Vyas Mahesh fait revivre Mukesh, le roi des ‘sad songs’

Par Pradeep Daby O commentaire
Vyas Mahesh

Il est la voix de Mukesh à Maurice, l’incarnant dans ses moindres 'tremolos' et défendant le chanteur, même lorsqu’on lui évoque ses limites. À 62 ans, Vyas Mahesh, domicilié à L’Escalier, chante Mukesh depuis plus de 40 ans, sans avoir jamais imité d’autres chanteurs. Une fidélité sans concessions.

Sur la chaîne nationale, le dimanche 7 janvier 2018, le contraste entre lui et une jeune chanteuse, pour une chanson en duo, était flagrant : autant Mahesh était chevillé au morceau, vivant et concentré, autant la chanteuse paraissait raide et froide. « Lorsque j’interprète Mukesh (ndlr Mukesh Chand Muthur pour l’état civil), je m’imprègne de son état d’esprit, de ses émotions ; sinon le courant ne passe pas et le public le sait », explique-t-il. La vie de celui que l'on désignait comme le ‘King of sad songs’ n’a pas de secret pour cet enseignant d'un collège d’État. « La mort de Mukesh a été comme celle d’un combattant sur le champ d’honneur, il est mort aux États-Unis, le même jour d’un concert », observe Mahesh.

Voix mélancolique

Les interprètes mauriciens de Mukesh ne courent pas les rues : parce que le chanteur indien avait une voix mélancolique et son répertoire n’était pas aussi étoffé que celui de Kishore Kumar et Mohamed Rafi, ce qui n’était pas pour encourager les chanteurs en herbe. Il convient de faire ressortir que la seule incursion dans la chanson dite moderne pour l’époque, dans le film « Around The World » (1967), était vite passée aux oubliettes, car les fans avaient le sentiment que leur chanteur était dans le contre-emploi. « Durant ses premières années dans la chanson, il a eu pour modèle K.L Saigal, il était plutôt méconnu et c’est grâce au film 'Awaara' (1951) que sa vie va basculer pour connaître la célébrité, lorsque Raj Kapoor et les musiciens Shanker-Jaikishen l’engagent », explique Mahesh. Pourquoi ce dernier, lui-même, a préféré Mukesh aux autres grandes voix de l’époque telles que Kishore Kumar et Mohamed Rafi ?

« La mort de Mukesh a été comme celle d’un combattant sur le champ d’honneur »

« Mukesh, c’est une voix, une diction et une émotion particulières. J’avais aussi une voix qui lui ressemblait, c’est toujours le cas et j’ai atteint la maturité. À l’inverse de Rafi et Kishore, dont les voix ne sont pas les mêmes, par rapport à leurs débuts, celle de Mukesh n’a jamais changé », indique-t-il.

La route de Roshan Sobhee

Durant ses années de collège, il est sollicité par ses enseignants pour chanter à l’occasion des fêtes. Plus tard, à la fin des études, il croise la route de Roshan Sobhee qui, avec ses amis, l’invite à venir à son domicile à Port-Louis. « C’était une petite formation, avec un harmonium et des tablas. C’était une bonne initiation pour un jeune qui voulait être accompagné par des musiciens », se souvient-il. Une année plus tard, il rejoint Vijay Munisamy, une célébrité dans le Sud, lequel dirigeait le groupe Stanzas, « On ne se connaissait pas trop, lui-aussi m’a invité chez lui où il m’a montré son harmonium, j’ai chanté quelques morceaux. »

Au sein d’un véritable groupe, encadré de musiciens avec leurs instruments électriques, Vyas « nage dans les grandes eaux ». Il peut donner libre cours à ses premières ambitions qui, en 1976, lui avaient valu le premier prix, lors d’un concours de chants organisé devant la mairie de Port-Louis. Depuis sa première prestation avec Vijay Munisamy, il n’a plus arrêté de prêter sa voix aux différentes formations que celui-ci a montées. Mais, sa collaboration reste toujours tributaire de son emploi du temps. « Je ne me suis jamais engagé dans un groupe de manière permanente. Déjà, dans le passé, il a fallu que je choisisse entre une carrière dans la musique et l’enseignement. Le destin en a décidé autrement. Ce n’est pas plus mal », dit-il, d'un air résigné. Mais, il se reprend tout aussi vite en sachant le privilège qu’il jouit grâce à sa faculté d’interpréter Mukesh.

« Générosité spontanée »

« Je chante exclusivement du Mukesh, ni le 'séga bhojpuri', ni certains morceaux de Bollywood très occidentalisés où il n’existe aucune émotion. Si, cela plaît à la nouvelle génération, tant mieux, mais ils ne seront jamais estampillés ‘gold’ comme les chansons de Mukesh », observe-t-il sans aucun soupçon d’aigreur. Car, à sa retraite, il compte bien monter sa petite formation où le karaoké sera l’attraction.

« Avec d’autres chanteurs qui sont dans un registre vocal différent, je vais offrir une gamme de chansons qui correspondent aux attentes du public. L’ordinateur réduit les coûts d’une véritable formation musicale. Cela fait des années qu’un ami accordéoniste me harcèle, en me faisant observer que je pourrais me faire un peu d’argent de poche avec ma voix. Mais, je n’ai jamais cherché à faire de l’argent avec ma voix. Il est arrivé que des spectateurs me donnent des billets dans un geste de générosité spontanée. Cela fait chaud au cœur », ajoute-t-il avec le sourire.