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Indicateurs - Épargne : baisse constante et inquiétante

Imrith Ramtohul et Jean Hugues Yagapen.

L’épargne nationale a drastiquement baissé ces dernières années. Le taux d’épargne nationale est passé de 21,1 % en 2007 à 6,2 % en 2020. Bien que cette tendance s’observe à l’échelle internationale, la COVID-19 ne serait pas la seule responsable de la situation actuelle à Maurice. 

Un faible taux d’épargne signifie, en règle générale, une augmentation du niveau de vie. Or, à moyen ou long terme, il peut limiter les fonds disponibles pour les investissements. Ce qui peut freiner la croissance économique dans une certaine mesure, explique Jean Hugues Yagapen, Retail Product and Portfolio Manager - Retail Banking chez Bank One.

En revanche, un taux d’épargne trop élevé peut être potentiellement néfaste pour l’activité économique, car elle pourrait cacher une baisse du niveau de confiance des consommateurs. « Cela les inciterait à épargner davantage et à consommer moins, affaiblissant ainsi la demande pour les biens et de services et, en fin de compte, la production nationale et la croissance économique du pays », fait-il comprendre. 

Doit-on cependant s’inquiéter de la réduction de l’épargne à Maurice ? De l’avis d’Imrith Ramtohul, Senior Investment Consultant chez Aon Hewitt Ltd, la forte baisse du taux d’épargne est en effet préoccupante, même s’il faut se rendre compte qu’une telle situation n’est pas propre à Maurice. Selon lui, de nombreux pays connaissent une tendance similaire. 

« Je voudrais toutefois dissiper une idée fausse : tous les pays à revenu élevé n’ont pas des taux d’épargne élevés. Il est généralement admis qu’un taux d’épargne élevé peut faciliter une croissance économique plus élevée. Les investissements et les projets peuvent être financés au niveau national au lieu d’emprunter à l’étranger. Cela profiterait au pays dans son ensemble », souligne Imrith Ramtohul. 

La forte baisse du taux d’épargne mauricien au fil des ans suggère ainsi que les ménages utilisent peut-être leur épargne existante pour financer des dépenses récurrentes. La pandémie qui sévit à travers le monde n’est pas l’unique raison qui peut expliquer la baisse de l’épargne. Parmi les autres facteurs qui impactent l’épargne à Maurice, on retrouve le taux d’intérêt réel négatif. Il s’agit du taux d’intérêt réel moins le taux d’inflation. 

Imrith Ramtohul précise que le taux d’intérêt réel est négatif à Maurice. À fin décembre 2020, le rendement d’un bon du Trésor à un an était d’environ 0,4 %, alors que le taux d’inflation était de 2,7 %. Ceux qui achèteront ce bon du Trésor gagneront en fait un taux d’intérêt réel de -2,3 %. Pour le Senior Investment Consultant d’Aon Hewitt Ltd, ce n’est pas intéressant et cela n’encourage pas les gens à faire des économies. 

Cette situation pourrait également expliquer pourquoi certaines personnes sont tentées d’investir dans des projets de Ponzi. « Les gens peuvent avoir un revenu disponible plus faible que celui des années précédentes. Leur revenu n’a peut-être pas augmenté au même rythme que les années précédentes et par conséquent, ils doivent maintenant dépenser davantage (au lieu d’épargner) pour maintenir leur niveau de vie », argue Imrith Ramtohul. 

L’impact d’une population vieillissante est également à prendre en considération. « Au fur et à mesure que la population vieillit, on a tendance à consommer plus ou à épuiser l’épargne, en particulier pendant les périodes d’inflation plus élevée. On sait que le coût des soins de santé a tendance à augmenter chaque année », ajoute Imrith Ramtohul. 

Le faible taux d’intérêt pratiqué par les banques influence également l’épargne. Or, ce n’est pas sans conséquence sur le secteur bancaire. Toutefois, le taux d’épargne proposé par les banques commerciales est directement lié au Key Repo Rate décidé par le Monetary Policy Committee de la Banque de Maurice, afin de maintenir une stabilité des prix et d’encourager le développement économique du pays. 

Jean Hugues Yagapen fait ressortir que « nous évoluons dans un environnement à très faible taux d’épargne avec un taux d’intérêt revu à la baisse à plusieurs reprises ces dernières années. » L’environnement économique compétitif et difficile l’amène à dire que de telles décisions sont tout à fait compréhensibles, car elles rendent les fonds beaucoup plus accessibles aux particuliers, aux entrepreneurs, aux petites et moyennes entreprises ainsi qu’à d’autres sociétés. Cela devrait avoir un impact positif sur la consommation et la production.

Taux d’intérêt des banques sur les nouveaux dépôts en roupies 

Oct-19 Oct-20
Entre 1,20 % et 1,95 % Entre 0,15 % et 0,60 %

Évolution du taux directeur 

Taux directeur   Oct-17 Oct-18 Oct-19 Oct-20
  3,5 % 3,5 % 3,35 % 1,85 %

L’évolution du taux de l’épargne nationale 

   2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020
 Taux d’épargne  21,1 % 15,3 % 12,8 % 13% 13,2 % 12,4 % 11,1 % 10,6 % 10,4 % 11% 10% 9% 8,8 % 6,2 %
Source : Statistics Mauritius.

Taux d’intérêt sur les dépôts en roupies auprès des banques (%)

Oct-17 Oct-18 Oct-19 Oct-20
1,20 à 2,00  1,30 à 2,10  1,20 à 1,95 0,15 à 0,60 
Source : La Banque de Maurice.

 

Perspectives de l’épargne pour 2021

La tendance baissière de l’épargne devrait se poursuivre en 2021. Ceux qui ont perdu leur emploi continueront probablement à utiliser leur épargne pour financer leur consommation. Le faible taux d’intérêt n’incite d’ailleurs pas les gens à investir dans des obligations locales ou des dépôts bancaires, vu les taux d’intérêt réels négatifs. Toutefois, Imrith Ramtohul souligne qu’il est important que les gens épargnent pour l’avenir. Outre les dépôts et les obligations, d’autres moyens d’épargner à long terme existent. Cela peut se faire en investissant dans des actions et en cotisant à un fonds de pension ou à une assurance-vie. 

Comment inciter les Mauriciens à épargner ?

  • Sensibiliser la population aux autres modes d’épargne.
  • Des taux d’intérêt locaux plus élevés afin que le taux d’intérêt réel passe en territoire positif. 
  • Une bonne éducation financière pour aider les Mauriciens à trouver le bon équilibre entre l’épargne et les projets qui requièrent un financement. 
  • Des mesures incitatives fiscales. 

Daniel Essoo, CEO de la Mauritius Bankers Association : «Il y a du travail à faire pour rétablir la culture de l’épargne à Maurice» 

danielL’évolution culturelle fait que le ménage moyen consomme plus et épargne par conséquent de moins en moins. Selon Daniel Essoo, Chief Executive Officer de la Mauritius Bankers Association, la culture de l’épargne qui prévalait à Maurice dans les années 80 n’est plus d’actualité. 

L’épargne nationale se chiffre aujourd’hui à 6,2 % alors qu’elle était de 21,1 % en 2007. Faut-il s’inquiéter de cette conséquente diminution ? 
Pour les besoins de ces questions, nous allons surtout nous concentrer sur les ménages, qui jouent un rôle prépondérant dans l’épargne nationale. La décision d’épargner consiste à ne pas consacrer tout le revenu aux dépenses de consommation. 

Ainsi, une diminution du taux d’épargne impliquerait que les ménages consacrent une plus grande part de leurs budgets aux produits de consommation. Dans certains des cas, une part importante de leur budget est aussi consacrée au financement des études. 

Notre population est vieillissante. On se retrouve donc, au fil des années, avec une baisse graduelle de la population en âge d’épargner. Par conséquent, l’épargne nationale se retrouve réduite. 

On constate aussi un changement dans la culture de l’épargne elle-même, que les gens ne valorisent pas assez. Un des autres facteurs sont les conséquences des taux d’intérêt bas à l’international, qui n’incitent pas forcément les ménages à épargner. De nos jours, l’accent est également davantage mis sur la consommation que sur la culture de l’épargne, car Maurice est un pays à revenu moyen avec des aspirations d’un certain niveau de vie. 

Le faible taux d’intérêt pratiqué par les banques influence l’épargne nationale. Quels sont les risques associés dans le secteur bancaire ? 
Il y a 20 ans, les gens économisaient plus régulièrement. Actuellement, le ménage moyen consomme plus et épargne par conséquent de moins en moins. C’est une évolution culturelle. Comme mentionné, nous sommes dans un environnement international à faible taux d’intérêt qui n’incite pas à l’épargne. 

Un taux d’intérêt bas facilite la relance économique. Ceci se traduit par un coût du financement amoindri pour les acteurs économiques et donc propice pour mettre en chantier de nouveaux projets. Cette baisse de l’épargne n’influe pas particulièrement à court et moyen terme sur le secteur bancaire, vu la prévalence d’un excès de liquidités d’environ Rs 48,6 milliards au 31 décembre 2020. 

Quelles sont les solutions pour booster l’épargne ? 
Il faut trouver le moyen de rétablir la culture de l’épargne et de constater dans la durée les bénéfices du « compounding of interest ». Des campagnes d’éducation financière seraient un moyen de sensibiliser les ménages aux bienfaits de l’épargne. 

D’autres thèmes peuvent aussi s’avérer porteurs, comme les principes de base d’un budget familial, par exemple. On peut également encourager les placements à long terme, qui sont normalement plus rémunérateurs. Il y a du travail à faire pour rétablir cette culture de l’épargne que les Mauriciens avaient dans les années 80.


Alain Paillusseau, directeur du Management Company RP&V : «Rodrigues doit devenir la première destination touristique des Mauriciens»

alainLes hôtels de Rodrigues n’ont jamais reçu autant de volume de réservations que depuis octobre 2020, observe Alain Paillusseau, directeur du Management Company RP&V (société qui gère les hôtels Les Cocotiers). Il est d’avis que Rodrigues a tous les atouts pour participer à une nouvelle image de la destination Maurice dans son ensemble. 

Le tourisme n’est pas encore sorti de l’ornière avec la situation de la Covid-19 qui s’aggrave dans le monde. Comment l’hôtel Les Cocotiers, présent à Maurice et à Rodrigues, navigue-t-il dans un tel contexte ?
Les hôtels de Rodrigues, et en particulier Les Cocotiers, n’ont jamais reçu autant de volume de réservations que depuis octobre 2020. Se rendre à Rodrigues, c’est aujourd’hui le seul moyen pour les Mauriciens de prendre l’avion et revenir sans passer par la quarantaine. La demande est donc inédite. Pour beaucoup de Mauriciens, c’est l’occasion de découvrir Rodrigues en famille ou entre amis.

De plus, la demande a été soutenue en fin d’année grâce à des offres hôtelières adaptées à ce segment de clientèle unique. La clientèle est plus fidèle et peut réserver un séjour dans le même établissement plusieurs fois dans une même année.

Un bon nombre de Mauriciens ont passé leurs vacances à Rodrigues en 2020 et en ce début d’année. Est-ce un créneau à exploiter?
Bien sûr ! Rodrigues doit devenir la première destination touristique des Mauriciens. Nous allons tout faire pour satisfaire nos clients et faire en sorte qu’ils soient les meilleurs ambassadeurs de Rodrigues et de l’hôtel Les Cocotiers. L’hôtel, qui est en bord de mer et à quelques encablures de Port-Mathurin et de son marché, est notre atout principal.

Avec la rentrée des classes, craignez-vous une baisse au niveau de la clientèle mauricienne ?
Tout dépendra de la perspective sur la réouverture des frontières. Les Mauriciens qui ne sont pas encore venus à Rodrigues - et ils sont nombreux - réservent déjà pour le mois de mars. Dans l’éventualité où ils ne peuvent pas se rendre à l’étranger lors du premier trimestre de l’année, ils seront encore plus nombreux à vouloir passer quelques jours à Rodrigues.

Il y a eu des critiques de la part des Rodriguais sur les Mauriciens qui ne respectent pas les normes dans les hôtels. Qu’en est-il ?
Cela reste heureusement l’exception qui ne modifie pas le regard des Rodriguais sur les Mauriciens. La grande majorité de nos clients sont enchantés de l’accueil des Rodriguais et ces derniers font le maximum pour faire découvrir leur île dans les meilleures conditions possibles.

On reproche à l’industrie touristique son manque d’innovation. Quel est votre avis sur le sujet ? Et que recommandez-vous pour apporter un nouveau dynamisme dans le secteur ?
Je parlerai plus de « remise en question» plutôt que « d’innovation ». Mon point de vue est que le succès de la destination “île Maurice” lors de ses 30 dernières années a été un savant mélange de qualité d’accueil et d’authenticité. Mettons de côté l’hôtellerie de luxe qui existe dans bon nombre de destinations balnéaires dans le monde.

Maurice est longtemps resté la destination où de nombreux touristes revenaient tous les trois ans, deux ans, parfois chaque année. Qu’en est-il ces dernières années ?
Je crois que Rodrigues a tous les atouts pour participer à une nouvelle image de la destination Maurice dans son ensemble. Nous avons lancé des combinaisons Maurice/Rodrigues qui ont rencontré un grand succès en 2019 auprès des agences réunionnaises et européennes. 

Il y a un manque de visibilité sur la réouverture de nos frontières. Certains y sont favorables, d’autres non. Dans quel camp vous rangez-vous et pourquoi ?
À ce jour, notre visibilité est liée à l’accès au vaccin pour tous. Après les efforts consentis pour que Maurice et Rodrigues soient “Covid Safe”, je suis favorable à la réouverture des frontières aux personnes vaccinées ou à une quarantaine réduite à sept jours. À titre d’exemple, ayant vécu 10 ans en Afrique, je peux confirmer que de nombreux pays sont uniquement accessibles avec le vaccin de la fièvre jaune.

 

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