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Piste d’atterrissage et port à Agaléga : des Agaléens priés d’évacuer leur maison à cause du chantier

Piste d’atterrissage et port à Agaléga : des Agaléens priés d’évacuer leur maison à cause du chantier

La méfiance monte d’un cran à Agalega. L’arrivée d’une centaine d’ouvriers indiens, fin décembre, pour préparer l’ouverture du chantier pour une grande piste d’atterrissage et l’aménagement d’un mini-port, laisse les Agaléens perplexes. D’autant plus que la construction d’une trentaine de bâtiments n’était pas au programme. Cela en absence d’informations de la part des autorités mauriciennes.

«Nous sommes perplexes », lance Laval Soopramanien, président de l’association Les Amis d’Agaléga (AMA). « La communauté des Agaléens est très en colère et surprise par la tournure des événements», ajoute-t-il.

À Agaléga, les choses sérieuses ont débuté. Une centaine d’ouvriers indiens y sont présents depuis décembre. Ils sont  à l’étape de préparation du plus grand chantier que l’archipel ait jamais connu, soit la construction d’une piste d’atterrissage de 3 000 mètres de long et l’aménagement d’un mini-port. Officiellement, les travaux devaient débuter le 12 février, avec la possibilité que le Premier ministre, Pravind Jugnauth, fasse le déplacement.

Même colère chez Arnaud Poulay, président de La Voix des Agaléens. L’association devait réunir ses membres pour décider de la voie à suivre dimanche, mais avec le mauvais temps à Agaléga, la réunion a été reportée en ce début de semaine.

« Ce qui est en train de se passer est choquant et inquiétant. Trente-deux panneaux ont été placés pour indiquer les emplacements de nouveaux bâtiments qui seront construits. On peut y lire qu’il y aura une « guest house » pour les VIP, un hôpital pour les VIP, etc. Ils prennent la moitié de l’île du Nord », avance Arnaud Poulay.

Agaléga

Évacuation prévue

Les Agaléens sont pris de court : des panneaux annoncent la construction de bâtiments.
Les Agaléens sont pris de court : des panneaux annoncent la construction de bâtiments.

Des habitants du village de La Source, une dizaine de familles en tout, ont été informés officieusement qu’ils devront évacuer leurs maisons à cause du chantier. « Ils ne sont pas d’accord. Ce n’était pas prévu. Nul n’en avait parlé auparavant », soutient Arnaud Poulay qui déplore le manque de dialogue entre autorités mauriciennes et Agaléens. «Malgré les multiples promesses faites par les autorités, les Agaléens ne sont toujours pas propriétaires de leurs maisons.»
Arnaud Poulay et Laval Soopramanien affirment que des responsables indiens sur place ont affirmé que plus de 1 500 Indiens viendront à Agaléga pour ériger les nouvelles infrastructures. Et cela, pendant les 12 à 18 mois que durera le chantier. De quoi chambouler le quotidien de ces deux îles (île du Nord et celle du Sud) où vivent 330 Agaléens.

Au niveau du Bureau du Premier ministre, l’on soutient que « tout sera fait dans l’intérêt du pays. Les ouvriers accompliront leur travail puis partiront. N’oublions pas que c’est un gros chantier qui sera entrepris ». Cette source souligne cependant qu’il n’est pas question de base militaire indienne. Elle ajoute qu’il n’y a « aucun agenda caché ». Maurice gardera sa souveraineté sur l’archipel. En revanche, l’Inde finance entièrement les travaux pour plus de Rs 3 milliards. Ils seront exécutés par la compagnie indienne Afcons. La Grande péninsule aura un accès privilégié aux facilités aéroportuaires et portuaires. 

Le 29 mai 2018 , le Premier ministre avait d’ailleurs admis que l’Inde pourrait obtenir l’autorisation d’utiliser la piste d’atterrissage et d’accoster à la jetée, si elle en fait la demande aux autorités compétentes.

Le fait est que les accords liant l’Inde à Maurice, conclus le 11 mars 2015, relatifs à Agalega, resteront secrets. « L’accord signé entre le gouvernement de la République de l’Inde et le gouvernement de la République de Maurice est soumis à une clause de confidentialité. L’accord, in toto, est sujet à la confidentialité. Il  ne peut donc y avoir de full or partial disclosure », avait indiqué Fazila Jeewa-Daureeawoo, vice-Premier ministre et ministre des Administrations régionales, dans une réponse écrite déposée au Parlement en mai dernier.

Accueillir 200 passagers

Afcons a été exempté de la soumission d’un rapport EIA (Environmental Impact Assessment). Ce qui permettra de garder totalement confidentielle nature des travaux qu’elle entreprendra. Officiellement, c’est pour aller vite et éviter toute contestation, que le gouvernement mauricien a pris cette décision. « Nous voulons empêcher que les gens de nous mettent des bâtons dans la roue », avait reconnu Fazila Jeewa-Daureeawoo, fin octobre, lors de l’émission Question Time sur Radio Plus.

Ce que l’on sait, c’est que la piste d’atterrissage représentera un quart de la longueur de l’île du Nord. La piste actuelle, longue de 1 300 mètres, en mauvais état, ne peut accueillir que de petits avions. La nouvelle piste permettra l’atterrissage d’avions de types B 737-900 et A321, des appareils pouvant transporter plus de 200 passagers. Pour l’heure, aucune connexion régulière entre Maurice et Agaléga n’est prévue une fois la piste achevée courant 2020. La jetée qu’Afcons aménagera pourra accueillir des bateaux de 149 mètres de long. En sus de cela, la compagnie devra construire plusieurs facilités : mini-aéroport, hangar, tour de contrôle, entre autres structures.

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