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Sud-Ouest de l’océan Indien : les défis climatiques

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Alors que les éléments se déchaînent en raison des changements climatiques à travers le monde, il est crucial de comprendre l’impact majeur que la confiance envers le service météorologique nationale a sur notre sécurité et la préservation de nos vies. 

Pour la saison cyclonique 2023-2024, on prévoit que cinq à neuf cyclones puissent se former dans le bassin sud-ouest de l’océan indien. Les cyclones devraient être moins nombreux que la saison précédente, mais les îles insulaires comme Maurice et la Réunion ne seront pas épargnées. 

Ces prévisions ont été présentées par Météo France lors du First Regional Workshop on Climate Services dans le cadre du South West Indian Ocean Climate Outlook Forum (SWIO) à Maurice. Cet événement organisé par la Commission de l’Océan Indien (COI) a eu lieu à l’hôtel Voilà à Bagatelle, le jeudi 21 septembre. 

Lors d’une rencontre avec les médias, le climatologue Laurent Labbe de Météo France a expliqué que l’activité cyclonique sur le bassin sud-ouest de l’océan indien est inférieure à la normale. Selon lui, les cyclones devraient suivre des trajectoires plus méridionales, ce qui réduit le risque pour Madagascar et le continent africain. « Mais sur les pays insulaires comme Maurice et la Réunion, le risque persiste », a-t-il souligné. 

Le chef exécutif de la Seychelles Meteorological Authority, Vincent Amelie, a annoncé, quant à lui, que les précipitations sur l’archipel seront plus abondantes au cours de la prochaine saison. « Au cours de la ‘peak season’ de janvier, nous avons eu 400 millimètres de pluie. De ce fait, nous nous attendons à en avoir beaucoup plus pour la prochaine saison. Toutefois, cela ne signifie pas que les autres pays de la région connaîtront la même situation », a-t-il précisé. 

La rencontre avec les météorologues de Maurice, de la Réunion, des Seychelles, des Comores, de Madagascar ainsi que d’autres pays du continent africain tels que la Tanzanie, le Malawi et le Mozambique, entre autres, avait pour objet le projet Hydromet de la COI actuellement en cours. Selon Gina Bonne, chargée de mission pour la COI, c’est un programme sur le développement des informations climatiques. « Il vise à renforcer la capacité des services météorologiques et leur lien avec la réduction des risques et des catastrophes, ainsi que leur collaboration avec tous les secteurs pour faciliter la prise de décision basée sur les données météorologiques. »

Elle a souligné l’importance des services climatiques de qualité fournis par les stations météorologiques nationales lors de ce forum.

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Maurice a accueilli le « South West Indian Ocean Climate Outlook Forum » le jeudi 21 septembre.

Le risque El Niño

L’Australie a annoncé mardi 19 septembre la formation du phénomène El Niño dans le Pacifique. Il s’agit d’un phénomène climatique qui se produit tous les deux à sept ans et qui dure généralement de neuf à douze mois. El Niño entraîne une augmentation significative du risque de chaleur extrême dans de nombreuses régions du monde et une diminution des pluies. D’autres régions du monde peuvent connaître au contraire des précipitations importantes qui peuvent provoquer des inondations soudaines. Il est donc crucial que les pays de l’océan Indien surveillent attentivement ces conditions climatiques en raison de leur impact global. À Maurice, la station météorologique de Vacoas prévoit des conditions d’El Niño en septembre, octobre et novembre, ce qui est rare dans cette région de l’océan Indien.

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Le rôle des services météorologiques pour sauver des vies

Adair Ackley, de la United Nations for Disaster Risk Reduction : «Les citoyens doivent savoir quelles précautions prendre»

adairFace aux incertitudes climatiques actuelles, comment apprécier le rôle crucial des services météorologiques nationaux pour sauver des vies ? Le public doit être conscient des risques climatiques potentiels. Il est crucial d’analyser les menaces, la vulnérabilité et l’exposition qui engendrent les risques de catastrophe, surtout pour les petites îles en développement qui font face à des défis uniques, répond Adair Ackley, responsable régionale externe du bureau régional de la Réduction des risques de catastrophe des Nations unies (UNDRR) pour l’Afrique subsaharienne, basée à Nairobi au Kenya. 

Elle était l’une des intervenantes d’une formation de deux jours pour les journalistes mauriciens, intitulée « Mauritius National DRR Media Training », qui s’est tenue les 19 et 21 septembre à Maurice. Cette formation a été organisée en partenariat avec le National Disaster Risk Reduction and Management Centre (NDRRMC), l’Asia Pacific Broadcasting Union (ABU), l’UNDRR et le Media Trust.

Adair Ackley souligne que le SWIO a présenté les prévisions de pluies et la prochaine saison cyclonique. « C’est essentiel pour les citoyens car ils doivent savoir quelles précautions prendre. Il est aussi primordial que les médias diffusent les informations fournies par les scientifiques du climat », dit-elle.

Elle illustre ensuite le concept d’« Early Warning Signs For All » (signaux d’alerte précoce pour tous), un plan d’action du Secrétaire général des Nations unies dont Maurice fait partie des 30 premiers pays à le mettre en œuvre. Il s’agit d’un objectif ambitieux visant à doter toute la planète de systèmes d’alerte précoce d’ici 2027, indique-t-elle. 

« Il est prouvé que les signaux d’alerte précoce sont efficaces et qu’ils sauvent des vies. Les services climatiques utilisent ces systèmes pour mieux informer les citoyens, en s’appuyant sur quatre piliers, dont le troisième est la communication et la diffusion. C’est là que les médias ont un rôle essentiel à jouer pour expliquer non seulement la météo, mais aussi ses conséquences sur les citoyens. »

Chaque secteur est impliqué, souligne-t-elle. Elle cite les agriculteurs qui doivent se préparer à la prochaine saison des récoltes, les acteurs du tourisme qui doivent renseigner les citoyens sur leur activité, les écoles de kitesurf qui doivent protéger leurs élèves et les patrouilles marines qui doivent être attentives aux fortes houles. 

« Faire confiance aux services climatiques est crucial pour sauver des vies et des moyens de subsistance. Parfois, les informations peuvent changer, une prévision peut être contredite, mais il est impératif de faire confiance aux services météorologiques et de se baser sur des choix éclairés. Prendre les mesures nécessaires sans avoir de regrets par la suite. » 

Elle insiste, dans la foulée, sur l’importance de continuer à faire des exercices de simulation sur les actions à prendre dans ces situations. Cela permet de se préparer pour l’avenir et d’apprendre à chaque fois à prendre des mesures plus efficaces. « Comme nous l’avons vu lors de cette formation avec les journalistes, les médias et les services météorologiques ont besoin de se préparer à diffuser les informations sur les signaux d’alerte précoce pour sensibiliser le public avant qu’une catastrophe ne survienne, et pas seulement quand le centre national des opérations d’urgence est activé pour mobiliser les médias et informer le public. Nous devons anticiper cela avant qu’une crise n’éclate », conclut Adair Ackley.


François Bonnardot, ingénieur-météorologue : «Nous nous efforçons de fournir l’information la plus précise possible»

francoisLes prévisions et les compétences des services météorologiques de Maurice sont malheureusement souvent remises en question sur les réseaux sociaux par des citoyens. Quelle est la raison de cette défiance du public envers les services météorologiques nationaux ? Nous avons posé cette question à l’ingénieur-météorologue François Bonnardot de Météo France. Il était basé à l’île de la Réunion et a participé au SWIO à Maurice.

François Bonnardot affirme que la confiance du public envers les services météorologiques nationaux est le maillon essentiel pour assurer la sécurité et le bien-être de chacun face aux risques météorologiques. Il répond que c’est important et qu’il faut que les services météorologiques réussissent à établir cette confiance. 

Comment faire ? « Nous, les météorologues, nous devons faire comprendre notre métier en reconnaissant que nous n’avons pas réponse à tout. Il y a de nombreuses incertitudes, mais nous faisons de notre mieux pour fournir l’information la plus précise possible en fonction de nos connaissances et des limites de la prévision météorologique. »

Il ajoute qu’il faut un effort commun de compréhension. Au cas contraire, la méfiance risque d’éloigner les gens et de nuire à l’efficacité des systèmes mis en place pour protéger et sauver des vies.

François Bonnardot souligne aussi le rôle crucial des experts météorologiques et rappelle au public l’importance de se fier aux sources officielles et autorisées pour éviter la confusion et l’incompréhension. Il conseille au public de vérifier la fiabilité des informations qui circulent sur les réseaux sociaux en se référant aux sites officiels des services météorologiques nationaux. Il précise que les autorités de sécurité civile s’appuient sur les informations fournies par les météorologues pour prendre des décisions vitales. 

S’il reconnaît qu’il est inévitable que des informations circulent sur les réseaux sociaux, il insiste sur l’importance de faire la différence entre les données brutes et les informations expertisées qui sont essentielles pour le processus de prise de décision. « Une compréhension partagée des informations météorologiques est primordiale pour garantir la sécurité de tous », conclut François Bonnardot.

 

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