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Activités en plein air : tour d’horizon des risques, des précautions et de la responsabilité des participants 

Illustration de randonnée à Cascades Beaux-songes fait par un guide.
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Nombreux sont les amateurs d’activités en plein air qui s’adonnent à leur passion au cœur de la nature. Certains veulent découvrir les paysages. D’autres cherchent à se ressourcer, à relever un défi personnel ou en groupe ou encore créer du contenu pour les réseaux sociaux. Mais les risques liés, entre autres, aux randonnées, sont multiples, surtout en l’absence d’un guide professionnel. Terrains accidentés ou encore conditions météorologiques extrêmes, gare aux dangers qui vous guettent dans la nature.


Le dimanche 13 mars, quatre jeunes sont partis en randonnée à Alexandra Falls. À 14 heures, ils ont été surpris par une soudaine montée des eaux en raison des pluies diluviennes qui se sont abattues sur toute l’île. Trois d’entre eux ont été secourus vers 20 heures, mais Zahir Ruhomaun, âgé de 17 ans, a disparu dans les environs de La Cascade 500 pieds. Ce n’est que le lundi 14 mars que le corps sans vie de l’adolescent a été découvert dans une réserve naturelle à Bel-Ombre. 

Ce même jour, d’autres randonneurs, dont Fabrice David, le député du Parti travailliste, se sont retrouvés en danger, alors qu’ils se trouvaient aux Gorges de la Rivière-Noire. La Special Operations Division du Mauritius Fire and Rescue Service (MFRS) a dû intervenir pour les secourir. 

Krish Hardowar, le directeur de Vertical World Limited.
Krish Hardowar, le directeur de Vertical World Limited.

Krish Hardowar : « L’expérience du site et la gestion de la sécurité des participants sont primordiales »

Comment partir en excursion en toute sécurité ? Nous avons posé la question à Krish Hardowar, le directeur de Vertical World Limited. Cette compagnie en opération depuis 1999, propose des activités comme le canyoning, la randonnée, l’escalade, l’alpinisme et du « outdoor tactical lasertag ». Elle organise aussi une série de formations en secourisme et sauvetage, y compris des cours de premiers secours en milieu sauvage et éloigné ainsi que la formation de guide d'aventures, entre autres. « Nous proposons des activités tout autour de l'île, en passant par les rivières, les montagnes et les forêts, tout en combinant espaces publics et privés », indique-t-il. Krish Hardowar est aussi détenteur de plusieurs brevets professionnels. Parmi, ceux de Mountain Educator de la National Outdoor Leadership School des États-Unis, de Wilderness Emergency Medic, de Moniteur de Canyon du Royaume-Uni et de France.

Faites uniquement appel à un professionnel

Ce professionnel du domaine déconseille fortement les randonnées sur des sites de techniques aux personnes inexpérimentées. Selon lui, les accidents en pleine nature, notamment cascades, rivières et canyons, surviennent quand la sortie est mal planifiée et mal gérée. « Les excursions peuvent s’avérer périlleuses, voire mortelles, si elles sont dirigées par des guides non-professionnels, des proches ou amis qui prétendent avoir les compétences nécessaires alors que ce n’est pas le cas », fait-il remarquer. 

Une personne qui pratique habituellement de l'escalade ou le canyoning  et qui n'est pas titulaire d'un certificat n'est pas un guide. « Je rappelle que cette personne n’a pas l'expertise technique ni l’expérience requise pour réagir en cas d'urgence. Malheureusement, à Maurice, il y a des individus qui disent être des guides et achètent du matériel. Ils proposent à leurs clients de faire du canyoning, de l'escalade et des randonnées techniques, incluant l’ascension du Pieter Both », précise-t-il.  Pour lui, un guide professionnel doit être obligatoirement détenteur d’une certification reconnue. À ce moment-là, les randonneurs pourront  vivre de belles expériences en toute sécurité et sans risques d’accident. 

« À Vertical World, la sécurité reste notre préoccupation majeure. Dans cette optique, nos activités sont conçues en relation avec l’expérience du site utilisé et l'aspect gestion de la sécurité des participants. Il faut prendre en considération le fait que chaque personne a des besoins et des attentes différents. Ensuite, il est important de comprendre l’objectif du client qui  part en excursion », ajoute le directeur. D’ailleurs, quelles sont les raisons qui motivent les randonneurs ? Les plus courantes, selon notre interlocuteur, sont pour découvrir des lieux d’exception, goûter à l’aventure, éprouver des frissons à travers des expériences effrayantes pour une montée d’adrénaline ou ressentir un sentiment de danger. 

Il ajoute qu’un formulaire avec une clause de non-responsabilité est remis à chaque participant. Il s’agit, selon Krish Hardowar, de limiter la responsabilité du fournisseur des services d’activités qui ne peut utiliser une clause de non-responsabilité pour se décharger totalement de ses responsabilités.

Krish Hardowar ne cache pas le fait qu’il est impossible d'éliminer complètement toutes les difficultés durant une activité en plein air. « Toutefois, le but est de minimiser les risques autant que possible en se basant sur les compétences techniques et l’expérience professionnelle de la compagnie qui organise des activités en plein air et de ses formateurs. Toute la sécurité des participants est basée sur ces éléments. Ainsi, il est primordial que les participants soient au courant des certifications réelles des encadrants, c’est-à-dire l’organisme professionnel et le pays qui les a délivrés », explique notre interlocuteur.

Ensuite, la clé du bon déroulement de toute activité en plein air dépend du « trip leader », soit le moniteur principal. C’est ce dernier qui déterminera l’expérience des participants et assurera leur sécurité sur le site choisi. « Rien ne remplace une expérience professionnelle variée, puisque c’est elle qui contribuera à faire preuve de bon jugement.  Plusieurs pays ont divers systèmes et exigences de formation de moniteurs. Il faut plusieurs années pour devenir moniteur dans le domaine des aventures en plein air », fait-il ressortir. « La raison est que vous tenez la vie des gens entre vos mains. Les randonnées, entre autres, ne sont pas à banaliser », indique notre interlocuteur. 

L’évaluation des risques 

Chaque activité en plein air doit faire l’objet d’une évaluation des risques. C’est, en effet, celle-ci qui déterminera les précautions à prendre, en préventif et aussi en réactif. Selon notre interlocuteur, les activités extérieures comportent des risques qui ne peuvent pas être éliminés sans détruire leur unicité. Les dangers durant les sorties en cascade sont la hauteur des chutes d’eau, les risques de crue d’eau, la profondeur des vasques et la complexité des accès. En montagne, il faut faire attention aux chutes de pierres, à la complexité des sentiers ou encore l’influence de la météo. 

Voilà pourquoi Krish Hardowar rappelle encore une fois qu’il est indispensable d’avoir affaire à un guide professionnel. Ce dernier sera capable de  comprendre les risques de chaque activité et d’en faire les évaluations. « Un guide professionnel a une compétence éprouvée et certifiée dans la gestion des personnes pour assurer leur sécurité lors d’une activité en plein air. Il ne suffit pas  de connaitre la piste. Le guide doit aussi avoir la compétence technique pour régler et gérer les protocoles de sécurité. De plus, il doit comprendre les risques et les réduire de manière proactive », renchérit-il. Ainsi, il saura gérer les risques météorologiques, y compris les rivières inondées. Quant aux activités techniques, comme le canyoning ou l’escalade,  elles comportent un nombre de risques accrus qui sont surtout liés à l'aménagement du site.

Cela concerne les points d’ancrage qui doivent absolument être mis en place par des professionnels.  « J’ai constaté récemment qu’au Pieter Both, par exemple, certaines personnes ont placé des ancrages dangereux qui peuvent être mortels », fait-il ressortir.


Freddy, guide : « Il ne faut pas prendre de risques inutiles, surtout en période de mauvais temps »

Freddy guide chez Motrek Adventures.
Freddy guide chez Motrek Adventures.

Motrek Adventures propose diverses randonnées en montagne, dans les cascades et les Gorges de la Rivière-Noire. « Nous faisons également des randonnées plus techniques comme l’ascension de la montagne Pieter Both ou celle de Piton Jacob. Nous proposons aussi d’autres activités comme le canyoning et le camping », explique Freddy, guide à Motrek Adventures. 

Pour lui, la randonnée comporte de nombreux bienfaits. Elle améliore la santé et procure de l’énergie au corps, tout en favorisant une bonne circulation sanguine et le fonctionnement du cœur. « Ça aide aussi à renforcer les muscles et à assouplir les articulations », renchérit-il. Cependant, il ne faut pas prendre de risques inutiles, surtout en période de mauvais temps. Ensuite, il faut un minimum de concentration pour ne pas se blesser ou se perdre dans la nature. Lui aussi est d’avis que partir en randonnée avec des guides amateurs et inexpérimentés est dangereux. « Ils ne connaissent pas forcément bien les lieux. C’est surtout vrai pour les sites techniques, comme les montagnes », explique-t-il. Selon lui, il est impératif que le guide décrive tous les aspects de la sortie aux participants. Il doit aussi pouvoir les soutenir et les accompagner en cas de doute ou une situation stressante.

« Bien qu’ils soient rares, les accidents peuvent être mortels »

Lors d’une activité au cœur de la nature, les participants sont souvent loin des sources d’aides et sans réseau téléphonique. Il est donc vital que les guides aient la compétence technique pour effectuer un sauvetage immédiat ou avoir une connaissance des premiers secours en milieu sauvage, mais plus encore. Au cas contraire, la plupart des accidents surviennent non seulement suite à un mauvais jugement, mais surtout si les capacités du guide sont surestimées. Souvent, les guides retenus pour une excursion indiquent aux participants qu’ils vont appeler les services de secours en cas d’accidents. Malheureusement, cette affirmation ne suffit pas, car il est probable que l’accident se produise loin de tout aide. Quand les secours débarquent, il est peut-être trop tard, fait remarquer le directeur de Vertical World Limited. Les accidents arrivent rarement, toutefois, lorsqu'ils surviennent, ils peuvent être mortels, dit-il. « L’accident durant une sortie en plein air est défini comme un évènement inattendu et non conforme à ce qu’on pouvait raisonnablement prévoir. Par contre, le guide qualifié va déterminer, dans la mesure du possible, la majorité des risques qui influencent la sortie. Au cas contraire, ne pas les prendre en compte équivaut à de la négligence », affirme Krish Hardowar.

L'évaluation des risques des activités en plein air doit comprendre, entre autres :

  • L’itinéraire et la technicité du site sélectionné pour l’activité et vérifier s’il est adapté aux participants.
  • Déterminer si les prévisions météorologiques peuvent affecter la sortie en plein air.
  • Se renseigner si les équipements d’urgence sont en possession des guides. 
  • L'expérience technique des participants par rapport à l’activité choisie doit être prise en considération pour le bon déroulement de la sortie.

Les précautions

Il y a plusieurs dangers qui guettent les participants lors d’une activité en plein air. Ils peuvent se perdre sur le site, être entrainés par des chutes d’eau ou des cascades et se noyer. Certes, on ne peut pas tout prévoir, néanmoins il y a des précautions de base à prendre qui peut vous sauver la vie. Outre le fait d’être accompagné par un guide professionnel, prévoyez aussi une trousse de secours, suffisamment de nourriture et d’eau. Il faut aussi surveiller le temps avant et pendant la randonnée. 

Les risques associés à la randonnée en solo

Il arrive que certains individus aiment avoir l’expérience du monde en solo. Malheureusement, ils s’exposent à des dangers potentiels. Il est donc déconseillé de partir à l’avenir en solitaire. Voici les risques encourus :

  • Le manque de matériel de sécurité, comme les cordes de secours en cas de fort courant. 
  • L’absence de connaissances des premiers soins de secours en cas d’accident.
  • Le risque de se perdre. 
  • Le risque d’être pris au dépourvu par le mauvais temps. 

Les critères à prendre en considération avant de faire une excursion

  • Le climat. 
  • La condition physique des participants.
  • Les conditions des chemins et de l’environnement du site choisi.

Ce qu’on attend des autorités

  • Sensibiliser le public sur les risques des randonnées en solitaire. 
  • Interdire les sorties extérieures en cas de mauvais temps. 

Quel est le rôle des autorités ?

Les autorités concernées peuvent prendre diverses mesures pour minimiser les risques d’accident, fait remarquer Krish Hardowar. Parmi, la mise en place d’un système adéquat de vérification et de certification des guides, ainsi que la classification des sites. « Le reste est à la charge du guide. J’ai lu quelque part dans une autre publication qu’un soi-disant professionnel a cité que le temps est imprévisible. J'aurai tendance à être en désaccord », souligne-t-il. En effet, grâce à la technologie moderne, il est facile d’avoir des prévisions météorologiques suffisamment précises pour prévoir les conditions climatiques qui auront un impact sur une quelconque activité en plein air. « La règle d'or est qu'en cas de doute, c’est simplement de ne pas y aller », conclut le directeur de Vertical World Limited.

 

 

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