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Vers l’introduction d’un Portable Gratuity Retirement Scheme

Monde du travail La Confédération des travailleurs du secteur privé se bat pour améliorer les conditions de travail des employés en cas de licenciement.

L'introduction d’un Portable Gratuity Retirement Scheme dans le secteur privé est à l'étude dans le cadre de la révision de l'Employment Relations Act et de l'Employment Rights Act. Les nouveaux textes de loi seront présentés au Parlement d'ici décembre. Toutefois, le patronat montre une certaine réticence et met en garde contre des licenciements et un ralentissement dans la création d'emplois.

Si le concept d'un Portable Gratuity Retirement Scheme est adopté, les employés du secteur privé pourront jouir de la totalité de leur temps de service  en termes de gratuité à l'âge de la retraite, peu importe s’ils changent d'employeurs durant leur carrière professionnelle. Ce qui n'est pas le cas actuellement.

Valeur du jour, les employés du secteur privé voient leur nombre d'années de service retourner à zéro si pour une raison ou une autre, ils prennent de l'emploi dans une autre entreprise. Ce qui ajoute à leur désarroi quand ils sont licenciés pour des raisons économiques.

Face à cette situation, la Confédération des travailleurs du secteur privé (CTSP) se bat, depuis des années, pour l'introduction d'un Portable Severance Allowance dans le secteur privé, d'autant que les travailleurs sont de plus en plus recrutés sous contrat déterminé. Les autorités, aussi, envisagent son introduction.

Les autorités

Le consultant en relations industrielles, Dev Luchmun, estime qu'importe comment on l'appelle, Portable Severance Allowance ou Portable Gratuity Retirement Scheme, l'importance , c'est de trouver une formule pour protéger les années de service des travailleurs du secteur privé en cas de licenciement économique. « Il est grand temps que les autorités revoient certaines conditions du secteur privé où les travailleurs sont souvent perdants », dit-il.

Les employés du secteur privé sont perdants

Il cite, notamment, le cas des employés du secteur manufacturier qui, du jour au lendemain, peuvent se retrouver au chômage. Il rappelle la vague de licenciements qui a frappé ce secteur au début des années 2000. « Certes, ils peuvent être embauchés par d'autres entreprises mais cela n’empêche pas qu'ils perdent leurs années de service. Il s'agit d'un éternel recommencement pour eux  », ajoute-t-il. Il est d'avis qu'il existe une certaine perception de discrimination entre les employés du secteur privé et ceux de la fonction publique, concernant les pensions de retraite.

Bien qu'il reconnaît que l'introduction d'un Portable Gratuity Retirement Scheme ajoutera un coût additionnel aux entreprises, il invite le patronat à se montrer plus flexible à ce sujet. Et de préciser : « Je souhaite plus de concertations entre le gouvernement, le patronat et les syndicats afin de trouver une formule équitable, comme cela a été le cas pour le salaire minimal ». Il est regrettable, dit-il, que les travailleurs du secteur privé, qui contribuent de manière directe à l'économie, se retrouvent dans la misère à l'âge de la retraite. Il estime que l'introduction d'un Portable Gratuity Retirement Scheme est en ligne droite avec les engagements de Maurice dans le Millenium Development Goal.

Dev Luchmun reconnaît que les salariés du secteur privé bénéficient d'une pension du National Pensions Fund à l'âge de la retraite mais elle est nettement insuffisante, comparée à celle des fonctionnaires. Il aurait souhaité que le plafond de contribution au plan national de pension, qui est de Rs  16,995 soit rehaussé. Selon lui, il est malheureux que les pensions pour les salaires plus élevés soient calculées sur ce plafond maximal.

De son côté, le président de la Free Democratic Unions Federation (FDUF), Désiré Guildhary, qualifie l'initiative du gouvernement de louable. Il pense surtout aux travailleurs de la zone franche dont les conditions d'emploi sont plus ou moins précaires avec les licenciements, fermetures et délocalisations des entreprises. Il souhaite que les autorités consultent la classe syndicale à ce sujet d’autant plus, dit-il, que plusieurs questions se posent. Il cite, notamment, les travailleurs qui sont contraints de quitter leurs emplois pour des raisons médicales. « Devront-ils attendre l’âge de la retraite pour toucher leurs gratuités ? », se demande-t-il.


Business Mauritius : «N’alourdissez pas davantage le fardeau patronal»

L’introduction d’un Portable Gratuity Retirement Scheme pour les salariés du secteur privé ne semble pas faire l'unanimité au sein du patronat. Dans sa newsletter, Business Mauritius (BM) a demandé qu'on n’alourdisse pas davantage le fardeau des entreprises de peur que cela ne freine la création d'emplois et génère parallèlement des pertes d'emplois. Ce qui inquiète davantage l'association patronale, c'est que la gratuité représentant le paiement de 15 jours de salaires par année de service, sera remplacée par une formule où le patronat devra payer une cotisation dès le départ à un taux qui sera déterminé par les actuaires.

Eric Ng : « Il faut introduire un certain nombre d'années pour être éligible »

L'économiste Eric Ng trouve que l'introduction d'un Portable Gratuity Retirement Scheme est une bonne initiative dans la mesure où les employés du secteur privé bénéficient d'une pension, basée sur leurs années de service. Il estime que cela aura comme mérite d'encourager la mobilité de la main-d’œuvre. « Si les employés ne sont pas satisfaits avec leurs conditions de service, ils pourront se tourner ailleurs. » Toutefois, il pense qu'il faut introduire un certain nombre d'années accomplies au sein d'une entreprise pour que le temps de service soit comptabilisé. Selon  lui, un minimum de cinq ans est raisonnable. Il est d'avis que cela préviendrait les employés de changer d'employeurs pour une raison ou une autre.

Eric Ng avance que les employeurs ont le devoir de contribuer à un plan de pension pour leurs employés s'ils veulent que les meilleurs continuent à travailler pour eux.