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Emploi : ces mineurs qui ne chôment pas pendant les vacances scolaires

Le travail en fin d’année permet aux jeunes d’avoir une autonomie financière pendant la période de fêtes. Jahmaël Amélia.

Pour certains collégiens, c’est un must de travailler pendant les vacances scolaires. Ce job d’été, d’une durée d’un ou deux mois, leur permet de grappiller quelques sous pour leurs dépenses personnelles. La loi est cependant très claire au sujet de l’emploi des mineurs. Tour d’horizon. 

«Rs100 linz pou fam zom ek zanfan. Koste gete », hurle Jean-Alain, âgé de 17 ans. Cela fait 13 jours qu’il travaille dans un magasin de la capitale. Il explique que c’est davantage son choix que celui de ses parents. 

Il avoue toutefois que le travail n’est pas des plus faciles. « Mo finn anvi travay pou mo kapav azout kas ek aste enn nouvo portab », avance-t-il. Il ne gagnera que Rs 12 000 pour un mois de travail, mais avec l’argent qu’il obtiendra de ses parents, il pourra se le permettre. 

« Mais je rentre à la maison très fatigué tous les jours. ‘Mo ena linpresion ki lezot travayer fer inpe dominer ek mwa. Zot fer mwa res deor kriye, rod klian ek zot zot res andan’. » 

Il explique qu’il ne veut pas que ses amis le voient et que c’est pour cette raison qu’il travaille loin de son domicile. « Sinon zot pou pran plezir ek mwa », répond-il. 

S’il y a un autre jeune qui ne chôme pas pendant ces vacances scolaires, c’est Shaheel, âgé de 16 ans. Il travaille avec son père comme marchand ambulant. « En cette période de fête, il y a beaucoup de travail. Depuis que je suis tout petit, je lui demande de me laisser l’accompagner. Maintenant que j’ai 16 ans, je peux le faire », raconte-t-il. Ce qui lui a permis de constater à quel point le travail de son père est dur. « Parfwa rant lakaz alor ki pann resi vann nanie. Bizin sove kan lapolis vini. Me mo kone mo papa pe fer sa pou li nouri nou e ki lane prosenn mo pa mank nanie pou al lekol. » Il est fier de pouvoir travailler avec son papa pendant les vacances. 

Deevya, 17 ans, se rend, elle, dans l’entreprise de sa mère qui travaille dans le textile à son compte. Elle fabrique des t-shirts personnalisés durant la période des fêtes. Mère et fille se font un plaisir de confectionner les commandes des clients. 

Ces jeunes ne peuvent pas travailler dans le secteur de la construction, c’est-à-dire sur un chantier.»

« J’apprends en même temps à faire les factures et à répondre aux messages. Je me prépare moi aussi à devenir une femme entrepreuneure », indique fièrement l’adolescente. Elle fait même de la publicité pour sa maman sur les réseaux sociaux. « Parfois, je suis son mannequin. Je fais des petites vidéos marketing sur TikTok et cela l’aide beaucoup. » Si pour ces jeunes travailler est un choix, pour d’autres, en revanche, c’est une obligation, comme l’explique G. K., 16 ans. « Nou pena papa. Avek bonis ki mo mama pou gagne, li pou bizin pey kour mo ser. Linn eksplik nou ki nou bizin fer sakrifis. Nou pa demande mem kado pou nwel. Nou kone mo mama mem ki fer tou, alor nou pa fatig li. Me dan fon mo leker, mo tia kontan kapav aste enn ti linz nef san ki li bizin fer det. Donk mo prefer travay. »

Ryan Zoile, âgé de 17 ans, affirme, lui, que s’il a décidé de travailler, c’est surtout pour aider son frère (voir encadré). « Je voulais avant tout le soutenir dans son entreprise, tout en acquérant de l’expérience dans le monde du travail et en gagnant un peu d’argent de poche », dit-il. 

Il ajoute qu’il faudra tôt ou tard travailler. « Autant s’y habituer dès maintenant. Les premiers pas dans le monde du travail nous permettent de nous acclimater à notre futur environnement », précise-t-il. 

Il se dit aussi motivé à gagner son argent de poche. « Comme tous les jeunes, nous avons tout le temps envie d’avoir les dernières nouveautés, que ce soit en termes de vêtements ou pour autre chose. Avec cet argent, je pourrais m’acheter ce que je veux », dit-il. 

Jahmaël Amélia, âgé de 16 ans, confie, quant à lui, qu’il s’agit de son premier emploi. « C’est la première fois que je travaille. Cette année, j’ai décidé de travailler pour pouvoir m’acheter un téléphone portable. Celui que j’ai est inutilisable car il a été abîmé », souligne le jeune homme. 

Il avoue que cet univers lui plaît. « J’aime être autonome. C’est parfois fatigant, surtout au début pour m’adapter. Mais quand on reçoit notre salaire, c’est une source de motivation additionnelle. Cela me motive davantage pour travailler pour le mois suivant, d’autant qu’on sera en période de fêtes dans quelques semaines  » Jahmaël Amélia compte bien renouveler l’expérience l’année prochaine.

Yannick Zoile, entrepreneur : «Ils doivent apprendre la difficulté de gagner de l’argent» 

yannickYannick Zoile est d’avis que c’est un plus pour les adolescents qu’ils travaillent dès l’âge légal. « C’est facile de dépenser, mais il faut aussi apprendre ce qu’est la difficulté de gagner de l’argent. » Selon l’entrepreneur de 32 ans qui est expert en garnissage, les jeunes ont aujourd’hui tendance à dépenser sans compter.

« Vu que mon jeune frère Ryan était à la recherche d’un emploi, je lui ai proposé de travailler au sein de mon entreprise », dit-il. Il dit aussi avoir été épaté par les compétences de son frère. « Les adolescents développent une certaine maturité quand ils travaillent pendant les vacances. Il y a beaucoup de jeunes qui refusent de travailler, mais c’est la seule solution pour réussir et éviter les fléaux. »

Opérant dans le domaine depuis 17 ans, Yannick Zoile explique qu’il est prêt à encourager Ryan à se développer davantage. Il explique que le fait de travailler pendant les vacances permet aux jeunes d’être autonomes et d’apprendre un métier, tout en développant des compétences.


Ce que dit la loi 

La loi autorise-t-elle un mineur à travailler ? Mariahven Caremben, conseiller en matières industrielles au ministère du Travail, a été sollicité. « Aucun employeur ne peut employer un enfant, comme défini dans la loi comme une personne ayant moins de 18 ans. Mais un enfant peut travailler après les heures d’école ou pendant les vacances scolaires si c’est pour aider ses parents au sein de l’entreprise familiale ou pour faire un travail léger qui n’affectera ni sa santé, ni son développement et encore moins toute étude qu’il mène », explique-t-il. 

Il précise qu’un adolescent de 16 ans peut être sur un lieu de travail si cela ne l’affecte pas mentalement et physiquement. « Il ne peut pas travailler sur un site qui représente un danger. L’inspecteur peut lui demander de ne pas travailler. L’employeur peut au cas contraire recevoir une notice pour lui dire qu’il ne peut pas employer ce mineur. Il faut qu’il garde un registre, l’adresse et les détails concernant la rémunération de cet enfant. »

Mariahven Caremben souligne qu’il est aussi important de savoir qu’un enfant ne peut pas travailler entre 22 heures et 5 heures du matin, précisant qu’il doit reprendre le travail après 11 heures de repos. « Tous les employés ont droit à des congés. Ils ne peuvent pas travailler sept jours sur sept. Les employés doivent obtenir deux dimanches. Si une personne travaille dimanche pour les huit premières heures, elle doit être payée le double. Après ces huit heures, il faut la payer triple. » 

En revanche, poursuit-il, ces jeunes ne peuvent pas travailler dans le secteur de la construction, c’est-à-dire sur un chantier. « Régulièrement, les inspecteurs font des visites sur ces chantiers, dans les centres commerciaux et dans les foires pour savoir si des enfants travaillent dans ces lieux et si leurs droits sont respectés. » 

Côté rémunération, Mariahven Caremben explique que c’est le salaire minimum qui doit leur être payé, soit la somme de Rs 10 575 et les Rs 1 000 de la Mauritius Revenue Authority. Ce qui fait un total de Rs 11 575. 

Au cas contraire, l’employeur est passible d’une amende de Rs 50 000. « Il peut aussi écoper d’une contravention s’il ne paie pas de salaire ou d’heures supplémentaires au mineur travaillant pour lui. L’employeur est passible d’une amende de Rs 25 000 et d’une peine d’emprisonnement ne dépassant pas deux ans s’il est trouvé coupable devant la Cour industrielle. » 

Rita Venkatasawmy : «Il faut lutter contre les abus» 

rita« Si la loi permet aux enfants de plus de 16 ans de travailler, c’est avant tout pour les aider à avoir une formation préprofessionnelle », tient à expliquer d’emblée l’Ombudsperson for Children, Rita Venkatasawmy. « Dans plusieurs pays, les enfants travaillent à l’âge de 16 ans. Il revient, bien entendu, aux parents de juger s’ils sont assez matures pour travailler. » 

Elle insiste cependant sur le fait qu’il ne faut pas qu’il y ait des abus. « Si un enfant travaille, par exemple, dans une entreprise familiale, il faut que ce soit une expérience agréable. Il ne faut en aucun cas qu’il soit obligé de travailler avec ses parents. » 

Elle ajoute qu’un équilibre entre le travail, le repos et les loisirs est important. « Il ne faut pas oublier que ce n’est qu’un enfant. Il a besoin de jouer et de s’amuser. J’ai rencontré beaucoup de jeunes à mon bureau qui ont 16 ans et qui travaillent. Je comprends qu’ils aient besoin d’aider leurs parents à joindre les deux bouts, mais s’ils ont fait ce choix, que les adultes n’abusent pas d’eux. »


La parole à des parents

Rebecca Amelia : «Il travaille pour s’offrir un smartphone pour Noël» 

Rebecca Amelia explique que son fils de 16 ans a décidé de travailler pour ne pas dépendre d’elle et de son époux. « Il a décidé, de son propre gré, de travailler pour obtenir un téléphone portable. Il a malheureusement abîmé son smartphone qui est inutilisable. Il voulait s’en offrir un. Nous l’avons encouragé à aller travailler », indique l’habitante de Henrietta. 

Son fils travaille dans une station de lavage de voitures située à quelques minutes de chez lui. « Il y prend du plaisir. Je suis satisfaite qu’il ait pris l’initiative de travailler pour avoir son argent de poche, d’autant que c’est son premier emploi », précise Rebecca Amelia fièrement. 

S. Mooken : «Ils doivent apprendre à se débrouiller» 

S. Mooken est d’avis que les enfants ne doivent pas travailler. « Mais s’ils ont 16 ans, ils doivent apprendre à se débrouiller. Ils doivent acquérir des connaissances et apprendre différents métiers. » C’est d’ailleurs pour cela qu’il a emmené ses enfants avec lui au travail « C’était uniquement pour leur apprentissage. Je leur donnais beaucoup plus d’argent qu’ils ne devaient en recevoir pour une journée de travail. » Selon lui, ce n’est pas une bonne chose de leur donner trop d’argent. « Dans le futur, ils peuvent refuser de travailler pour des sommes qui ne sont pas énormes. » 

Melina J. : «Les vacances sont des vacances» 

Mélina, qui a deux enfants, estime que les vacances scolaires sont sacrées. « Ils auront toute leur vie pour travailler. Ils ont aussi travaillé très dur pendant la période des examens. Ils ont aussi besoin de repos, d’amusement et de ne rien faire tout simplement. Un jour, ils regretteront de ne pas avoir eu suffisamment de temps pour profiter de leur adolescence s’ils travaillent. Ça passe si vite. »

 

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