Interview

Suttyhudeo Tengur : «Dire que ces deux tiers n’ont pas réussi au SC est un raisonnement médiocre»

Suttyhudeo Tengur

Le président de la Government Hindi Teachers Union, Suttyhudeo Tengur, accueille le retour des cinq « Credits » en SC pour accéder en HSC. Il cloue au pilori l’ex-ministre Vasant Bunwaree qui, avec les trois « Credits », a encouragé le moindre effort, d’où le fort taux d’échecs aujourd’hui.

Deux tiers des étudiants, soit 70 %, n’ont pas eu les cinq Credits en School Certificate. Cela vous choque-t-il ?
Tout le monde, surtout dans le secteur éducatif, sait que la barre des cinq Credits pour la cuvée 2019 est une décision prise il y a cinq ans. Venir crier au loup aujourd’hui est injustifiée.

Donc, à vous comprendre, avoir un tel taux d’échecs en School Certificate était attendu…
Depuis quelques années, je crie qu’on a un nivellement par le bas au SC. Surtout depuis la décision de l’ex-ministre Vasant Bunwaree de faire admettre ceux qui ont eu trois Credits en HSC. Avec le concept des trois Credits, on était en train de faire de la société mauricienne une société médiocre. On m’a critiqué et aujourd’hui, on va me donner raison. Ce taux de 70 % est constant depuis ces cinq dernières années.

La décision de la ministre Leila Devi Dookhun-Luchoomun de ramener le critère des cinq Credits en SC pour accéder en HSC est-elle une bonne chose ?
La décision de la ministre Dookhun mérite un applaudissement national. C’est la première fois que je félicite un ministre de l’Éducation.

La décision de la ministre Dookhun mérite un applaudissement national»

Quitte à jeter sur le pavé deux tiers, soit 70 % des élèves, qui mordent la poussière en n’obtenant pas les cinq Credits ?
Ces deux tiers d’échecs sont le résultat de la décision de Vasant Bunwaree et c’est pour corriger ce non-sens que, dans sa sagesse, la ministre Dookhun a décidé de redresser la barre et de donner un coup de pouce à la qualité de l’éducation. Car les 70 % qui ne peuvent monter en HSC prouvent que la qualité a chuté. Pour ce que la ministre a fait, on aura les résultats dans moins de cinq ans.

Maintenir les cinq Credits serait vital, selon vous ?
Pour une meilleure Fonction publique, un meilleur service médical, une meilleure force policière, il est vital de maintenir les cinq Credits en SC pour passer en HSC. Sinon, avec le système des trois Credits de Vasant Bunwaree, on encourage des partisans du moindre effort.

Est-ce utopique de penser qu’on pourrait atteindre un niveau d’excellence un jour ?
L’objectif de la ministre est de ramener notre niveau d’éducation au même palier que Singapour et les pays européens. Savez-vous que nos étudiants, dits de l’élite, allant étudier en Grande-Bretagne n’ont pas le niveau pour se faire admettre à Oxford et Cambridge ?

Même nos lauréats, considérés comme la crème de la crème ?
Je mets au défi de publier la liste des lauréats qui ont eu accès à Oxford ou Cambridge. C’est pour cela qu’en tant qu’enseignante et maman, la ministre a pris la décision, en connaissance de cause, de maintenir les cinq Credits en SC pour avoir accès en HSC. Elle a agi en tant qu’académicienne et non en politicienne. Contrairement à ses prédécesseurs, qui ont agi avec lâcheté.

Les 70 % qui ne peuvent monter en HSC prouvent que la qualité a chuté»

Vous ne pensez pas que le mal de notre système éducatif vient du primaire ?
Si on regarde l’évolution de notre système éducatif à Maurice, on constate que la qualité souffre depuis le préprimaire. On a des écoles préprimaires gérées par les mairies, les groupes socio-culturels et le privé. C’est comme revenir à lekol bilo, avec l’aspect  très lucratif. La classe au bas de l’échelle est pénalisée, car l’encadrement ne permet pas à l’enfant de s’épanouir intellectuellement. C’est comme une garderie.

L’État aussi a ses préprimaires !
Ce n’est que récemment que le gouvernement a introduit le préprimaire, reconnaissant de facto l’absence de qualité des écoles préprimiares gérées par d’autres.

La montée automatique pose aussi problème…
Dans sa sagesse, le gouvernement a décidé de rendre l’accès à l’éducation à tous. L’Assessment System a été introduit, parce que le CPE jetait 30 % des élèves sur le pavé.

Quelle serait la solution ?
Les 30 % qui échouent au PSAC doivent être dirigés vers une école de métier, comme cela se fait en France.

La ministre parle de les canaliser vers des centres techniques. Y a-t-il suffisamment de places pour accueillir tous ceux qui ont échoué au SC ?
La ministre de l’Éducation doit faire une déclaration officielle pour dire comment elle pense encadrer ces deux tiers qui ne continuent pas dans la filière académique et préciser le nombre de places disponibles dans les centres techniques. Actuellement, ce nombre tourne autour d’un millier. Il faut davantage de centres techniques.

La perception veut que ceux qui échouent au SC sont laissés sur la touche…
Au contraire, ceux qui échouent au SC représentent l’avenir de Maurice. Car, si on les canalise vers des centres techniques et polytechniques, on pourra palier au manque de main-d’oeuvre dans plusieurs filières comme la plomberie, la menuiserie, l’hôtellerie et la charpenterie. Ils contribuent à la croissance pour la classe moyenne. Le gouvernement a le devoir de donner la même considération aux 70 % qui ont échoué qu’au tiers qui a réussi sa SC pour monter en HSC. Dire que ces deux tiers n’ont pas réussi au SC est un raisonnement médiocre, car ils représentent une main-d’œuvre compétente.

Les collèges privés se plaignent d’un manque d’élèves…
À ces directeurs de collèges privés, je dis qu’au lieu de diriger leurs établissements comme des entreprises familiales, ils doivent s’adapter aux demandes actuelles pour ces élèves qui n’ont pas le niveau académique, mais des qualités techniques, et leur permettre de developer leur créativité. S’ils n’ont pas eu cinq Credits, ils ont d’autres potentiels qui demandent à être développés. Ils ont un potentiel d’ingénierie civile, par exemple.

En maintenant les cinq Credits, la ministre Dookhun ne paiera-t-elle pas cette décision politiquement ?
Si politiquement, elle devra payer cette décision, elle le fera, mais elle a fait primer la qualité sur la quantité.

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