est de lui faire peur avec de l’espoir : l’espoir qu’il puisse obtenir l’Indépendance ; peur qu’il ne puisse l’obtenir, sauf s’il consent au détachement de l’archipel des Chagos ».

« Le choix proposé n’en était pas un », assure SAJ. Six semaines après le rendez-vous de 1965, l’archipel avait été détaché par un « Order in council » et le « so-called British Indian Ocean Territory » pour administrer les Chagos était un fait. Le peuple mauricien n’a donc pu choisir.

Le seul but de la manœuvre, rappelle le ministre Mentor, était d’aménager une base militaire à Diego Garcia. « Mille cinq cents personnes ont été déplacées. Certaines étaient installées depuis plusieurs générations. Cette éviction honteuse a causé une souffrance immense à une partie de la population mauricienne. » Pour SAJ, aucune compensation financière ne pourra effacer cet acte illégal des Britanniques. Sir Anerood Jugnauth assure les Chagossiens du support total du gouvernement mauricien. Il leur garantit un retour rapide sur l’archipel pour ceux qui le souhaitent dès que l’archipel retournera sous souveraineté mauricienne. SAJ souligne que Maurice n’a jamais cessé de protester contre ce détachement.
« Nous sommes totalement satisfaits de la manière dont les choses se sont déroulées », a déclaré le ministre Mentor à sa sortie de la CIJ. « Je suis confiant. Dans ma vie, j’ai toujours été confiant. Nous demandons le retour immédiat des Chagos sous souveraineté mauricienne. »


Me Alison MacDonald démonte les arguments britanniques

La tâche de Me Alison MacDonald, Queen’s Counsel de Matrix Chambers, était claire : démontrer que les arguments britanniques ne tiennent pas la route. Si la Grande-Bretagne soutient qu’en 1965, on ne pouvait évoquer l’autodétermination, elle affirme que c’était déjà un concept profondément ancré dans les lois internationales. « Des archives démontrent que, dans les années ‘60, le Royaume-Uni n’avait aucune objection contre l’autodétermination et même, elle la soutenait. » Citant des documents officiels, Me MacDonald dit que les Chagos faisaient bien partie du territoire mauricien avant l’Indépendance. La Grande-Bretagne ne peut donc prétendre le contraire. Affirmer que l’excision était une décision autodéterminée, prise avec le soutien de la population mauricienne, serait faux. « Le pouvoir colonial avait déjà décidé d’exciser l’archipel en mai 1964. C’était inévitable, et cela, avant même la conférence constitutionnelle de Lancaster House. Là-bas, cela a été imposé à une petite poignée de personnes. » Se reposant sur des documents britanniques, l’avocat dit qu’il n’y avait aucun moyen pour Maurice d’empêcher ce détachement. 


Pierre Klein, professeur à l’Université libre de Bruxelles : «Maurice a soulevé la question à 34 reprises»

Le professeur Pierre Klein, de l’Université libre de Bruxelles, était le second orateur de la partie mauricienne. Sa mission était de défendre la démarche de Maurice de porter l’affaire devant la CIJ pour réclamer un avis consultatif. À ses yeux, il n’existe « aucun motif pour que la CIJ ne donne pas un avis ». Et de souligner qu’en 73 ans d’existence, cette instance n’a jamais refusé de donner un avis consultatif. Il reproche à la Grande-Bretagne de passer sous silence le fait que Maurice ait soulevé le sujet à 34 reprises devant les Nations-Unies, ces 50 dernières années.

Paul Reichler : «Six mois pour retourner Chagos sous contrôle mauricien»

Membre du barreau du district de Colombia, États-Unis, Paul Reichler est venu défendre la cause mauricienne. Réduire la question de souveraineté des Chagos à une simple querelle bilatérale serait une grossière erreur. Le sujet « n’est pas complexe et donc propice à une décolonisation rapide ». Maurice, dit-il, « demande d’imposer un délai de six mois pour mettre fin à l’administration coloniale » de la Grande-Bretagne sur l’archipel. Fixer une date pour un retour des Chagos sous contrôle mauricien serait se rendre complice d’une situation illégale. 

Les larmes de Liseby Elysé

Née à Peros Banhos le 24 juillet 1953, Liseby Elysé, a, dans un enregistrement, témoigné de sa déportation forcée par les Britanniques devant la Cour. « Je dois retourner sur mon île. Je veux y mourir. Ils nous ont expulsés dans le noir, par la force. Nous ne savions même pas pourquoi. Nous n’avions pris que nos vêtements. »