Economie

Maintenir la compétitivité : comment les entreprises réduisent leurs coûts

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D’un côté, il y a les coûts de production qui augmentent et de l’autre, le marché devient de plus en plus compétitif. Conséquence : les entreprises doivent se livrer à un véritable exercice d’acrobatie pour assurer leur survie. Mais comment arrivent-elles à optimiser leurs coûts ?

Le salaire minimal, la compensation salariale, les charges sociales, la hausse des coûts des matières premières, les intérêts à l’emprunt, le budget de marketing dans un environnement de plus en plus concurrentiel, les primes pour la rétention du personnel compétent, tout cela pèse lourd sur les finances des entreprises, surtout les petites et moyennes. Les entrepreneurs ont constamment besoin d’innover, d’améliorer leurs méthodes de gestion et de revoir tout le processus de production. Pour maintenir la compétitivité, on ne peut jouer sur le prix du marché, on est donc obligé de se rabattre sur la réduction des coûts. Mais est-ce vraiment toujours possible ?

Un entrepreneur peut réduire ses coûts que s’il arrive à générer des gains en productivité.

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Dhaneshwar Sarjua, directeur de la Conserverie Sarjua Internationale Ltée.

Les entreprises, grandes ou petites adoptent, de plus en plus, des mesures drastiques pour contenir les coûts. Dhaneshwar Sarjua, directeur de la Conserverie Sarjua Internationale Ltée, avance qu’il n’est pas toujours facile de réduire les coûts. « Pour certains facteurs, c’est possible, mais pour d’autres, non. Par exemple, le coût de la main-d’œuvre, avec le salaire minimal, qui est fixé par les autorités », indique l’entrepreneur. Il explique qu’en sus du salaire minimal, il faut aussi ajouter le coût du bonus, les congés payés, les congés forcés, par exemple, à cause du mauvais temps, des charges sociales et surtout les congés publics. « Il y a des congés publics inutiles qui ont un coût. Je ne comprends pas l’utilité d’un congé pour commémorer le passé. Il faut cesser de regarder en arrière et voir plutôt l’avenir », dit notre interlocuteur. Il estime que l’État ne doit pas forcer les entrepreneurs et les travailleurs à chômer. On peut toujours commémorer des événements sans pour autant cesser de travailler. « Libre à ceux qui veulent s’absenter, mais ceux qui veulent travailler doivent pouvoir le faire. On perd deux jours chaque année pour ces congés inutiles. » Dhaneshwar Sarjua ajoute que les coûts d’opérations augmentent pendant les congés publics. Il conclut en disant que les jeunes entrepreneurs ont besoin d’un service de ‘mentoring’ pour les aider à apprendre comment réduire leurs coûts et demeurer compétitifs, mais ce ne sont pas des universitaires qui peuvent mener le rôle de mentoring, mais plutôt des entrepreneurs sur le terrain qui ont des années d’expérience.

Le président de la Fédération des Petites et moyennes entreprises, Amar Deerpalsing, explique qu’un entrepreneur peut réduire ses coûts que s’il arrive à générer des gains en productivité. Selon lui, on ne peut réduire les coûts dans tous les cas, car chaque secteur d’opération a sa spécificité. En général, il estime que les entrepreneurs ont bien quelques moyens de s’attaquer aux coûts de production. D’abord, ils essayent de négocier directement avec leurs fournisseurs de matières premières, en éliminant les agents intermédiaires, afin d’économiser sur le prix d’achat. Puis, au niveau de la production, l’entreprise tente d’optimiser ses coûts de la main-d’œuvre. « La main-d’œuvre coûte cher, surtout avec le salaire minimal. Nous ne demandons pas aux ouvriers de travailler plus, mais plutôt de travailler intelligemment. Le ‘Work Smarter’ est désormais de mise », dit-il. Ensuite, l’entreprise améliore sa planification et sa gestion des ressources. « Par exemple, si une entreprise doit faire des livraisons, elle assure que toute une région est couverte le même jour, afin d’optimiser sur les véhicules. » Il y a aussi l’adoption de la nouvelle technologie, pour augmenter l’efficacité et la productivité, baissant ainsi le coût. « L’entrepreneur essaye d’investir dans de nouveaux outils de production, cela a un coût, mais c’est avantageux dans le long terme. » La réorganisation du système administratif est primordiale, car un travailleur ne peut perdre trop de temps à s’atteler à l’administration. « Il faut pouvoir donner du travail plus productif aux employés. »

La réorganisation du système administratif est primordiale,

Amar Deerpalsing explique que certaines compétences peuvent être partagées avec d’autres entreprises, afin d’amortir le coût. Au niveau de la production, il y a également l’outsourcing qui coûte moins cher. Autre moyen de baisser les coûts, c’est de délocaliser vers d’autres cieux où le coût de production est plus bas, ou encore, importer des produits semi-finis et terminer la production à Maurice.

Antish Bhowaneedin, directeur de Fairy Textiles, nous explique comment l’avènement du salaire minimal a affecté son entreprise. Il dit ne pas être contre le salaire minimal, parce que les travailleurs doivent avoir leur dû, mais il déplore la façon, dont le salaire minimal a été introduit. « Il y avait un manque de communication. Les entreprises entendaient une version et les travailleurs une autre. Chez moi, les ouvriers ont même entamé une grève, car leurs attentes étaient différentes de ce que les autorités ont proposé. Cela m’a fait perdre des commandes de l’étranger, car nos clients posent des questions. » Il dit qu’il est très difficile de réduire les coûts d’opérations, car les intrants sont chers. L’alternatif est d’augmenter le prix des produits, mais cela peut faire fuir les clients.

Finalement, il a opté pour l’abolition des ‘overtime’ et refuse les commandes à faibles marges. Antish Bhowaneedin révèle que beaucoup de PME ont fermé leurs portes, car elles ne sont plus compétitives.  Il craint pour leur avenir à Maurice. « Même les banques sont réticentes à financer les entreprises engagées dans le textile », avance-t-il.


Injustice et inégalité

deerpalsingAvec la libéralisation du marché, les producteurs locaux sont victimes d’une injustice et d’une inégalité, estime Amar Deerpalsing. Selon lui, les producteurs locaux doivent encourir beaucoup de frais pour respecter des normes strictes imposées par les autorités, alors que des importateurs peuvent inonder le marché avec des produits bas de gamme, sans être inquiétés. « Certains produits importés constituent une concurrence déloyale, car ils ne sont pas sujets aux mêmes contrôles. » Il cite un autre exemple : un producteur local qui utilise le sucre comme matière première est frappé par la taxe sur le sucre, mais celui qui importe le même produit évite cette taxe.


La fusion

Des sociétés fusionnent pour plusieurs raisons, parmi, l’optimisation des coûts. Ces derniers temps, nous avons vu plusieurs conglomérats fusionner, avec l’objectif de réaliser des économies d'échelle et la réduction des dépenses de gestion en éliminant les doublons, mais surtout de générer des synergies d’activités et de stratégies à travers une seule entité plus performante. Cela permet aussi un gain de productivité. Ireland Blyth Limited et GML Investissement Ltée (GMLI) ont fusionné, en 2016. Il y a aussi eu une fusion d’ENL, ENL Finance, ENL Land et ENL Commercial avec La Sablonnière et l’entité finale rebaptisée ENL Limited. Des sociétés choisissent d’acquérir d’autres sociétés opérant dans le même segment en vue de consolider leurs assises. Par exemple, CIM Financial Services Ltd a fait l’acquisition de Mauritius Eagle Leasing Co. Limited.

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