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Dr Aruna Surnam : «Être médecin, c’est savoir communiquer avec ses patients»

Dr Aruna Surnam

Dès sa tendre enfance, inspirée par son oncle qui était médecin, Aruna Surnam, 66 ans, a été fascinée par ce noble métier. Mais opter pour la médecine à cette époque relevait de l’utopie si on n’avait pas les moyens financiers. Mais, en persévérant, elle a fini par avoir son stéthoscope au cou. Rencontre.

En raison de ses maigres moyens, elle avait des doutes par rapport à ses chances de réaliser ce rêve. Passionnée et déterminée, Aruna Surnam y est parvenue et a pris sa retraite à l’âge de 65 ans. Depuis, elle s’adonne à ses loisirs et profite des moments précieux en compagnie de ses six petits-enfants.

Venant d’une famille modeste avec un père exerçant comme chef d’établissement scolaire et une mère femme au foyer avec sept frères et sœurs, Aruna Surnam fréquente le collège Lorette de Rose-Hill pendant son adolescence. En 1968, elle postule pour une bourse en Russie auprès de l’Assiociation Friendship et c’est ainsi qu’elle commencera son parcours en tant qu’étudiante en médecine à la First Medical State University. 

« À l’époque, poursuivre des études à l’étranger était rare et incontestablement coûteux, surtout pour des études en médecine. Du coup, à 17 ans, quand l’occasion d’une bourse s’est présentée, je me suis envolée pour la Russie afin d’entamer ma première année en prémédicale », dit-elle.

En 1969, soit après sa première année en prémédicale, elle réussit ses examens avec brio et intègre le Leningrad Paediatric Medical Institute à Saint Petersburg où elle poursuivra des études poussées en pédiatrie. 

Elle confie que la Russie tient une place très spéciale dans son cœur, sans doute une de ses plus belles expériences. 

« Nous avions des amis mauriciens très proches qui sont pour la plupart des médecins et un d’eux est météorologue. Les souvenirs qui me reviennent sont nos sorties, les visites de châteaux, nos promenades à l’aviron sur la rivière Neva. Passer toute la nuit à l'extérieur », conte-t-elle avec nostalgie.

Et d’ajouter que la découverte de la culture de la Russie l’a fascinée. « J’ai adoré le ballet russe. J’ai vu le Lac des Cygnes et le Don Quichotte au théâtre du Bolchoï à Moscou. De plus, j’aimais regarder le patinage artistique, un art dans lequel les Russes excellent. Ma visite au musée du Palais d’Hiver, qui était le deuxième plus grand musée après le Louvre, m’a également beaucoup marquée », raconte-t-elle.

C'est aussi en Russie qu'elle a rencontré son mari, le Dr Babu Harish Surnam. C'était à Leningrad et elle donnera naissance à deux filles. « Mon mari était également étudiant en médecine. Nous étions trois étudiants mauriciens à nous installer à Leningrad. Il y avait déjà trois étudiants mauriciens là-bas. Il est venu nous rencontrer et c’est comme ça qu’on s’est connu. Nous nous sommes mariés en 1969 et avons eu depuis quatre enfants, dont deux filles nées à Leningrad et deux garçons à Maurice. »

En 1975, elle est de retour à Maurice où elle fait son internat et travaille avec des spécialistes à l’hôpital Dr A. G. Jeetoo. « Après un an d’internat, j’ai intégré l’équipe médicale de l’hôpital Jeetoo exerçant pour la première fois en tant que médecin. J’ai travaillé dans toutes les sections. J’y suis restée pendant cinq ans », explique-t-elle. Après avoir exercé à l’hôpital Jeetoo, elle a eu l’occasion de travailler dans de nombreux hôpitaux à Moka, Flacq et Brown-Séquard, entre autres.

arunaEn 1989, elle faisait partie des sept médecins qui étaient désignés par le ministère comme team leader, afin de conduire un projet-pilote. 

« Je suis allée travailler à Montagne-Blanche dans un Area Health Centre dans le cadre de ce projet-pilote de l’Australie, afin de travailler pour la communauté. J'ai visité les coins et recoins de la région pour voir s’il y avait toutes les facilités. En sus, on avait également des réunions qu’on animait avec les gens du village », renchérit-elle. En 1991, elle obtient son diplôme en Public Health de l’Université New South Wales, d'Australie.

Lorsqu’elle travaillait à l’hôpital de Moka, elle sensibilisait les mamans sur l’allaitement, jusqu’à ce qu’on lui propose de présider une causerie, organisée par l’UNICEF, sur la thématique. 

« En 1992, à la suite de la causerie, on m’a désignée pour suivre un cours sur l’allaitement. De 1993 à 1994, on avait également formé le personnel soignant qui comprend les gynécologues, les pédiatres, les généralistes, entre autres, à l’allaitement. » 

Elle a participé à une étude de l’Organisation mondiale de la santé et de l’United Nations Environment Program sur les pesticides avant de prendre sa retraite en tant que Regional Public Health Superintendent en 2018.

Après plus de 42 ans de service, elle retient que la profession de médecin est un métier noble et qu'il faut savoir communiquer avec les patients. « C’est sûr qu’en tant que médecin on fait ce qu’on peut, c’est un métier noble où la communication est la clé de tout. Il faut savoir écouter les patients », transmet-elle aux jeunes médecins.

Autrefois bourreau du travail, elle n’avait pas le temps de souffler. « J’aimais tellement mon métier que je suis devenue un bourreau du travail. Ce sont les valeurs que mon père m’a inculquées. Il disait tout le temps que le travail c’est tout et qu’il fallait être discipliné », indique-t-elle.

À la retraite depuis un an, elle se dit satisfaite de son parcours et profite désormais de ses six petits-enfants en toute sérénité. « Lorsque j’exerçais, je n’ai pu profiter de mes propres enfants, le fait de travailler nuit et jour ainsi que les week-ends. Donc, comme tous les grands-parents, je me réjouis de la compagnie de mes petits-enfants », fait-elle observer en souriant.

L’allaitement

Pendant son accouchement, Aruna Surnam a été exposée à l’allaitement, cette expérience s’est prouvée révélatrice pour cette jeune mère. « En Russie, lorsqu’un bébé prend naissance, on utilise uniquement le lait maternel pour le nourrir. À savoir que moi-même ayant accouché d’un bébé prématuré, j’allaitais pendant un mois à l’hôpital. De plus, j'allais à la crèche trois fois par jour et je retirais le lait également, afin que le bébé puisse avoir ses biberons comme il le faut. Tout cela pour dire que l’étape de l’allaitement est extrêmement importante pour le développement du bébé », souligne-t-elle.

Aujourd’hui, malgré sa retraite de la sphère médicale, elle apporte sa pierre à l’édifice afin d’éduquer les mères sur les bienfaits de l’allaitement au sein. Elle tient à cœur l’éducation, estimant que c’est une connaissance d’une extrême importance qui doit être transmise aux mamans. « En 1993, lorsqu’on formait le personnel à l’allaitement, un médecin était choqué qu’il y ait des formations visant à informer les mamans sur l’allaitement maternel, un procédé qui semble pourtant naturel. C’est une réalité, beaucoup de mamans ne sont pas éduquées à ce sujet. Cependant, après cette formation du personnel, les quatre hôpitaux régionaux étaient désignés baby friendly par l’UNICEF, ce qui a apporté un changement positif », fait-elle ressortir.

Après cette formation, ces pratiques ont été incluses dans les hôpitaux. Cependant, le Dr Aruna Surnam voulait faire mieux, ce qui l’a poussée à initier une politique intitulée Infant Feeding Practices. Celle-ci compte dix étapes et un code of marketing of breast milk substitutes, interdisant le lait artificiel en d’autres mots.

Les représentants médicaux des compagnies de lait pour enfant n’avaient plus le droit d’accès dans les hôpitaux, ni dans les centres de santé, afin de promouvoir le lait maternisé.

Dans sa démarche, elle tient à rappeler que les bienfaits du lait maternel ne se limitent pas seulement à l’enfant, mais également à la mère. « Le lait maternel c’est la base de la nutrition du bébé. D’ailleurs, l’Organisation mondiale de la santé préconise l’allaitement au sein jusqu’à l’âge de six mois. À partir de là, on commence à lui donner à manger tout en l’allaitant jusqu’à deux ans ou même après. L’allaitement permet aux enfants de prévenir beaucoup de maladies qui sont maintenant communes, notamment l’hypertension, le diabète et l’obésité. De plus, le lait maternel contient une graisse qui aide au développement du cerveau. En sus, l’allaitement réduit les risques du cancer du sein ou des ovaires chez la mère. »

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