Interview

Le Dr Vinesh Sewsurn : «Il y a des médicaments en surstockage»

Dr Vinesh Sewsurn

Le Dr Vinesh Sewsurn, président de la Medical and Health Officers Association (MHOA), jette un regard sur ce qui se passe dans notre monde médical public qui, pour lui, devrait être organisé en e-health. S’il dénonce les agressions auxquelles font face le personnel hospitalier et les médecins, il regrette par ailleurs que des médicaments peu prescrits soient en surstockage et à l’origine d’un gaspillage décrié.

Les agressions sont devenues légion dans nos centres de santé, la dernière en date étant celle du Dr Jaycarran Sauba à l’hôpital de Flacq. Quelles en sont les causes, selon vous ? 
L’association condamne toutes les formes d’agression, verbales ou physiques, sur les médecins et les autres officiers du secteur public ; il est inconcevable et inacceptable que quelqu’un soit agressé sur son lieu de travail. Depuis quelques années, on constate un manque de respect envers les institutions publiques. Auparavant, lorsqu’on rencontrait un médecin ou un autre professionnel ou un officier, on lui devait un grand respect pour le service offert. De nos jours, on rencontre plus de gens, patients et proches, qui sont violents dès leur arrivée à l’hôpital. L’association apporte tout son soutien au Dr Sauba qui, étant un médecin aimable et âgé, ne méritait pas de se faire agresser. D’ailleurs notre conseiller légal, Me Zahid Nazurally, a déjà établi un dossier sur les différents cas d’agression que les médecins généralistes ont subis et qu’on va suivre avec le Commissaire de police. 

Pourtant, il y a des policiers qui sont là, justement pour éviter toute agression… 
Ils sont présents dans les départements d’urgence des hôpitaux régionaux. Si dans certains cas ils maîtrisent le calme, dans d’autres cas ils sont en sous-effectif face à plusieurs personnes violentes. On voudrait du vrai law and order et que les policiers procèdent à l’arrestation immédiate de tout individu qui sème la terreur ou qui agresse un officier du secteur public sous des charges telles que ‘rogue and vagabond / assault on a public official’, prévues par nos lois et qui sont des délits inscrits dans le Code pénal à Maurice. Cela aurait un effet dissuasif mais aiderait aussi à ce que tout le personnel de santé puisse travailler en sérénité et en sécurité pour être en mesure de donner les soins adéquats aux personnes malades. 

Il y a bien des vigiles, mais la plupart sont des personnes du 3e âge… 
On constate que la majorité des vigiles sont des personnes âgées et n’ont pas le profil physique requis pour ce type de boulot ; donc ils peinent dans leurs fonctions. Comment pourront-ils sauver quelqu’un qui est en train de se faire agresser s’ils n’ont pas une force physique adéquate? 

Est-ce que l’attitude de certains médecins ne provoque pas de telles agressions ? 
Rien ne justifie un acte de violence ou une agression. Les médecins aussi sont des individus protégés par la Loi à Maurice. On doit aussi comprendre que les médecins dans les hôpitaux régionaux sont surmenés avec le grand nombre de patients qu’ils examinent et que «l’attitude » de certains médecins peut être mal comprise. 

Selon nos informations, votre association a alerté plus d’une fois le ministère… A-t-il réagi ? 
On a demandé plusieurs rencontres avec les officiers du ministère par le biais de lettres officielles, mais en vain. On aurait voulu discuter sur le système de caméras de surveillance qui ne sauvegarde pas les données, sur la présence policière et aussi sur le service de gardiennage. C’est à la fois chagrinant et ahurissant que le ministère ne considère pas les cas d’agression sur ses employés comme étant importants. 

D’autres problèmes ont surgi dans nos hôpitaux, des appareils qui ne fonctionnent plus faute de maintenance, des patients qui doivent attendre des mois pour se faire soigner. Quelle serait la solution ? 
Le ministère doit impérativement inclure des clauses de maintenance dans les contrats relatifs à l’octroi des appareils. Comme le nombre de patients a augmenté durant les dernières années et que tous les appareils ont une durée d’utilisation spécifique pour chaque maintenance (Ndlr : obsolescence), le ministère doit aussi songer à s’en procurer plusieurs afin de ne pas pénaliser les patients lorsqu’un appareil est en panne ou en entretien. 

Un audit des médicaments laisse voir qu’il y a un gaspillage, alors que d’autres atterrissent dans les sacs du personnel soignant. Comment y mettre bon ordre ? 
Le système de stockage et de renouvellement doit être revu. On a souvent constaté qu’il y a un manque de médicaments prescrits fréquemment alors que d’autres médicaments qui sont prescrits rarement sont en surstockage. 

Alors que nos hôpitaux se sont agrandis, il y a souvent un manque cruel de lits et des patients doivent poireauter des heures pour y être admis… 
Il y a une augmentation du nombre de malades nécessitant un traitement en salle. Notamment diverses maladies cardiovasculaires ou infections compliquées des voies respiratoires. Bien que les patients doivent attendre avant d’être admis en salle, il faut que les gens sachent qu’on commence le traitement des patients dès leur arrivée aux urgences et qu’éventuellement cela se poursuit en salle. 

Le MOH a recruté plusieurs médecins sans pour autant que les ‘casualties’ ne soient vides… 
Les Urgences (Accident & Emergency Dept) sont une unité comprenant des médecins, des infirmiers, le département de radiologie, le laboratoire médical, la pharmacie, entre autres. Même si les médecins auscultent les patients rapidement dans un premier temps, ces derniers sont souvent contraints d’attendre les résultats de la radiologie ou du laboratoire avant de revoir les médecins pour le traitement final. Après avoir reçu leurs prescriptions, ils doivent aussi attendre à la pharmacie pour recevoir les médicaments. Il faut donc impérativement, pour que le trafic de patients soit plus fluide et rapide, une informatisation des données : les médecins pourraient avoir les résultats des tests sur leurs écrans rapidement ; il faut aussi recruter plus de personnels à la radiologie, aux laboratoires et à la pharmacie. 

On a enregistré jusqu’ici 26 cas de dengue, dont 21 à Vallée-des-Prêtres et le Dr Gujadhur a déclaré que nous sommes en pleine épidémie. Est-ce que ce sont des cas importés ou locaux ? 
Nous devons demander des informations au Dr Gujadhur qui est responsable des maladies transmissibles au ministère, pour qu’il puisse nous éclairer sur le sujet. 

Y-a-t-il toujours obligation, à l’aéroport, de déclarer le pays d’où l’on vient et ceux qui viennent des pays à risques sont-ils visités par les services sanitaires ? 
C’est toujours le cas. Il y a un système de dépistage très élaboré qui est mis en place par le ministère.