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Agro-industrie - Canne à sucre sur le déclin : le secteur énergétique menacé

Les prix du charbon et de l’huile lourde sur le marché international ont considérablement augmenté. Ce qui constitue une menace pour le secteur énergétique à Maurice. Mais ce ne sont pas les seuls facteurs à risque. Il y a également la situation de la canne à sucre.

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« Le déclin continu de la fourniture de la canne est une véritable menace pour la viabilité de l’industrie qui soutient le secteur énergétique du pays. » C’est ce qui a été publié dans le dernier rapport du ministère de l’Agro-industrie pour l’année financière 2020-2021. Il dresse ce constat pour le moins alarmant sur l’industrie sucrière dans son Strengths, Weaknesses, Opportunities and Threats (SWOT) Analysis.

Dès le départ, le rapport attire l’attention sur le fait que la culture de la canne a considérablement diminué ces vingt dernières années. Une des raisons est l’urbanisation et le développement rapides. Selon les derniers chiffres publiés par le Central Electricity Board, la bagasse demeure la source d’énergie la plus utilisée dans la production d’énergie renouvelable, constituant 12,2 % de cette dernière. À titre de comparaison, l’énergie solaire, elle, représente 5,08 % de la production.

Autre élément qui nuit énormément à l’industrie : la consommation locale n’absorbe qu’une petite partie de la production sucrière, alors que le reste est destiné à l’exportation. Là encore, le ministère soutient que le secteur de l’export est souvent affecté par des facteurs externes tels que la fluctuation des devises, sans compter le fait que le secteur sucrier est largement exposé à la compétition exercée par d’autres pays.

Le rapport parle également du coût de la production de la canne à sucre qui est l’un des plus élevés en raison de la faible capacité de fraisage. Il n’y a que 3 700 tonnes de canne qui sont broyées dans les moulins existants, alors que, dans la foulée, la main-d’œuvre est très coûteuse. À cause de ces facteurs, de plus en plus de petits planteurs de canne à sucre abandonnent leurs champs ou choisissent tout simplement de se lancer dans d’autres activités agricoles.

Le ministère est inquiet au sujet de la situation liée à la main-d’œuvre destinée au secteur de la canne à sucre. Il déplore le fait qu’il y ait beaucoup trop d’incertitudes. « There are rigidities and uncertainties in the labour market for this sector compared with other emerging sectors of the economy », fait-il valoir dans son rapport.

Cependant, malgré les contraintes, tout n’est pas perdu. Selon le ministère, le secteur de la canne peut encore se reposer sur l’expertise établie de Maurice en matière de production sucrière, plus précisément au niveau des sucres spéciaux qui sont exportés vers des marchés de niche à revenus élevés.

Le rapport met aussi en avant le label « Made in Mauritius » qui permet à l’île d’assurer la distribution de 120 000 tonnes de sucres non raffinés dans environ 40 pays, incluant 20 états qui sont membres de l’Union européenne, des États-Unis, du Canada, du Moyen-Orient, de l’Extrême-Orient ou encore de l’Europe de l’Est.

Jacques d’Unienville, CEO d’Omnicane : « Nous voulons ralentir ce déclin »

Jacques d’Unienville, Chief Executive Officer de la société sucrière Omnicane, partage entièrement le constat du ministère de l’Agro-industrie. « Il y a beaucoup de terres qui sont abandonnées. Le challenge, à notre niveau, est d’encourager les propriétaires de terrains à se relancer dans ce secteur d’activité », souligne-t-il. Mais il estime que tout n’est pas perdu, car il y a, selon lui, des « signaux positifs ». Il est d’avis que la présentation prochaine du Bio-Mass Framework, sans compter la montée du prix du sucre sur le marché européen, permettra aux planteurs de générer davantage de revenus. « Nous voulons ralentir ce déclin et pourquoi pas le renverser », conclut Jacques d’Unienville.

Jacqueline Sauzier : « Tous les partenaires travaillent pour remettre le secteur sur les rails »

Jacqueline Sauzier, secrétaire générale de la Chambre d’agriculture, affirme que l’industrie sucrière est en difficulté et que la Banque mondiale l’a démontré dans son analyse. « Tous les partenaires travaillent pour que le secteur revienne sur les rails », souligne-t-elle. Néanmoins, elle rappelle que lorsqu’il n’y a pas suffisamment de canne à sucre, cela a un impact sur la mélasse et la bagasse. Résultat des courses, précise-t-elle : il y a moins d’énergie.

 

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