Projet de loi sur le gaspillage alimentaire : 225,7 kilos de nourriture jetés chaque minute à Maurice
Par
Thierry Laurent
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Thierry Laurent
Chaque année, des millions de femmes, d’enfants et d’hommes, sont touchés par la faim à travers le monde. Paradoxalement, plus d’un milliard de tonnes de nourriture vont à la poubelle. À Maurice, 225,7 kilos de nourriture sont jetés chaque minute. L’examen de cette problématique, mené sur recommandation de l’Attorney General, a abouti à l’ébauche d’un projet de loi.
Alors même que les prix des produits alimentaires ne cessent de grimper et exacerbent le problème de la précarité, le gaspillage est toujours là. Maurice ne fait pas exception. Il est estimé que 118 632 tonnes de nourriture sont gaspillées chaque année au pays. Un chiffre élevé compte tenu de la taille du pays et de la population. Cela implique également que 225,7 kilos de nourriture sont gaspillés chaque minute à Maurice.
Cette problématique a été examinée sur recommandation de l’Attorney General. Cela a abouti à l’élaboration de l’ébauche d’un projet de loi (voir texte plus loin). Le but étant de mitiger les répercussions néfastes du gaspillage alimentaire sur le plan économique, social et environnemental.
Au cours des quatre dernières années financières, les dépenses encourues pour éliminer les déchets ont varié entre Rs 683 millions et Rs 797 millions, soit un coût annuel moyen de Rs 738,3 millions. Statistiquement, il a été estimé que 8,3 % de la population mauricienne n’avait pas un accès régulier à une alimentation adéquate en 2019, contre 6,8 % en 2018.
Le gaspillage alimentaire contribue également aux émissions de gaz à effet de serre. Le secteur des déchets à Maurice est le deuxième plus grand émetteur de gaz à effet de serre (avec 10,9 %). Il est estimé qu’avec la mise en œuvre de mesures appropriées, une réduction du gaspillage alimentaire pourrait aider le gouvernement à atteindre son objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre qui est fixé à 40 %.
8,3 % de la population locale n’avait pas un accès régulier à une alimentation adéquate en 2019."
Les parties prenantes attribuent le gaspillage alimentaire à Maurice à plusieurs facteurs. Parmi : des retards de livraison des denrées alimentaires par les navires ; des défauts dans l’emballage des aliments ; un mauvais jugement par les fabricants sur le choix des clients ; des erreurs au niveau du volume des commandes ; des clients commandant plus de nourriture dans les restaurants qu’ils ne peuvent consommer ; ainsi que des erreurs et des confusions dans les dates d’étiquetage des aliments.
Tenant compte des effets dévastateurs du gaspillage alimentaire, certains stakeholders ont proposé d’encourager les dons alimentaires en introduisant une loi qui protégerait les donateurs de toute responsabilité et en établissant des directives claires en matière de sécurité alimentaire. Il a aussi été suggéré d’appliquer des déductions fiscales proportionnelles à la quantité d’aliments donnés ou encore de soumettre les entreprises à l’interdiction formelle de jeter des aliments toujours comestibles.
En outre, des frais d’enfouissement, la ségrégation des différents types de déchets, la formation des cultivateurs, la fabrication de jus avec des légumes et des fruits « moins beaux », ainsi que l’utilisation de séchoirs solaires pour les légumes figurent parmi les mesures recommandées par les acteurs du secteur afin de prévenir le gaspillage alimentaire. Ils estiment qu’il devrait y avoir davantage de campagnes de sensibilisation pour éduquer les Mauriciens sur les conséquences du gaspillage alimentaire et sur les dates de péremption des produits.
Les opérateurs de l’industrie alimentaire ne doivent ni jeter ni détruire délibérément les aliments invendus qui sont encore propres à la consommation humaine. Le projet de loi prévoit l’obligation de faire des dons d’aliments invendus mais encore consommables à des organisations caritatives pour qu’ils soient distribués aux personnes dans le besoin. Du côté des organisations caritatives, le projet de loi stipule qu’elles sont responsables de veiller, de la réception jusqu’à la distribution, à l’hygiène des aliments invendus qu’elles reçoivent de la part des opérateurs de l’industrie alimentaire.
Aucune organisation caritative ne sera tenue pour responsable, civilement ou pénalement, en raison de la nature, de l’âge, de l’emballage ou de l’état des aliments invendus qu’elle a reçus en toute bonne foi en tant que don de la part d’un opérateur.
Toute personne coupable d’une infraction en vertu de la loi à venir ou de ses règlements fera l’objet de sanctions.
Le gaspillage alimentaire représente un fardeau environnemental considérable pour tous les pays, y compris pour Maurice. Tout au long de la chaîne d’approvisionnement, de la production à l’élimination, en passant par la consommation, d’importantes quantités de ressources, telles que l’eau, l’énergie et la terre, sont utilisées. Lorsque la nourriture est gaspillée, ces ressources le sont tout autant. Cela entraîne des émissions inutiles de gaz à effet de serre, la déforestation, la pénurie d’eau et la perte de biodiversité. En promulguant le projet de loi proposé, Maurice peut mettre en œuvre des mesures visant à réduire le gaspillage alimentaire, diminuant ainsi son empreinte écologique et contribuant aux efforts mondiaux de conservation de l’environnement.
Les implications économiques du gaspillage alimentaire à Maurice ne peuvent pas être sous-estimées. L’économie dépend fortement de l’agriculture, du tourisme et des exportations, tous directement affectés par le gaspillage alimentaire. Les agriculteurs subissent des pertes financières en raison du rejet de produits imparfaits et de la surproduction, tandis que les entreprises des secteurs de l’hôtellerie et de la restauration connaissent une rentabilité réduite ainsi que des coûts opérationnels accrus. Le projet de loi vise à réduire le gaspillage alimentaire, ce qui peut contribuer à optimiser l’allocation des ressources et à améliorer l’efficacité de la chaîne d’approvisionnement.
Paradoxalement, et ironiquement, alors que la nourriture est gaspillée, une proportion importante de la population de Maurice est toujours confrontée à l’insécurité alimentaire et à la malnutrition. En mettant en œuvre des lois qui abordent le gaspillage alimentaire, les opérateurs peuvent rediriger les excédents alimentaires vers ceux dans le besoin grâce à des canaux de distribution efficaces, des partenariats avec des organisations caritatives et la création de programmes de récupération alimentaire. La réduction du gaspillage alimentaire améliorera non seulement la sécurité alimentaire, mais elle atténuera également la pauvreté, en améliorant le bien-être général ainsi que la cohésion sociale de la nation.