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Climat socioéconomique : la crise accélère la paupérisation de la classe moyenne

Une régression de la classe moyenne inférieure a été observée au cours de ces trois dernières années. Une régression de la classe moyenne inférieure a été observée au cours de ces trois dernières années.

La COVID-19 a affecté toutes les bourses, de celles des plus aisés à celles des gens se trouvant au bas de l’échelle. Les observateurs notent toutefois un phénomène : ceux qui sont dans la catégorie de la classe moyenne inférieure glissent dans l’échelle sociale. Une tendance observée depuis environ trois ans mais qui s’est accélérée avec la crise.

« Ces trente dernières années, le nombre de C1 a doublé à Maurice. Par contre, on note une régression des C2 », observe Virginie Villeneuve, directrice associée de Kantar océan Indien. La classe moyenne est composée, d’une part, des C1, soit la classe moyenne supérieure avec des employés de bureau, des techniciens et du personnel de supervision, entre autres. Et d’autre part, des C2, c’est-à-dire la classe moyenne inférieure au sein de laquelle on retrouve les ouvriers, les artisans et les agriculteurs, entre autres. 

La progression significative des C1 s’explique par divers facteurs. Pour Virginie Villeneuve, c’est d’abord dû à un choix de vie. « Depuis 2005, les Mauriciens font moins d’enfants. D’ailleurs, le taux de natalité est de 1,40 par femme. » Elle souligne que la conséquence positive se reflète en termes de style de vie. Aujourd’hui, deux individus contribuent pour un foyer de 3,5 personnes alors qu’auparavant 1,5 individu contribuait pour un foyer comprenant 4,5 personnes. 

Il y a aussi le fait qu’avec l’émergence des centres commerciaux, le style de vie de ceux qui résident dans les Plaines-Wilhems a changé. « Sans compter cette volonté des Mauriciens de se former, d’accéder à des emplois qualifiés et d’adopter un nouveau style de vie. Aujourd’hui, un foyer sur deux (les AB – les plus aisés de la société – et les C1 ; NdlR) est équipé d’une voiture », fait ressortir Virginie Villeneuve. 

Si les AB et les C1 semblent bien s’en sortir, ce n’est toutefois pas le cas des D2, c’est-à-dire ceux de la classe socioprofessionnelle la plus basse. « À titre de comparaison, le pourcentage d’AB est resté quasi stable à 13 %, alors que celui des D2 a été divisé par deux au cours des trente dernières années pour atteindre les 21 %, ce qui est une bonne chose », détaille  la directrice associée de Kantar océan Indien. 

En revanche, poursuit-elle, l’écart entre ces catégories ne cesse d’augmenter. Ce qui lui fait dire que nous avons une société dichotomique à Maurice. Les chiffres sont d’ailleurs parlants. Virginie Villeneuve précise qu’il y a un écart de plus de 300 % en matière de revenus entre les AB (revenu de Rs 75 000) et les D2 (revenu de Rs 17 000 pour un foyer). 

Les C2 ne sont pas mieux lotis. Depuis ces deux voire trois dernières années, Virginie Villeneuve constate une régression des C2. La cherté de la vie y est pour quelque chose. « Le coût d’importation des produits dû à la devise est répercuté sur le prix de vente. C’est le consommateur qui paie en partie les pots cassés de ce contexte international », dit-elle.

 

Changement de priorités

La COVID-19 n’est pas venue arranger les choses. D’ailleurs, ajoute Virginie Villeneuve, sept Mauriciens sur dix se disent financièrement affectés. « Depuis l’éclatement de la pandémie, les Mauriciens sont prudents quand ils font des achats », relève-t-elle.

L’économiste Pierre Dinan confirme que la COVID-19 a définitivement empiré la situation pour tout le monde. « Le gâteau national produit en 2020 est plus petit que d’habitude. Les parts ont été réduites. Le pouvoir d’achat de tous les Mauriciens indistinctement est affecté. Ceux qui peuvent tenir sont les riches et la classe moyenne supérieure. Mais pour d’autres, serrer la ceinture est beaucoup plus compliqué », soutient-il. 

Rajiv Servansingh, Chairman de MindAfrica et observateur économique, abonde dans son sens. « Il est clair que la classe ouvrière a subi de plein fouet les conséquences de la COVID-19. Environ 45 % des emplois se trouvent dans les PME et comme celles-ci sont les plus affectées par la pandémie, la classe ouvrière est touchée de près. Quant à la classe moyenne, elle tombe de haut, étant habituée à un certain niveau de vie.

Cependant, elle dispose d’une réserve dans laquelle elle peut probablement puiser pendant un certain temps », explique l’observateur économique. Quant à Rajeev Hasnah, économiste, il constate deux effets néfastes de la COVID-19 sur la classe moyenne et la classe ouvrière. D’abord, dit-il, il y a l’impact direct de la crise, soit la perte d’emplois ou la réduction des salaires des Mauriciens. 

Puis l’impact indirect, qui est la baisse du pouvoir d’achat en raison de l’augmentation des prix des produits à cause de la hausse du coût du fret et la dépréciation de la roupie. « Tout le monde en est affecté, mais ceux dont le budget est plus restreint le sont davantage », souligne Rajeev Hasnah. 
Du coup, l’épargne et la qualité de vie des Mauriciens en souffrent, souligne-t-il. « Une partie de la classe moyenne ne consomme plus certains produits qu’elle achetait pourtant auparavant », précise-t-il.

La classe moyenne, ajoute-t-il, pâtit aussi de la Contribution sociale généralisée qui « est une taxe additionnelle sur ceux qui obtiennent un peu plus d’argent ». Rajeev Hasnah indique que cette mesure « tire les différentes catégories de la classe moyenne vers le bas ». Or, rappelle-t-il, « c’est la classe moyenne qui est le moteur de l’économie, pas les ultra-riches. C’est elle qui dépense et fait tourner le pays à travers la consommation ». 
le risque est là 

Doit-on s’attendre à une accélération de la paupérisation d’une partie de la classe moyenne ? Pierre Dinan, tout comme Rajiv Servansingh, confirme que le risque est bien réel. « Avec la crise actuelle, la possibilité que la classe moyenne inférieure descende de l’échelle sociale et que les pauvres deviennent plus pauvres est bel et bien là », déplore Pierre Dinan. 

Rajiv Servansingh soutient que le choc réel dépendra de la durée des effets de la pandémie sur cette couche de la population. Mais pour lui, le risque existe dans la mesure où notre économie s’est contractée d’environ 12 % à 15 % l’an dernier. 

« Est-ce que ce risque se matérialisera ? Cela dépendra évidemment de la reprise cette année », précise-t-il. D’où l’importance de venir avec des  mesures pour redonner confiance à ceux au bas de l’échelle et à la classe moyenne, conclut Rajeev Hasnah.

Virginie VilleneuveLes trois priorités des Mauriciens

La gestion du budget, la famille et la santé sont devenus les trois priorités des Mauriciens depuis la COVID-19. « Ils font attention à ce qu’ils dépensent et se concentrent sur l’essentiel. Beaucoup cuisinent davantage pour maîtriser leur budget et le jardinage est l’occasion de passer un bon moment en famille. Le bonheur semble se redéfinir autour des choses simples de la vie », note Virginie Villeneuve.


 

 

Les solutions pour redonner confiance à la classe moyenne 


Pierre DinanPierre Dinan : « Le Budget 2021-22 devra comporter deux grands volets. Le premier doit être axé sur la solidarité, comme ce que nous avons déjà vu l’an dernier avec la majoration de la taxe de la solidarité. Cependant, il ne faudrait pas qu’il y ait une hausse qui découragerait tout le monde. Il faut aussi parallèlement soutenir ceux au bas de l’échelle. Le deuxième volet du Budget doit être orienté vers l’avenir avec le développement de nos ressources maritimes et une amélioration de la productivité à titre d’exemple. »  


Rajiv ServasinghRajiv Servansingh : « Jusqu’ici le gouvernement a fait beaucoup d’efforts sur le plan social pour essayer de mitiger les conséquences de la COVID-19. Dans le prochain Budget, je m’attends à ce qu’il accorde la priorité à la réforme et à la relance de l’économie. Car c’est à travers la croissance et un partage équitable du Produit intérieur brut que nous éviterons la pire des situations. »


 

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