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Jacqueline : «Des gens m’ont critiqué. Ils disaient : li enn andicape kifer li pe fer tousala…»

Jacqueline personnifie l’adage

Qui aurait cru qu’une personne avec un handicap physique pouvait pratiquer le tennis ? Eh bien, c’est le cas de Jacqueline Khadun qui même dans son fauteuil roulant se démène pour saisir la balle au bond.

Une énergie débordante, c’est la première impression qu’on a de Jacqueline Khadun, malgré ses cheveux gris, ses rides et autres traces de vieillesse. Nous l’avons rencontré vers 16 h 00 mardi dernier peu avant sa séance d’entraînement habituelle, au stade de Rose-Hill. 

Elle s’approche de nous en roulant avec aise sur son fauteuil. À la voir de plus près, elle a l’air d’être une personne sévère, mais nous apprenons à nos dépens que l’apparence est trompeuse !  Il pleut un peu mais pas question de ne pas s’entraîner. Car si jouer au tennis est un sport qu’elle pratique depuis longtemps, c’est aussi et surtout pour le loisir qu’elle vient jouer. 

Elle commence par s’étirer et s’échauffer avant l’entraînement. Nous la regardons avec émerveillement se débrouiller dans son fauteuil pour réceptionner la balle lors d’une petite partie. C’est Véronique Marisson qui mène l’entrainement, « pli for Jacqueline », lâche-t-elle. Véronique nous précise que la seule différence du tennis en fauteuil c’est qu’il se joue à deux bonds au lieu d’un. 

Être handicapée depuis la naissance n’est certainement pas été facile pour Jacqueline. Cependant, elle est l’exemple même d’une motivation et d’une persévérance sans faille. C’est avec beaucoup de nostalgie qu’elle nous livre son histoire.

Son enfance

Enfant, Jacqueline Khadun a grandi avec les mêmes rêves que les autres enfants de son âge. Seul hic, elle ne pouvait ni courir ni lever le bras gauche, car la polio a eu raison de ces membres. Elle n’avait que 15 mois lorsque sa mère apprend qu’elle sera paralysée pendant toute sa vie. C’est le choc pour sa mère. Sa fille est atteinte de polio. 

Ainsi, le quotidien de sa famille ne ressemblera plus à celle des autres familles du quartier où elle habite toujours à Bambous-Virieux, Mahebourg,. « Mo mama inn bien pran pasians ek kouraz ar mwa. Sarye mwa partou, limem al kit mwa lekol dan bis », se remémore la septuagénaire. Entre-temps, sa famille traverse par des problèmes émotionnels. Son père se sépare de sa mère. La petite Jacqueline sera élevée par sa mère et sa tante. Et sera entourée de ses cousins chez cette dernière.  

« Mo ti pe get bann lezot zanfan zwe mo ti pe rod fer parey, mo ti pe ranpe telman mo ti anvi zwe mwa osi. » Elle essaiera de marcher, de bouger, de jouer aussi. Durant ses tentatives pour faire comme les autres, elle se blessait beaucoup. À l’école, pour porter ses affaires, elle pouvait compter sur les grands. Malheureusement, l’école n’était pas pour elle. Ses absences répétées ont  affecté ses études. Après avoir réussi la sixième, elle restera à la maison, car le collège était payant et sa modeste famille ne pouvait pas se le permettre.

17 chirurgies…

Au fur et à mesure que Jacqueline grandit, elle prend connaissance de son handicap. Pas question pour elle de rester sans rien faire. Après sa conversation avec son médecin soignant lors d’une de ses visites à l’hôpital, elle convaincra sa mère pour qu’elle subisse une opération. Loin de se douter qu’elle en souffrira atrocement….  « Ma mère et plusieurs autres membres de la famille m’en ont dissuadé. J’étais têtue. »

Malgré son handicap, Jacqueline est très épanouie.»

Mais, cette première chirurgie l’a cloué au lit. Elle a passé deux ans à l’hôpital. Si la polio lui a donné du fil à retordre, Jacqueline, pour sa part, était déterminée à marcher.  Elle subira des opérations à 17 reprises. À chaque opération, il y avait des améliorations, « je pouvais ouvrir ma main et marcher avec des supports ». Elle arrivait même à se déplacer en s’appuyant sur ses amis ou des supports. 

Assister aux réunions de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) lui plaisait beaucoup. Elle ne ratait aucune rencontre aussi bien que les activités. Durant ces rencontres, elle s’est faite beaucoup d’amis, si bien qu’elle ne sera plus cette petite fille renfermée. Petit à petit, elle est sortie de son cocon. Elle a  ensuite intégré des groupes de prières et le mouvement de la Croix Rouge comme volontaire.

Une belle rencontre

Un beau jour, elle se lie d’amitié avec un certain Jean-Claude, celui-ci deviendra un de ses plus proches amis. Les deux s’inscrivent au Centre de Fraternité mauricien des malades et des handicapés. À partir de là, c’est un nouveau monde qui s’ouvre à elle. Elle apprendra à se familiariser avec un fauteuil roulant. « Nou (elle et Jean-Claude) ti pe bien tonbe, fatigé, me noun reisi aprann roule kouma bizin », lâche-t-elle. 

À chaque chute, elle se relevait encore plus motivée. Entre-temps, elle s’est inscrite dans un club de natation. C’est le premier sport qu’elle pratique et qui lui donne goût au sport en général. Malgré sa mobilité compliquée, Jacqueline est jugée assez bonne pour représenter le pays lors des Jeux de Commonwealth en 1978. Elle ne gagnera pas, mais le fait d’y avoir participé était déjà pour elle une victoire personnelle. 

Elle s’initiera également au basket en fauteuil, en touchant le tennis de table. Elle sera introduite au tennis et c’est ainsi une longue histoire d’amour va débuter. « Enn zour mo ti pe asize, mo ti trouv bann blan lapropriete pe zoue tenis. Monn get zot ek monn impresione. Mo dir kifer mo pa kapav zoue mwa. Monn bliye sipa mo andicape.» 

Aujourd’hui, le rêve de Jacqueline est devenu réalité ! « J’ai eu l’occasion de participer à plusieurs compétitions avec Véronique Marisson comme coéquipière. » Les activités sportives  lui ont permis de voyager. Elle a représenté Maurice aux Jeux des îles à La Réunion et a participé aux 17èmes éditions des Jeux du Commonwealth à Manchester, en Angleterre. 

« Beaucoup de personnes m’ont taquiné. D’autres m’ont critiqué. Ils disaient : « li enn andicape kifer li pe fer tousala… ». Propos qui étaient des fois très blessantes, mais qui n’ont fait que motiver Jacqueline pour aller encore plus loin. Des regards ou des expressions faciales de mépris, elle en a bien connus. « Je fais tout par moi-même. Je suis une personne indépendante malgré mon handicap. »

Indépendante et Entrepreneure

Chez elle, Jacqueline est aussi active. Elle fait son ménage, prépare son repas et sort de temps en temps pour aller acheter ses légumes, telle une personne normale. 

Hormis le sport, Jacqueline est aussi entrepreneuse. Elle est un as de la couture. Elle coud elle-même plusieurs de ses vêtements et le fait aussi pour les dames du village. « Je fais aussi de la peinture sur toile, je confectionne de petites nappes de table et fabrique des bougies», relate celle qui participera bientôt à une exposition où elle pourra vendre ses produits. Elle raconte  que « j’ai brodé un drap pour une cliente pendant les dix jours qu’ont duré les Jeux des îles ». Jacqueline entreprend également de petits travaux artisanaux. 

Malgré son handicap, Jacqueline est très épanouie. Sa persévérance lui a permis de traverser de nombreux obstacles, pour arriver là où elle est aujourd’hui.

En guise de conclusion, elle lance un message fort aux autres jeunes et adultes qui sont dans le même état qu’elle : « On ne cesse pas de vivre quand on est handicapé. Il faut toujours aller de l’avant et persévérer…regardez-moi, j’ai pu le faire ».

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