Confection : Fit-U-Garment, contre vents et marées du textile mondial

Par Kamlesh Bhuckory O commentaire
Fit-U-Garment

Entre Jenny Pidial et l’habillement, c’est une tumultueuse mais belle histoire, 25 ans de hauts et de bas. Mais la businesswoman a su naviguer dans les méandres de l’industrie. Sa compagnie s’est adaptée aux demandes, avec le soutien de bienfaiteurs et d’entrepreneurs qui ont cru en sa capacité de rebondir.

La quarantaine, mariée et mère de trois enfants, Jenny Pidial se rappelle sa carrière, au détail près. De distributrice de sous-vêtements sur le marché local pour le compte d’une entreprise hongkongaise, elle est désormais fournisseur pour de grandes marques, ayant pu monter en gamme à chaque occasion. « C’est une histoire de persévérance », résume-t-elle dans un entretien téléphonique réalisée le mercredi 21 mars.

Le point de départ dans ce parcours sinueux remonte au début des années ‘90. Elle travaille en collaboration avec China Win, une usine ayant des promoteurs hongkongais, basée à Piton et fabriquant des sous-vêtements pour hommes et femmes. Elle en achète de l’usine et en assure la distribution sur le marché local. Mais ce business prend fin. La chute est brutale. China Win ferme ses portes. Ses prix ne sont plus compétitifs. Des licenciements ont lieu. Nous sommes alors en octobre 1993.

En ces temps difficiles, le choix est entre le recyclage dans un nouveau créneau ou la poursuite de l’aventure. Et une source d’inspiration et de motivation est requise afin de se reprendre en main et se relancer. Cette source, dira Jenny Pidial, sera son père, feu Ramootee Gopaloodo. Tailleur de profession, il explique à sa fille, benjamine d’une fratrie de quatre enfants, l’importance de créer une entreprise. Il contracte un prêt de Rs 20 000. Elle remboursera par tranches.

« Ces 20 000 représentent la somme la plus sacrée que j’ai tenue entre mes mains. J’ai acheté deux machines à coudre d’occasion et quelques kilogrammes de tissus. La production initiale consistait en bermudas. Mon père s’occupait du design que mon époux et moi reproduisions sur du carton et découpions. Tout se faisait à la maison, à Curepipe. À l’époque, c’était une centaine de pièces par mois, sans aucune marque. Le porte-à-porte était de rigueur pour placer les produits dans des hypermarchés », se souvient-elle.

De fil en aiguille, l’entreprise, sous la houlette de Jenny Pidial, se consacre à la production de sous-vêtements, un segment de l’habillement qu’elle connaît bien. La demande des hypermarchés augmente. Une compagnie basée à La Réunion frappe à sa porte. C’est l’heure du choix : se cantonner dans la production locale ou tenter le pari de l’exportation. Le couple opte pour l’aventure.

Apprendre sur le tas

Nous sommes en octobre 1995. Toute l’équipe est à 100 % mauricienne. Sur le plan personnel, ce n’est guère une tâche aisée pour la businesswoman. Son époux est employé dans un hôtel. Elle qui ne connaît rien au textile apprend sur le tas. Elle devient gestionnaire, superviseur, directrice des ressources humaines, garante de l’efficience et de la qualité.

La croissance s’avère exponentielle. De 1 000 pièces par mois, les commandes atteignent les 50 000 unités, destinées pour La Réunion, la Martinique et la Guadeloupe. L’usine, située dans la résidence curepipienne, est désormais étroite. La délocalisation est une nécessité. Ainsi, après un passage dans un nouveau local à Curepipe, Fit-U-Garment s’installe à Saint-Pierre, sur une superficie de 5 000 pieds carrés. Cela s’explique par une volonté de s’adapter aux exigences du marché de l’exportation. L’usine s’engage dans la production de t-shirts, sweatshirts. De son usine de Saint-Pierre sortent des pièces griffées O’Neill, Reebok et Adidas. L’entreprise se consacre à 100 % au marché de l’exportation.

Pour Jenny Pidial, le financement est un volet important pour une entreprise. Car la croissance des affaires a été rendue possible par les revenus et surplus générés par les activités. Les banques, dit Jenny Pidial, rechignaient à accorder des prêts car le couple n’avait pas de biens pour offrir en garantie. « Nous avons bataillé et survécu selon notre propre vision », renchérit-elle.

La période de 1998 à 2015 sera riche. Le personnel de l’entreprise augmentera pour atteindre 200. Les produits prennent la route vers les États-Unis, les pays européens et l’Afrique du Sud. Ils montent en gamme. Mais les clients sont toujours en quête de meilleurs prix. Le principal client décide de délocaliser vers le Bangladesh. Afin d’assurer la pérennité de l’entreprise, la direction décide d’entrer en partenariat avec une entité locale. L’aventure se termine mal. « Dieu merci. RT Knits nous a soutenus. Elle nous a donné du travail qui nous a permis de nous maintenir à flot en ces temps durs », se remémore-t-elle.

Août 2017. Fit-U-Garment recommence à exporter, tout en rehaussant la qualité des produits. Car les clients sont dans des secteurs niches, haut de gamme. Aujourd’hui, 75 % de la production sont destinés à l’exportation et 25 % au local. Le nombre d’employés a chuté à 150.

Et qu’en est-il de la relève ? La fille s’étant établie en Australie, ce sont les fils qui sont formés pour reprendre l’entreprise familiale, une compagnie qui a su se maintenir dans le haut du tableau, même dans des moments des plus difficiles.