Faits Divers

Quel avenir pour le petit Shane ? Abandonné par ses parents à l’hôpital depuis deux ans

Le petit est né le 16 janvier 2016.

Il a fait la Une de tous les journaux en avril 2018. L’histoire tragique du petit Shane a soulevé un tollé sur les réseaux sociaux. Plusieurs organismes avaient pris l’engagement de suivre ce cas de très près. Que s’est-il passé ? Le petit a-t-il été oublié ? Shane est toujours à l’hôpital depuis bientôt deux ans. Jusqu’à quand ?

Shane, né sans aucun complication, est aujourd'hui handicapé et aveugle...

Il va souffler ses trois bougies dans deux mois. À le voir de loin, il ressemble à tout petit garçon de son âge. Il dormait lorsque nous lui avons rendu visite. Les yeux fermés, il semble s’être laissé aller aux pays des rêves. Un contraste avec la réalité car sa vie est loin d’être un conte de fées. Le petit garçon, né sans aucune complication de santé, est aujourd’hui handicapé et aveugle. Il est connecté à un appareil pour être nourri. Le plus triste, c’est qu’il ne reçoit plus la visite de ses parents.

La maison où Shane est attendu à Grand-Baie.
La maison où Shane est attendu à Grand-Baie.

Son père et sa mère avaient été traduits, devant la cour de Pamplemousses, pour maltraitance envers leur enfant. Ils avaient alors expliqué que l’enfant est malade et a besoin de soins spécialisés mais qu’ils prendront soin de lui une fois que son état de santé aura été stabilisé. Sauf, qu’après lui avoir rendu visite une ou deux semaines après que l’affaire a éclaté, ils ont à nouveau disparu, même s’ils avancent le contraire.

« Personne ne vient plus le voir, explique une infirmière. C’est très triste car il a fait des progrès. Il ne voit pas mais réagit toujours aux bruits autour de lui. Il aime écouter de la musique et répond au son de notre voix. Il aime beaucoup jouer. »

Au cœur d’or et opérant dans l’ombre

Ce sont les infirmières qui vivent ces moments privilégiés avec Shane. Elles sont aux petits soins pour lui. Il n’y a qu’à voir la petite chambre où il a été installé. Confortable, colorée et truffée de petits jouets. Sur une table trônent ses effets personnels, des couches, du lait, des céréales…

On apprend que ce sont les infirmières elles-mêmes qui contribuent pour lui acheter ce dont il a besoin. « ll n’avait pas de vêtements et on lui en achète à tour de rôle », explique l’une d’elles.

Quelques minutes, plus tard, une autre s’approche du berceau pour voir si Shane dort toujours. Elle ne travaille pas en salle de pédiatrie, mais vient de temps en temps pour prendre de ses nouvelles. « Nous serons toutes très tristes lorsqu’il s’en ira, mais nous savons que sa place n’est pas ici dans cet hôpital. Il a besoin d’un autre environnement pour mieux grandir. Il a besoin de rencontrer d’autres personnes. Certes, il a tous les soins nécessaires ici mais ce n’est pas assez pour son développement. »

Même son de cloche du côté des médecins qui s’occupent de lui. Ils confirment que son état de santé est stable. Plusieurs d’entre eux ont pris la peine de chercher un autre lieu pour cet enfant. « Dans le cadre de notre travail, nous devons apporter les meilleurs soins aux patients, mais c’est vrai que nous avons aussi dépassé le cadre professionnel pour chercher de l’aide auprès des associations afin qu’il ne reste pas encore longtemps à l’hôpital », indique l’un d’eux sous le couvert de l’anonymat.

L’hôpital : « a place of safety »

Nous allons voulu savoir combien de temps l’hôpital serait prêt à garder cet enfant. Il en ressort que l’hôpital a aussi la responsabilité d’assurer la sécurité et le bien-être de chaque patient. « Dans chaque hôpital, nous avons des Medical Social Workers qui suivent surtout les cas spéciaux comme celui du petit Shane. Par exemple, si une personne est admise et que par la suite, elle a nulle part où aller, ces Medical Social Workers entrent en jeu pour lui trouver un logement. Ils font aussi le suivi avec les parents, surtout dans les cas d’abandon, pour leur demander de venir rendre visite au patient et assurent le suivi avec les autorités concernées. »

Selon la Child Protection Act, l’hôpital est considéré comme un lieu sécurisé. Sous l’article 2, la législation définit le terme Place of safety, comme suit « Any place designated by the Minister, and includes a foster home, a convent, a charitable institution, an institution for children and a hospital. » D’ailleurs, c’est ce qu’affirme également Rita Venkatasawmy en hors-texte.

Qui est Shane ?

Il est né le 16 janvier 2016. Selon ses proches ainsi que le personnel hospitalier, il n’avait aucune complication de santé à la naissance. Shane est le premier enfant de ses parents. Ces derniers ont négligé le petit garçon en omettant de l’emmener dans un centre hospitalier pour ses vaccins. C’est ainsi que le petit garçon a développé certaines maladies et a eu de graves complications de santé.
Le petit avait été admis le 1er décembre 2016 à l’hôpital SSRN pour malnutrition et pour des problèmes dont les ‘Facial Palsy left, and 'acute hydrocephalus’, entre autres. Depuis, il y est toujours. Aveugle et handicapé, il a besoin de soins spécialisés mais son état de santé est stable.

À la rencontre de la famille Bhuruth

La grand-mère de Shane.
La grand-mère de Shane.

Il est 9 heures. Nous sommes à Grand-Baie pour visiter la famille Bhuruth. Le voisinage n’est pas tendre envers cette famille. Parmi ceux que nous avons rencontrés, il y a leurs proches qui n’ont rien dit de bien sur eux « Nous souhaitons que la CDU entende ce que nous avons à dire. Demandez aux responsables des hôpitaux, ils vous diront que ces derniers temps, ni le père, la mère ou la grand-mère ne sont venus voir Shane. Ce sont les officiers de la CDU qui insistent pour que la grand-mère accueille cet enfant. Elle avait refusé mais elle a changé d’avis quand elle a été informée que l’enfant bénéficiera d’une pension. » Doit-on s’arrêter aux dires des voisins et de l’entourage de la famille Bhuruth ? Celle-ci serait-elle victime d’acharnement ?

Nous arrivons enfin chez les Bhuruth. Elle habite un modeste logis de deux chambres. C’est la grand-mère, veuve depuis un an et avec trois enfants à sa charge, que nous rencontrons. Elle nous invite à entrer en confiant : « Nou pann abandonn li. Mo al get li souvan. » Pour témoigner de sa bonne foi, elle nous montre le berceau qu’elle a installé. « Ou trouve la ? Nou pe atann li retourne. »

Elle réfute vouloir accueillir l’enfant pour sa pension. « Je veux m’occuper de lui parce que c’est mon petit-fils. » Cependant, elle confirme ne pas avoir les moyens financiers pour le faire. « Je travaillais dans un casino mais j’ai arrêté, je suis sans emploi depuis et je dois rester à la maison pour m’occuper de Shane désormais. »

Elle a été appelée devant la Cour de Pamplemousses, jeudi dernier, en présence de la CDU. « Je dois m’y rendre à nouveau le 9 novembre. J’attends le verdict de la cour. »


Des parents trop jeunes ?

Si beaucoup n’ont pas hésité à leur jeter la pierre, d’autres se montrent beaucoup moins durs envers eux. À l’instar de la travailleuse sociale, Lilette Moutou, qui a aussi rendu visite à Shane. « Il ne faut pas uniquement blâmer les parents dans ce cas, mais au contraire, s’attaquer à la source du problème. D’abord, au moment de l’abandon, elle n’avait que 19 ans. On ne va pas jeter la pierre à une enfant de cet âge. Le problème est bien plus grave. Aujourd’hui, les jeunes s’engagent trop tôt dans des relations sexuelles et conjugales et c'est dessus qu’il faut s’y attarder. Dans ce cas précis, il y a eu négligence de la part des parents. Il faut réfléchir à un programme d’accompagnement pour les jeunes parents mais avant tout comprendre, une fois pour toutes, que l’éducation sexuelle est plus qu’importante. »

Les quatre points avancés par le bureau de l’Ombudsperson for Children

Le cas du petit Shane n’est pas inconnu pour Rita Venkatasawmy. Le bureau de l’Ombudsperson s’était saisi de l’affaire pour enquêter sur la situation. Comme Shane, il arrive que des enfants, sous la responsabilité de la CDU, restent pendant très longtemps dans les hôpitaux pour diverses raisons. Rita Venkatasawmy explique :

  1. « De manière générale, j’ai effectué une visite dans les hôpitaux et je peux vous dire que tous les enfants reçoivent de bons soins et un bon encadrement. J’étais vraiment contente après ma visite et agréablement surprise de constater que les infirmières, responsables de la section pédiatrie, sont très bien formées et font de leur mieux pour la protection des droits des enfants. »
  2. « A hospital is a place of safety. La loi préconise que l’hôpital est un lieu sûr pour les enfants et il faut comprendre que quand un enfant est un danger, il doit être dans un lieu sûr et heureusement que les hôpitaux peuvent accueillir ces enfants surtout quand ils ont besoins de soins particuliers. »
  3. « Il faut dire les choses comme elles sont : il est difficile de trouver une famille d’accueil. D’abord, parce que les familles d’accueil ne veulent pas d’enfant en situation de handicap mais en bonne santé. Or, un enfant handicapé a besoin de soins spécialisés et ces familles ne sont pas formées pour prendre soin de lui. Quant aux ONGS qui prennent les enfants en charge, c’est aussi difficile à cause du manque de personnel spécialisé. Si une ONG le prend en charge, il faudra lui fournir l’aide nécessaire pour qu’elle puisse s’occuper de lui. »
  4. « La place de cet enfant n’est pas à l’hôpital. Nous avons pris des renseignements. Nous savons que son état de santé s’est désormais amélioré. Donc, il ne peut plus rester à l’hôpital, même si c’est une ‘place of safety’. Il y est depuis beaucoup trop longtemps. Il ne peut pas continuer à vivre entre les quatre murs de cette salle d’hôpital. »

L’Ombudsperson enverra ses recommandations au ministère de l’Égalité des genres dans les jours à venir.


La mère, Ourvashee Bhuruth : « Ma belle-mère s’occupera de Shane »

Elle a refusé de nous rencontrer mais elle a accepté de nous parler au téléphone. « Ki fer ou pe relev sa ban zafer la ? » Elle explique que son mari et elle ne sont pas séparés comme disent certains. « Nous habitons ensemble. Nous avons des projets de construction et c’est pour cette raison qu’il habite parfois chez sa mère et moi chez la mienne. » Elle assure que toute cette histoire est aujourd’hui derrière elle. « Arrêtez de dire que j’ai abandonné mon enfant. Mo pa finn rezet li. Mo pa kapav al get li parski mo travay aster, mo responsab enn magazin. Mo al get li zis dan dimans akoz lezot zour mo travay. Mo mari travay kouma kontrakter, li pa gayn letan. »

Nous avons voulu savoir si elle s’occupera de Shane. « Mo ena enn tifi wit mwa. Mo bizin travay e avoy li dan gardri. Mo belmer ki pou okip Shane. Monn fini dir li mo pena oken obzeksyon. » Ourvashee Bhuruth affirme qu’elle n’a pas omis de l’emmener faire ses vaccins « Li ti ne malad mem e akoz sa linn vinn koumsa. » Elle n’a pas été en mesure de nous en dire plus.


Les responsabilités des parents selon le Code civil mauricien

Une des premières obligations du mariage, décrites à l’article 203, prévoit que les parents ont l’obligation de nourrir, d’entretenir et d’élever leurs enfants. Après un divorce des parents, l’article 260 prévoit que les droits et les devoirs des pères et mères, subsistent à l’égard de leurs enfants. On peut également lire à l’article 371 que « l’autorité appartient aux père et mère pour protéger l’enfant dans sa sécurité, sa santé et sa moralité ».


Adil Jumkha : « Je suis triste pour cet enfant »

Adil Jumkha rend souvent visite a Shane.
Adil Jumkha rend souvent visite a Shane.

Il est celui qui avait dénoncé tout haut ce drame sur les réseaux sociaux après lui avoir rendu visite. Par la suite, il a régulièrement été au chevet de Shane.

« J’ai aussi contacté le père de l’enfant, il a refusé mon aide. Je suis triste pour ce gosse car j’en ai moi-même deux en bas âge. Les enfants ont besoin d’affection pour grandir. Les parents devraient être capables de leur donner le maximum d’attention pour leur bon développement. La CDU devrait réagir plus vite dans ce genre de cas. Je pense que si un proche pouvait l’adopter, il serait mieux encadré. Il faut cependant soutenir la famille. »


Que dit la loi ?

La Child Protection Act s’adresse à une question d’abandon d’enfants spécifiquement à l’article 13(b). Ainsi toute personne qui utilise des menaces et qui, en position d’autorité, incite les parents d’un enfant à abandonner ce dernier ou même un enfant qui n’est pas encore né, commet un délit. Elle est passible d’encourir une peine de servitude pénale n’excédant pas huit ans. Toute autre personne, qui agit comme intermédiaire entre une personne souhaitant abandonner un enfant et un parent qui est disposé à l’abandonner en échange d’argent ou toute autre gain, écope d’une amende n’excédant pas Rs 500 000 et d’une servitude pénale n’excédant pas 15 ans. Tout parent, trouvé responsable d’abandon, risque une servitude pénale de deux à cinq ans et une amende n’excédant pas Rs 100 000 ou Rs 250 000 dépendant du lieu où l’enfant a été abandonné.


CDU : Silence radio !

Malgré nos nombreuses sollicitations, la CDU n’a pas jugé important de répondre à nos questions concernant le cas du petit Shane. Nous voulons savoir si une enquête a été effectuée pour s’assurer si la grand-mère pourra, entre autres, s’occuper de l’enfant.


Une association souhaite accueillir Shane

À l’heure où nous mettions sous presse, nous avons appris qu’une association a signifié son intention à la CDU de prendre en charge le petit. Les responsables de cette association souhaitent garder l’anonymat. « S’il vient chez nous, il est important de ne pas en dire trop sur l’association afin de protéger l’enfant et surtout son lieu de résidence, explique une des responsables. Nous avons été approchés par un médecin qui a visité notre centre dans le passé. Nous avons beaucoup réfléchi avant de donner une réponse car il faut s’assurer de vraiment pouvoir le prendre en charge. Nous avons décidé qu’on pouvait le prendre dans une de nos maisons après l’emploi de carers spécialisés car il aura besoin d’une attention particulière en permanence. Nous lui avons rendu visite et nous avons parlé aux infirmières et aux médecins pour en savoir plus sur les traitements dont il a besoin. D’ailleurs, nous sommes prêts à envoyer nos employés sur place pour une formation avec les infirmières avant de l’accueillir. » La responsable ajoute qu’elle attend un retour de la CDU.