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Ce que cela coûte de rouler un parti politique

Alors que le Political Financing Bill a été introduit au parlement la semaine dernière, les chiffres réels encourus par les partis politiques se révèlent astronomiques comparés au plafond imposé par la loi. Enquête. 

Tout le débat de la sphère politique se cristallise autour du projet de loi sur le financement des partis. Mais à quoi servent ces finances exactement ? Quelles sont les principales dépenses ? Et, finalement, comment l’argent est-il géré ? Le Défi Plus s’est dirigé vers les principaux partis du paysage politique pour tenter d’obtenir des éléments de réponse.

Qui dit parti politique dit meeting. Un événement incontournable surtout en période électorale. Il s’agit de l’élément le plus gourmand en terme d’argent. Le Parti travailliste (PTr) en sait quelque chose. Pour organiser un meeting national, il faut, selon une source du Bureau politique (BP), compter entre Rs 1,5 million et Rs 2 millions. Le breakdown des dépenses est comme suit :

  • Location d’autobus : 
  • Rs 5 000 x 150 = Rs 750 000
  • Sonorisation : Rs 250 000
  • Podium : de Rs 150 000 à Rs 200 000
  • Banderole : Rs 350 x 400 = Rs 140 000
  • Affiches : Rs 6000 x 20 circonscriptions = Rs 120 000
  • Oriflamme : Rs 5 (par mètre) x 4000 = Rs 20 000
  • Rafraîchissements : Rs 1750 x 150 autobus = Rs 262 500

Total : Rs 1,7 million. 

Au niveau du Parti mauricien social-démocrate (PMSD), un cadre explique que, pour tout meeting national, y compris les meetings du premier mai, il faut compter au minimum Rs 500 000 pour les petits partis. Selon lui, la somme peut aller jusqu’à Rs 5 millions pour ceux qui ont plus de moyens. Tout comme pour le PTr, il confirme que la location des autobus coûte entre Rs 500 000 et Rs 600 000. Le Mouvement socialiste militant (MSM), a été plus avare de détails. Le seul qui a consenti à en parler, son porte-parole Bobby Hurreeram, explique qu’un député peut être amené à contribuer jusqu’à 
Rs 100 000 pour un meeting de 1er-Mai.

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Location : entre Rs 55 000 et Rs 60 000

Même lorsqu’il ne s’agit pas de meeting national, les sommes impliquées demeurent conséquentes. Formé en 2015, le Mouvement patriotique (MP), n’en a pas encore tenu à ce jour. La formule adoptée : des congrès. Le dernier remonte au 10 mars dernier à l’auditorium Octave Wiéhé. Atma Bumma, secrétaire général, explique que pour la location, il faut compter entre Rs 55 000 à Rs 60 000, selon le nombre d’heures. Un dirigeant doit d’abord se porter garant pour effectuer un dépôt de Rs 60 000. En somme, dit-il, le MP a eu à débourser une somme de Rs 400 000 pour cet événement. Les coûts pour l’organisation de congrès régionaux sont en revanche moins importants : Rs 25  000 au total, dont Rs 2 000 pour les affiches.

En période électorale, il y a toutefois d’autres coûts. Kushal Lobine, porte-parole du PMSD, se souvient de l’élection partielle au No 18 (Belle-Rose/Quatre-Bornes) en décembre 2017 : « Tout le monde se rejoint au même endroit pour manger. Il faut compter entre Rs 150 et Rs 200 par portion, donc Rs 20 000 uniquement pour la nourriture par jour ». Il faut, à cela, ajouter les dépenses pour les rafraîchissements, et parfois les cigarettes pour atteindre quasiment Rs 30 000. « Il faut compter Rs 1 million sur un mois pour rouler une campagne ».

Il estime qu’il faut un minimum pour un parti sérieux se présentant aux élections générales. Il précise qu’il faut déployer 200 agents par circonscription et leur fournir le carburant pour les véhicules. Notre autre source du PMSD, estime qu’un candidat dépense en moyenne Rs 2 à 5 millions pour des élections générales. « Pour le leader, ça peut être deux à trois fois plus », l’objectif étant de se faire élire en tête de liste. Bobby Hurreram révèle que son parti doit dépenser au minimum Rs 2 000 par jour pour entretenir une « baz ». Il allègue toutefois que, durant les élections de 2014, ses adversaires pouvaient y injecter Rs 10 000 par jour.

Jusqu'à Rs 450 000 par mois pour la gestion du parti 

Les dépenses des partis diminuent drastiquement en dehors des périodes de campagne. Mais il n’empêche que le fonctionnement d’un parti implique d’autres coûts au quotidien. Plusieurs formations à Maurice doivent voter un budget mensuel pour la location d’un quartier général ou de plusieurs antennes, ainsi que pour payer les salaires des employés. Le Mouvement militant mauricien (MMM) loue deux bâtiments : le quartier général rue Ambrose à Rose-Hill et le bureau du Militant, rue Poudrière, à Port-Louis. Le parti emploie également six personnes. Si notre source, un dirigeant du parti, n’a pas souhaité donner des détails, il a précisé qu’il faut compter entre 

Rs 350 000 et Rs 450 000 par mois pour le fonctionnement du parti au quotidien. Cette somme inclut également le coût des conférences de presse hebdomadaires.

En ce qui concerne le PTr, on apprend que pour la location de son bâtiment aux Salines, on dépense Rs 5 000 par mois. « Le propriétaire du bâtiment étant un ami du parti, nous n’avons qu’à payer une somme symbolique ». Le parti emploie quatre personnes : un secrétaire, un téléphoniste, un Attendant et quelqu'un chargé de s’occuper du bureau. Leurs salaires combinés atteignent Rs 60 000 par mois.

Le PMSD a établi son quartier général à l’Astor Court, rue Gislet Geoffroy à Port-Louis. Le parti y emploie un réceptionniste et plusieurs secrétaires. Notre source à la direction du parti explique qu’avec le loyer et les salaires, il faut compter Rs 250 000 de dépenses mensuelles. Toujours selon cette source, pour un parti politique, il faut compter entre Rs 100 000 et Rs 500 000 pour un QG.

Il faut ajouter une autre dépense dont on parle moins ouvertement au sein des partis politiques : des « stipends » à certains candidats battus, surtout les plus anciens et fidèles qui sont sans emploi. Il y en a eu plusieurs exemples dans le passé, avec notamment des bureaux offerts au QG du parti, avec un emploi plutôt symbolique. Dans un cas, un cacique d’un parti touchait Rs 50 000 tous les mois. Dans un autre encore, le parti a financé les études d’un de ses cadres. Souvent, c’est le leader lui-même qui se charge de ces paiements. Tout cela ajoute à la charge financière de faire rouler un parti.

Les frais de location du quartier général du MP, route St Jean à Quatre-Bornes, se chiffrent à environ Rs 25 000 par mois. Atma Bumma soutient que le MP ne dispose d’aucun employé à ce jour, « mais c’est dans nos projets de recruter ». Quant au MSM, il n’a pas de loyers à payer, possédant déjà le Sun Trust, rue Edith Cavell à Port-Louis. Selon Bobby Hurreeram, le parti ne compte comme dépenses que les salaires du secrétariat et du personnel d’entretien.

Les dépenses sont condamnées à enfler davantage. Kushal Lobine du PMSD explique que la numérisation des campagnes électorales apporte de nouveaux coûts. « Les réseaux sociaux sont importants. Les professionnels du domaine me disent que, pour une campagne d’un mois sur 20 circonscriptions, il faudra compter entre Rs 3 et 5 millions pour les services d’un expert en communication ». Tous les partis devraient donc suivre la tendance.

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À combien contribuent les membres et les dirigeants 

En face des dépenses, il y a l’autre versant : la gestion et les contributions. Les grosses donations des entreprises sont au coeur de la polémique actuelle sur la loi sur le financement, et l’opacité la plus totale règne sur le sujet, hormis quelques fuites isolées. Mais qu’en est-il des autres donations plus modestes et régulières en dehors des campagnes électorales ?

Au PTr et au MMM, on affiche la même politique : les élus contribuent Rs 5 000 chacun aux fonds du parti par ordre de virement. Au PTr, ceux qui touchent une pension de député (tous ceux qui ont fait au moins deux mandats) contribuent également au pactole.

Au PMSD, on met en avant les 24 000 membres officiels, chacun détenteur de sa carte. Pour des événements importants, le parti fait des appels à contribution auprès de cette armada et chacun contribue comme il peut : Rs 500, Rs 1 000, Rs 2 000, Rs 5 000… On se montre plus exigeant pour ceux qui sont dans la haute hiérarchie du parti : les députés contribuent à hauteur de Rs 10 000 par mois alors que les dirigeants peuvent contribuer à hauteur de Rs 5 000 à Rs 6 000.

Au MP, les choses sont moins strictes. Les membres du bureau national contribuent « entre 0 et Rs 10 000 par mois ». La seule grosse dépense individuelle consentie fut celle de l’événement qui a marqué le lancement du parti en 2015 : le tout avait coûté Rs 900 000 et les membres d’alors avaient contribué à hauteur de Rs 75 000 à Rs 80 000.

Au PMSD, on prend également le soin de souligner que Roshan Seetohul est un « full-fledge » trésorier qui gère les finances du parti. Si Xavier-Luc Duval, le leader, est informé des transactions, il se contente de transmettre les instructions à Roshan Seetohul.

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Le Reform Party n’a toujours pas publié ses comptes

Roshi Bhadain l’annonçait en grande pompe en 2017, pour le lancement de son Reform Party en 2017 : le parti ferait auditer ses comptes annuellement et les publierait sur son site. Cela aurait coupé l’herbe sous les pieds de ceux qui clamaient attendre une loi pour le faire. Cela n’a pas encore été fait à ce jour.

« Nous avons déjà fait préparer nos comptes, assure le leader du Reform Party, mais il y a une loi qui passe au Parlement et il faut voir si nous sommes conformes ». La question des donations en nature pose notamment problème, vu qu’ils ne peuvent figurer sur un bilan financier.

Selon Roshi Bhadain, le compte en banque du Reform Party est composé des frais d’adhésion des membres. « Nous avons tous nos documents et nous n’allons pas nous contenter de publier nos comptes ; chaque candidat jurera aussi un affidavit sur ses avoirs avant les élections et le publiera. »

Roshi Bhadain estime que la loi qui est débattue raterait le coche si elle n’inclut pas une grille des items autorisés : « La loi pourrait définir le nombre de mètres d’oriflammes autorisés, ou le nombre d’affiches ; on pourrait encore en interdire d’autres qui polluent l’environnement ». Cela garantirait une égalité des chances entre tous les partis et empêcherait qu’un seul d’entre eux n'inonde l’espace public de banderoles et d’oriflammes. « On ne pourrait plus influencer les élections avec des oriflammes et ce ne serait pas nécessaire d’inclure le plafond de Rs 80 millions de dépenses. »


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Menon Cheekhory : L’homme derrière les banderoles

S’il y a bien un nom qui revient sans cesse parmi les acteurs politiques, c’est celui de Menon Cheekhory. Âgé de 58 ans, il a fondé sa compagnie en 1981. L’activité de la compagnie consiste à installer les banderoles et oriflammes des partis politique à l’occasion des meetings, ou lors d’une campagne électorale. « Ma première campagne remonte à 1987. J’avais eu comme premier client sir Anerood Jugnauth ». Il a, par la suite, su se faire un nom parmi les autres formations politiques. « Je n’ai aucune couleur politique. Je suis en bons termes avec tous les partis ». Il explique n’avoir, jusqu’ici, jamais rencontré de soucis avec quelque parti politique que ce soit en ce qui concerne les paiements. Il dira que, généralement, il demande un à-valoir, et une fois le travail complété, le reste du paiement est finalisé. « Mes tarifs ne sont pas coûteux. Le prix d’une banderole varie entre Rs 400 et Rs 450 ». Il se peut toutefois qu’il propose d’autres tarifs à d’autres partis. « Cela dépend de la relation avec les politiciens ».

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