Economie

Confection : Fairy Textiles s’adapte avec succès aux réalités du marché

Textile

Le groupe Fairy Textiles a su innover et se transformer au fil des décennies pour répondre aux exigences de ses clients. L’investissement et l’expansion ont suivi. Profil.

Il a participé au Salon « Première Vision » qui s’est déroulé du 13 au 15 février, à Paris, France.  En effet, le groupe Fairy Textiles a fait partie d’une délégation de 12 sociétés de textile mauriciennes ayant participé à ce rendez-vous des professionnels de la mode, design, stylistes et créateurs. La délégation était dirigée par le département de commerce et exportations de l’Economic Development Board. Pour le groupe Fairy Textiles, situé à Curepipe et employant 150 personnes, la semaine écoulée a donc été riche en opportunités d’affaires.

Antish Bhowaneedin, 30 ans, l’un des directeurs du groupe, est confiant que des commandes se profilent à l’horizon. Toutefois, il se montre réaliste. « Participer une seule fois à un Salon n’est pas suffisant. Certes, le client futur prendra note des produits exposés. Ce n’est qu’à partir de la deuxième ou troisième participation que le client initiera le processus de commandes. Ce sera une commande à titre d’essai, fait ressortir Antish Bhowaneedin. À nous de montrer que nous voulons collaborer dans la durée. Il faudra tout un travail de marketing, visiter l’acheteur final dans son pays. Parce que, tout comme nous, il mise gros en faisant confiance à un nouveau fournisseur basé dans un pays éloigné. »

Le groupe Fairy Textiles fait partie des sociétés qui rapportent des milliards de roupies à l’économie mauricienne sous forme de devises étrangères. Selon Statistics Mauritius, les exportations des usines mauriciennes ont généré Rs 40,7 milliards, dont

Rs 15,2 milliards pour la catégorie de l’habillement au cours de la période janvier à septembre 2017. Pour se hisser dans cette catégorie, le cheminement de Fairy Textiles – composé aujourd’hui de quatre compagnies  – a été parsemé de défis exigeant un changement dans la production et une adaptation aux conditions locales et à la demande internationale. Car le groupe compte des clients aux États-Unis, en Grande-Bretagne, à La Réunion, à Madagascar, à Mayotte, en Martinique, aux Maldives, en Afrique du Sud, à Dubayy et sur le continent européen, sans oublier des contrats avec le gouvernement.

La compétition dans les années 1990

1990. À Maurice, la demande en jeans est en hausse. Satish Bhowaneedin, père d’Antish, prend la courageuse décision de s’engager dans la production locale de jeans au lieu d’en importer de la Thaïlande, et fixer les étiquettes. L’usine démarre ses activités sur une superficie de 1 000 pieds carrés avec cinq machinistes. Satish Bhowaneedin parvient à diversifier l’offre pour les magasins, en ce qui concerne les tailles et le design. Parallèlement, il sonde le marché réunionnais. Ce saut vers l’île sœur est synonyme de diversification de marchés et d’expansion.

À Maurice, la compétition fait rage. Décision est prise de se concentrer sur l’exportation, suivant les enregistrements d’usage auprès des autorités mauriciennes. Ainsi, La Réunion devient un acheteur important de la production de Fairy Textiles jusqu’à ce que la crise de l’euro au début des années 2000 demande une réadaptation aux réalités du marché.

Direction, l’Afrique du Sud. Ce marché, raconte Antish Bhowaneedin, a ses particularités. Car l’acheteur est en quête de fournisseurs qui lui offriront pantalons, chemises, jeans, robes et pyjamas. L’exigence de la clientèle africaine pousse l’entreprise à monter en gamme, investir dans la technologie, regrouper tous les types de production liés à l’habillement sous un seul toit. La transformation dans les locaux situés à Curepipe sera bouclée avec de nouvelles unités de broderie et de lavage industriels de vêtement neufs.

La modernisation et la promotion à l’étranger rapportent leurs fruits. En 2013, lors d’une foire à Paris, la direction entre en contact avec un client américain, un fournisseur de nombreuses marques dans la première économie mondiale. La commande est minimale au départ, soit 1 000 pièces. Entre-temps, la croissance qui s’est opérée a été exponentielle, tant la qualité et le volume ont été accueillis avec satisfaction.


Main-d’œuvre : quand les Mauriciens se défilent

Antish Bhowaneedin et un employé.

Machinistes. Superviseurs. Contrôleurs de qualité. Auxiliaires. Stockeurs. Tant d’opportunités d’emploi dans l’industrie mauricienne du textile. Tout comme les principaux opérateurs du pays, le groupe Fairy Textiles peine à trouver ces compétences localement, d’où le recours continu à la main-d’œuvre étrangère. « Nombreux sont les Mauriciens qui veulent des emplois de cols blancs, dans un bureau, même s’ils ne disposent pas de compétences. À notre niveau, nous avons privilégié l’embauche des Mauriciens.

Or, dans l’industrie du textile, on travaille sous pression. Le contrôle est strict. C’est la qualité qui fait notre force. Si le client se retrouve avec une commande ayant la moindre faille, il nous réclamera de l’argent », fait ressortir Antish Bhowaneedin. « On remontera la chaîne pour situer les responsabilités. Quelle approche devons-nous adopter ? Être indulgents et perdre des clients ou hausser le ton ? Mais le Mauricien ne peut tenir le rythme et les exigences de l’industrie. Nous ne pouvons pas opérer avec un stockeur qui ne sera présent que trois jours sur cinq. La main-d’œuvre étrangère est notre seul recours. »


Facilitation des affaires : demande pour plus de flexibilité

La délocalisation vers des pays où le coût de production est plus favorable s’est enracinée dans les mœurs de l’industrie mauricienne du textile. Ainsi est le village global. N’empêche que les patrons d’usine n’ont aucune envie de s’envoler vers d’autres cieux parce qu’ils affirment et croient en leur identité mauricienne.

Et cette catégorie de compagnies requiert des filets de protection et une approche plus favorable de la part des instances publiques. Sans vouloir critiquer qui ce soit, Antish Bhowaneedin estime qu’une bureaucratie excessive et trop pointilleuse empêche la bonne marche de toute entreprise. « Nous pouvons augmenter notre capacité de production et créer plus de richesse pour le pays. Il faut plus de flexibilité et d’harmonisation entre les instances publiques pour faciliter l’octroi de divers types de permis », conclut-il.