Wardah Jhakri - Profession : chercheuse de têtes

Par Pradeep Daby O commentaire
Wardah Jhakri

Depuis leur apparition, les réseaux sociaux sont devenus des outils de choix pour les professionnels du recrutement. Wardah Jhakri, consultante en recrutement pour des entreprises européennes, utilise LinkedIn pour mettre la main sur l’oiseau rare. Son bilinguisme est un atout majeur.

Que son bureau ne soit pas à la hauteur de ses responsabilités ne lui pose pas de problème. À 24 ans, un master en poche, Wardah sait que l’avenir appartient à celles et ceux qui vivent avec leur époque mais qui savent aussi se projeter dans le temps. Récemment, son employeur lui a adjoint les services d’une secrétaire afin de la libérer de certaines responsabilités périphériques.

Au 3e étage d’un immeuble, face à l’École hôtelière d’Ébène, le bureau de Wardah se trouve à un endroit stratégique, à cinq minutes de la Cybercité et du centre de Rose-Hill. Avec l’arrivée du Metro Express, la valorisation du fameux triangle d’Ébène s’en trouvera augmentée. Les perspectives dans cet endroit unique à Maurice sont prometteuses.

Master en management

« Je n’aucun doute que notre pays est en train de se positionner de la meilleure façon pour capter toutes les opportunités offertes dans la région de l’Océan indien », reconnaît-elle.

Native de Plaine-Verte, aînée d’une famille de trois sœurs, elle a passé le cycle secondaire au Lorette de Port-Louis, puis a pris de l’emploi comme gestionnaire de stocks chez Cash & Carry. Puis, elle s’inscrit dans la filière Human Ressources à l’Université de Technologie, où elle décroche une licence. Elle part ensuite à la fac de Nanterre, en France, pour passer un master en management. Un véritable challenge pour cette fille qui admet avoir été trop choyée pas ses parents.

À Paris, elle découvre des filles autonomes puis elle doit « galérer » pour s’immerger dans cette culture cosmopolite. « J’ai dû tout recommencer, d’abord en apprenant à me faire à manger », raconte-t-elle avec un grand rire. Elle ne dispose que de 300 euros, une somme nettement insuffisante pour vivre comme une vraie Parisienne, même si elle est hébergée par des parents pour un temps. Elle se rend vite compte que c’est l’argent qui lui permettra de gagner la bataille pour son autonomie. Elle réussit à décrocher un job à temps partiel chez McDonald, son premier pas dans l’univers du contact client.

À Nanterre, dans la promotion Management, Stratégie internationale, elle deviendra la représentante de trois groupes d’étudiants étrangers, une responsabilité qui l’ouvre à une culture internationale. « En fait, la vie à Paris m’a donnée une deuxième naissance », dit-elle. Elle croise une fille qui lui explique que la société Palicao, spécialisée dans le recrutement, recherche un stagiaire. La Mauricienne prend le job, durant les six mois qu’il lui reste pour terminer son master.

Pourquoi est-elle rentrée au bercail alors que le directeur de Palicao, Julien Fournaise, lui proposait un emploi à plein temps ? « J’ai pensé à mes parents et à mes deux sœurs à qui je sers d’exemple », répond-elle. De retour à Maurice, en août 2017, elle ne rompt pas avec la boîte parisienne. Elle prend d’abord un job chez Sysop, boite engagée dans le recrutement, puis intègre Palicao comme cliente. Est-ce que la tâche de recruter des candidats européens pour travailler en Europe peut s’accomplir depuis le fin fond de l’Océan indien ?

Communication en temps réel

« Tout, ou presque, est possible aujourd’hui grâce à Internet et le moteur de recherche professionnel LinkedIn », affirme-t-elle. Ce n’est pas un discours, mais un véritable constat : les enjeux économiques sont liés au gain de temps et à la communication en temps réel. Le couplage de diverses plateformes de données professionnelles est rendu possible grâce à leur mise en ligne et aux législations réglementant les informations disponibles sur Internet. Cela permet aux professionnels comme Wardah de vérifier l’authenticité des qualifications des candidats recherchés. « Certes, Internet offre des possibilités sans limites, mais encore faut-il savoir discerner le vrai profil du faux. »

Depuis qu’elle est rentrée à Maurice, elle est devenue opérationnelle sans aucune période d’observation, car ses clients n’attendent pas. Le monde du recrutement des cadres est dynamique en Europe. Sa banque de données, couplée aux profils recherchés par ses clients, lui permet d’affiner ses recherches.

Lorsque l’on évoque devant elle les perspectives offertes en Afrique, où le bilinguisme des Mauriciens fait la différence, elle préfère patienter avant de se lancer dans l’aventure africaine. Elle garde les options ouvertes, sachant que le Mauricien est condamné à s’ouvrir au monde pour sortir de son insularité. « Le secteur du recrutement est très compétitif. Les Mauriciens ont l’avantage du bilinguisme, mais il faut maîtriser la communication pour être à l’aise avec des clients de toutes cultures », souligne-t-elle.