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Au cœur de l’info : l'affaire Medpoint et les résultats du SC abordés

L’affaire MedPoint et les critères d’admission au Higher School Certificate (HSC) ont été débattus au cours de l’émission « Au Cœur de l’info » du samedi 19 janvier, animée par Nawaz Noorbux et Jugdish Joypaul. Ces deux thèmes dominent l’actualité, après les plaidoiries des avocats devant le Privy Council, mardi dernier, et les résultats du School Certificate (SC) jeudi.

Affaire MedPoint

Rajen Narsinghen : «Les Law Lords donneront un excellent jugement»

Le chargé de cours à l’Université de Maurice a évoqué les différentes offenses tombant sous la Prevention of Corruption Act (PoCA), dont l’article 13, qui a retenu l’attention devant le Privy Council mardi. « Certaines personnes disent que cette loi n’est pas assez claire, un peu comme dans le cas impliquant le Premier ministre Pravind Jugnauth, qui a fait la une de l’actualité. La question est soulevée par rapport à l’article 13, qui a trois sous-sections, dont une évoquant le direct or indirect interest et une autre section dédiée au personal interest », explique Rajen Narsinghen.

Selon ses interprétations, « lorsque vous êtes un officier de la Fonction publique, vous devez mettre de côté les intérêts de vos proches ». La loi, dit-il, n’est qu’une question d’interprétation. « C’est la prérogative d’un magistrat ou d’un juge de se prononcer. C’est par obligation légale et morale que le Directeur des poursuites publiques a envoyé cette affaire devant le Judicial Committee du Privy Council. Cela pour clarifier cette affaire », explique-t-il. Le chef du département de droit précise que « Me Perry a évoqué les travaux préparatoires que les parlementaires avaient mentionnés en 2002. C’est de la responsabilité du juge de donner un précédent dans cette affaire. » 

Pour lui, cette loi pose un problème de « clarification », d’où la nécessité de revoir la définition du terme relatives. « Cette loi semble être un copier-coller d’une autre juridiction. Il y a aussi la mention de personal interest, lorsque nous évoquons la question du conflit d’intérêts. Je suis persuadé que les Law Lords donneront un excellent jugement. Il se peut que vous soyez honnêtes, mais il y a la question de la perception du public à prendre en compte. »

Milan Meetarbhan, juriste : «Les choses ont évolué et il faut perfectionner la loi»

La loi de la PoCA, précise-t-il, n’est pas assez claire. « Elle date d’une quinzaine d’années et après 15 ans, les choses ont évolué. Il faut perfectionner cette loi », explique-t-il, avant d’ajouter : « Je pense que ce n’est pas approprié, à l’aube d’une décision du Privy Council, d’avoir une meilleure interprétation de cette loi en évoquant des détails. Il y a un juge qui a donné des indications dans cette affaire. » 

Milan Meeterbhan souhaite voir un débat plus large sur la corruption. « C’est une occasion pour lancer ce débat. La corruption est un thème très large, avec des abus sur l’appareil d’État et des contrats que certains membres de la famille des dirigeants peuvent obtenir », dit-il pour justifier sa requête. Le juriste précise également que le pays est « à l’aube d’une campagne électorale. » « Est-ce qu’il y a une utilisation outrancière de l’appareil d’État pour organiser des meetings et des réunions ? Est-ce qu’il ne faut pas sanctionner cela ? N’est-ce pas un abus ? Il s’agit de l’utilisation de fonds publics pour organiser des activités politiques. Il faut améliorer notre loi », insiste-t-il.

Il remet également en question les activités organisées par un député dans sa circonscription. « Un député est au service de l’État. Maintenant, lorsqu’il organise des déjeuners et des activités uniquement dans sa circonscription, faut-il sanctionner cela ? »


Les résultats du School Certificate (SC)

Ramparsad Mungar : «Baisse drastique du nombre d’élèves admis en Lower Six»

La crainte et l’incertitude gagnent du terrain dans les collèges privés. C’est le tableau sombre que brosse Ramparsad Mungar. « Avec un taux de réussite de 72 % pour les examens du School Certificate pour la cuvée 2018, je pense qu’il y a moins de 50 % qui ont plus de 4 Credits », pense-t-il. Le secrétaire de la MPSSU évoque, par la suite, les conséquences. « Définitivement, le nombre d’élèves admis en Lower Six connaîtra une baisse drastique et cela affectera tous les collèges. Nous aurons en moyenne une dizaine d’élèves qui seront admis en HSC », déplore-t-il.  

Pour lui, les autorités devront revoir leur copie. « L’éducation ne se limite pas à obtenir un emploi ou réussir ses examens. L’éducation, c’est éduquer avant tout les enfants. Le HSC n’est qu’une expérience, une formation personnelle et sociale de l’enfant. C’est différent lorsque nous le comparons à un élève du SC », explique-t-il. 

Steven Obeegadoo : «Adapter le système éducatif aux besoins des jeunes»

« Les critères d’accès pour le HSC est un vrai problème. » C’est l’analyse de l’ancien ministre de l’Éducation. Avec 3, puis 4 et ensuite 5 Credits, ce sont les élèves qui sont pénalisés. « Les 3 Credits, ce n’est pas logique. Je m’étais opposé à cette mesure en 2011. Et aujourd’hui, beaucoup d’élèves en HSC n’ont pas 5 Credits, ni 4 Credits. Ces trois dernières années, il y a une moyenne de 72 % de réussite en SC. Ce qui indique qu’il y a environ 50 % d’élèves qui ont échoué depuis qu’ils ont démarré leur scolarité. C’est grave. Est-ce la faute aux élèves, aux profs ou c’est le système qui doit être remis en question ? » se demande-t-il.

Pour sa part, il préconise un changement qui sera adapté à cette génération et aux générations futures. « Notre système date de plus de 50 ans. Il faut adapter le système éducatif aux besoins des jeunes, aux besoins de la société et de l’économie. » En ce qu’il s’agit des statistiques, il qualifie l’opacité du MES de « scandaleux ». « C’est un scandale que les statistiques ne soient pas dévoilées. Combien d’élèves ont obtenu 3 Credits ? En 2016, j’ai fait une estimation. Ce chiffre tourne autour de 3 000. Il y a le risque que plusieurs milliers de jeunes se retrouvent sur le pavé. Il faut qu’il y ait une alternative au niveau technique et dans la formation », indique Steven Obeegadoo.

Dinesh Seeharry : «Le ministère a pris une décision courageuse»

Selon Dinesh Seeharry, attaché de presse au ministère de l’éducation, le MES compile actuellement les chiffres avant de les rendre public. « Nous devons les vérifier et contrevérifier. » Concernant les nouveaux critères d’admission en HSC, il répond ceci : « Une décision avait été prise depuis 2017. C’est en mai 2017 que la direction de tous les établissements en a été informée. Elles avaient le devoir, à leur tour, d’informer tous les enseignants et les parents. Maintenant, dans un souci de flexibilité, le ministère de l’Éducation a décidé de repousser les échéances pour 2020, où 5 Credits seront requis. Pour 2019, ce n’est que 4 Credits », explique-t-il.

Dinesh Seeharry affirme que cette décision a été prise dans l’intérêt des élèves : « Le ministère a pris une décision courageuse. Nous devons faire ressortir qu’un employeur prend en considération non seulement un degré, mais également les résultats du SC et du HSC avant d’embaucher. Nous savons tous que les enseignants se sont toujours plaints du nombre excessif d’élèves dans une salle de classe. Lorsqu’il y a une réduction dans le nombre d’élèves, les enseignants pourront apporter une attention particulière à l’enfant. »

Qu’en est-il de ceux qui échouent à leurs examens ? Dinesh Seeharry répond : « Les élèves qui n’ont pas obtenu suffisamment de Credits auront la chance de recomposer (resit). Ils ne perdent rien. Maintenant, en cas de nouvel échec, ils auront droit à des cours au MITD ou à l’école polytechnique. Le niveau des cours a été rehaussé et la question de places ne se pose même pas. Il y en aura suffisamment », affirme l’attaché de presse.