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Ramsoondar Modun : un homme d’exception

Assodrah Devi Assodrah Devi raconte le parcours de son défunt père.

Ramsoondar Modun fut un travailleur social, un politicien et un grand défenseur de l’éducation. Il militait pour l’émancipation de la nation, pour faire sortir le peuple de la misère en lui donnant l’accès à l’éducation. Rencontre avec sa fille, qui lui rend un vibrant hommage.

Le mercredi 3 mai 1989, Ramsoondar Modun a 67 ans. Bien qu’il soit à la retraite, il est actif sur les plans éducatif, social et religieux. Son épouse et leurs enfants le sont aussi. « Les qualités que mon père nous a inculquées portent encore leurs fruits. Ma mère et lui nous ont donné une bonne éducation morale, religieuse et académique », dit sa fille, Assodrah Devi, âgée de 61 ans.

Cinq des six enfants de Ramsoondar Modun ont connu la réussite professionnelle. Seule Assodrah n’a pu poursuivre des études universitaires à cause d’un sérieux problème de santé.

Le jour de son anniversaire, Ramsoondar Modun avait un souhait, disait-il : « Mon vœu le plus cher, c’est que l’unité et la compréhension priment pour la prospérité économique, l’harmonie sociale et la stabilité politique du pays. Que Dieu bénisse l’île Maurice ! »

Ramsoondar Modun vit le jour le 27 avril 1923 dans une hutte, à la rue Couvent de Lorette à Curepipe. Ses parents étaient des laboureurs de conditions très modestes. Cependant, il grandit dans un environnement sain où la religion prédominait.

Il fit ses études primaires à la Granny Government School, avant de poursuivre ses études secondaires dans un collège privé de Rose-Hill. Il se maria en 1947. Il se dévoua toujours pour la cause de l’éducation.

Construction

Après ses études, il emprunta la voie professionnelle de son père et fit carrière dans l’industrie de la construction. Il devint vite un homme très connu dans le milieu. En tant qu’entrepreneur, il contribua au développement du pays. Il n’était pas intimidé par les défis. Plusieurs grandes écoles modernes, des bureaux gouvernementaux et d’autres bâtiments ont été construits par lui.

Au début de la Seconde guerre mondiale, quand il travaillait pour l’amirauté (autorité britannique), il fournit des tuyaux en ciment pour la construction de l’aéroport de Plaisance. Il ne se distingua pas seulement dans le domaine de la construction, mais se passionna aussi pour le travail social dès son jeune âge.

Quand il devint le président d’une association culturelle, il contribua à la bonne marche des établissements secondaires de Triolet, Piton, Goodlands et Port-Louis. Il ne se limita pas à des organisations hindoues, mais apporta aussi une contribution généreuse à des mouvements culturels et sociaux d’autres communautés.

Socialiste

Ramsoondur Modun était aussi attiré par la politique. Il était un socialiste dans l’âme et, dès sa jeunesse, il voulut partager ses idées. Durant son adolescence, il suivit de près le mouvement travailliste porté par Emmanuel Anquetil, le Dr Maurice Curé, le Dr A. G. Jeetoo, le pandit Sahadeo et Guy Rozemont.

Il se joignit au Parti travailliste en 1963 à la demande du Dr Seewoosagur Ramgoolam. Il fut élu dans la circonscription de Pamplemousses avec une majorité écrasante. Une nouvelle ère s’ouvrit pour lui. Lors de son discours inaugural au Parlement, il fit un appel pour une amélioration dans tous les domaines dans le district de Pamplemousses.

Il réclama l’électricité pour tout le district, la construction de nouvelles écoles primaires, d’un stade et d’infrastructures pour la jeunesse, d’un marché, de bonnes routes et de l’embellissement du Jardin botanique. Deux écoles devaient effectivement voir le jour, l’une à Baie-du-Tombeau et l’autre à Ilot.


Visionnaire

En 1964, l’industrie du tourisme n’était pas encore l’un des piliers de l’économie. Mais R. Modun comprit que le Jardin botanique de Pamplemousses pouvait jouer un rôle important dans le développement de l’industrie touristique. Ainsi, il exigea des changements pour améliorer la faune et la flore du jardin et la qualité des boutiques. Il demanda d’installer dans le jardin des monuments en hommage à Baudelaire, Toulet et Charoux, des figures de proue qui avaient fait les éloges du Jardin botanique. « Une chose qui a de la beauté procure de la joie pour toujours », avait déclaré Keats. Cela inspira R. Modun.

En 1965, il se rendit à Londres pour assister à la conférence constitutionnelle. Il rejeta le rapport Banwell. En même temps, il condamna sévèrement Indian in a Plural Society, de Benedict Burton et exigea que le livre soit interdit parce que cela « faisait du tort à l’unité des hindous ».

Dans le domaine éducatif. R. Modun fit un appel pour que les langues orientales soient incluses dans les Junior Scholarship Examinations, afin de donner aussi une chance aux enfants des régions rurales. Il demanda une augmentation des bourses offertes par le Sugar Industry Labour Welfare Fund et le conseil de district. Il demanda aussi à ce que les subventions aux religieux soient les mêmes pour chaque religion et que les mariages religieux pour la communauté indo-mauricienne soient considérés comme un mariage civil.

R. Modun croyait que l’Indépendance allait faire du bien à l’île Maurice. Au scrutin de 1967, il fut le deuxième élu de la circonscription de Pamplemousses/Triolet, juste derrière sir Seewoosagur Ramgoolam. La même année, il fut élu au poste de secrétaire permanent au ministère de la Santé.

En décembre 1969, on lui confia le poste de secrétaire parlementaire au ministère des Collectivités locales. Quand il se rendit compte de la disparité entre les régions urbaines et rurales, il eut à cœur d’œuvrer en faveur des régions défavorisées. Il conçut un plan étalé sur cinq ans pour améliorer les infrastructures dans les régions rurales.


À la Pêche

En 1974, le nombre de ministères fut augmenté. On créa le ministère de la Pêche. On trouva en R. Modun l’homme idéal pour être à la tête de ce ministère. Il fut nommé ministre le 1er février 1974. L’industrie de la pêche devait connaître un nouvel essor. Un nouveau plan fut conçu pour que chaque foyer puisse profiter de cette source de protéines peu chère. Et aussi pour que l’industrie de la pêche soit mise sur le même pied que les autres grandes industries.

En ce sens, R. Modun rechercha l’aide internationale auprès de la Food and Agricultural Organisation et le Programme des Nations Unies pour le développement. Il se rendit en France, en Union soviétique, en Angleterre, en Norvège et en Irlande.

Sur le plan local, il encouragea la collaboration entre les secteurs public et privé. Conséquemment, l’industrie de la pêche fit un grand bond en avant. Ramsoondar Modun s’éteignit le 6 octobre 1992, après une carrière bien remplie.