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Dossier Chagos - Me Robin Mardemootoo : «La Grande-Bretagne a l’obligation de s’en aller»

Robin Mardemootoo, avoué du Groupe réfugiés Chagos.

La résolution sur l’occupation illégale de la Grande-Bretagne des Chagos votée à l’Assemblée générale des Nations unies, le 22 mai 2019, arrive à échéance le vendredi 22 novembre. Mais force est de constater que la Grande-Bretagne a décidé de faire fi à la pression internationale en gardant entre ses mains l’administration de l’archipel contrairement à ce que lui a été demandé.

La Grande-Bretagne persiste et signe. Elle affirme être la seule à avoir la souveraineté sur l’archipel des Chagos et ne reconnaît en aucune manière les revendications de Maurice à ce sujet. C’est ce que nous a fait comprendre la Haute commission britannique à Maurice. Cela en réponse à nos questions sur l’administration de la Grande-Bretagne sur cet archipel qui, suivant l’avis consultatif prononcé le 25 février par la Cour internationale de justice (CIJ) et la résolution de l’Assemblée générale des Nations unies le 22 mai, prend effet le vendredi 22 novembre. Mais pour le Royaume-Uni, il n’est pas question de plier bagage. 

« Comme le stipule la dernière déclaration ministérielle écrite du Foreign and Commonwealth Office : ‘Le Royaume-Uni n’a aucun doute sur sa souveraineté sur le territoire britannique de l’océan indien (BIOT), qui a été continuellement sous la souveraineté britannique depuis 1814. Maurice n’a jamais obtenu la souveraineté sur le BIOT et le Royaume-Uni ne reconnaît pas sa revendication’. » Telle est la réponse que nous avons reçue de la Haute commission britannique à Maurice.

Mais l’avoué Robin Mardemootoo ne l’entend pas de cette oreille. « La Grande-Bretagne a l’obligation de s’en aller », fait-il ressortir. Une source proche du dossier au bureau du Premier ministre abonde dans le même sens. Selon notre interlocuteur, l’avis consultatif est contraignant, car il a établi un fait que la Grande-Bretagne ne peut contester. 

La CIJ a en effet trouvé que le détachement de l’archipel des Chagos « n’a pas été fondé sur l’expression libre et authentique de la volonté du peuple concerné », d’une part, mais également que la décolonisation de Maurice « n’a pas été validement menée à bien au moment de l’accession de l’indépendance de l’île en 1968 ». Ce qui rend illicite l’excision de l’archipel du territoire mauricien, estime Abdulqawi Ahmed Yusuf, juge président de l’instance. 

De ce fait, de l’avis de notre source au bureau du Premier ministre, « moralement, politiquement et légalement, le Royaume-Uni ne peut plus s’occuper de l’administration de l’archipel des Chagos et il doit se retirer. Il appartient aux Nations unies de faire en sorte que cet avis consultatif soit respecté ». Pour notre interlocuteur, il n’y a aucune négociation à faire avec Maurice, « la Grande-Bretagne doit s’en aller tout simplement. » 

Me Mardemootoo ajoute qu’en droit international, il ne fait pas de doute que la Grande-Bretagne doit céder l’administration de l’archipel des Chagos, car Maurice en détient la propriété, selon l’avis consultatif du CIJ. Il appartient désormais à Maurice de faire valoir ses droits. Mais en avons-nous les moyens ? Selon lui, il ne s’agit pas de chercher la confrontation ni avec la Grande-Bretagne ni avec les États-Unis. « Si Maurice décide de se rendre dans l’archipel et que les soldats n’autorisent pas l’accostage, que va-t-il se passer ? », explique-t-il. Mais en même temps, il soutient que le pays devrait prendre des initiatives pour y aller, afin d’assumer sa propriété.


Mano a mano

Le mano a mano entre Maurice et la Grande-Bretagne n’est ainsi pas prêt de se terminer. Cette dernière ayant décidé de faire fi de la pression des instances internationales, en campant sur sa position. Dans sa déclaration en février dernier, le juge président de la CIJ, Abdulqawi Ahmed Yusuf, avait fait comprendre que « le Royaume-Uni est tenu, dans les plus brefs délais, de mettre fin à son administration de l’archipel des Chagos, ce qui permettra à l’île Maurice d’achever la décolonisation de son territoire ». 

L’excision de l’archipel des Chagos du territoire mauricien a été considérée comme illégale selon la CIJ. L’instance avait conclu que le processus de décolonisation de Maurice « n’avait pas été validement mené à bien au moment de l’accession de l’indépendance de l’île en 1968 », selon son président.

L’assemblée générale de l’ONU du 22 mai avait accordé, pour sa part, un délai maximum de six mois aux Britanniques pour se retirer de l’administration de l’archipel des Chagos. Celui-ci arrive à échéance vendredi. 


Le détachement de l’archipel des Chagos

L’archipel des Chagos a été « cédé » à la Grande-Bretagne en 1965, en vertu du British Indian Ocean Territories Order. L’île principale est devenue, par la suite, une base militaire à l’issue de l’accord entre la Grande-Bretagne et les États-Unis. Un bail de 50 ans a alors été accordé en 1966. Il a été prorogé jusqu’en 2036, à la suite d’un nouvel accord en 2016.

La population qui a été expulsée vers Maurice et les Seychelles militent pour un retour dans l’archipel, droit qui leur est refusé jusqu’à présent. Mais des visites ponctuelles sont organisées, depuis quelques années par le Foreign and Commonwealth Office et la Haute commission britannique de Maurice.

La bataille juridique engagée par la communauté chagossienne et notamment par le Groupe réfugiés Chagos d’Olivier Bancoult a connu des dénouements divers. L’avis consultatif de la CIJ et le vote massif des membres qui ont participé à l’Assemblée générale des Nations unies ont donné gain de cause à Maurice et par extension à la communauté chagossienne. Le Royaume-Uni doit se retirer de l’administration de l’archipel. Mais la Grande-Bretagne n’est pas de cet avis.

Un nouveau bras de fer semble de nouveau se profiler à l’horizon. Car le gouvernement mauricien s’est engagé à embarquer pour l’archipel les première, deuxième et troisième générations de Chagossiens au début de 2020.


Manifestation pacifique

Face à la position des Britanniques, la communauté chagossienne à Maurice n’entend pas non plus abandonner le combat. Une manifestation pacifique est ainsi prévue, le vendredi 22 novembre, à partir de 10 heures, devant les locaux de la Haute commission britannique à la rue Edith-Cavell, à Port-Louis. Cela pour dénoncer ce qu’Olivier Bancoult, président du Groupe réfugiés Chagos, qualifie de malhonnêteté de la Grande-Bretagne. Il appelle à la mobilisation des Mauriciens. 

« À travers notre manifestation, nous allons montrer le non-respect de la Grande-Bretagne concernant la décision de l’Assemblée générale des Nations unies et de la Cour internationale de justice », dit-il. Tous ceux qui ont un respect pour les droits humains et qui sont contre l’injustice sont invités à participer à la manifestation. « Nous lançons également un appel aux leaders des partis politiques, afin qu’ils mettent leurs différends politiques de côté, en ce qu’il s’agit de cette cause. Qu’ils nous rejoignent pour cette manifestation et condamnent la façon de faire de la Grande-Bretagne avec la complicité des États-Unis. » 

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