Vijay Ramgoolam : «Les plus grands défis des PME sont la qualité et la visibilité»

Par Pradeep Daby O commentaire
Vijay Ramgoolam

Pour Vijay Ramgoolam, ancien directeur de la SMEDA, les PME mauriciennes sont à la croisée des chemins, car elles sont confrontées au défi de l’innovation, un facteur indispensable pour leur survie.

Quel est votre appréciation du secteur des PME depuis l’arrivée au gouvernement de l’Alliance Lepep ?
Je constate que ce secteur nage en pleine stagnation par manque de vision et de visibilité, cela en raison de faibles ressources qui sont mises à sa disposition.  C’est un paradoxe par rapport aux engagements du nouveau gouvernement de transformer le secteur des PME en un pilier de notre développement, ce qui aurait été en même temps un gros pourvoyeur d’emplois. La Banque de Développement, par ailleurs, ne joue plus ce rôle central qu’il avait auparavant.

La création de la Maubank n’a été qu’un coup d’épée dans l’eau, car elle résulte de la fusion de la Bramer Bank et de la Banque des Coopératives, deux institutions déjà malades, sans oublier qu’elle est tributaire des contraintes imposées par la Banque centrale et qui ne lui permettent pas d’être flexible.  Au temps où je présidais aux destinées de la Smeda, le ministre des Finances d’alors, Rama Sithanen, nous avait alloué une dotation budgétaire annuelle, qui nous avait permis de mettre en œuvre des activités d’accompagnement, qui ont impulsé une réelle dynamique aux PME.

D’un coté, le ministère incite les Mauriciens à acheter les produits locaux, de l’autre, il enlève la taxe sur ces mêmes produits importés de la Chine.»

Pourtant, le ministre Sunil Bholah jure que les contraintes ont été largement allégées ?
Il faut les comparer à ce j’ai fait durant mon mandat à la Smeda, où ceux qui souhaitaient lancer leurs entreprises n’étaient pas requis de posséder un terrain et on leur offrait Rs 50 000, qui est passé à Rs 150 000, avec un taux d’intérêt raisonnable, et la signature d’un General Floating, qu’on leur demandait, n’était en réalité qu’un acte psychologique. Je savais que cet aspect dans l’initiation d’un business devrait être rendu aisé, car c’est une problématique qui existe dans tous les pays qui souhaitent développer leur secteur des PME. Il y a eu d’autres mesures, dont une enveloppe de Rs 5 millions aux personnes se trouvant dans l’extrême pauvreté, le montage des Business Plans, des vérifications sur le terrain…

Un des problèmes majeurs auquel se heurtent les PME est la concurrence étrangère. Comment la contourner ?
Il suffit que le gouvernement protège le produit mauricien, mais il ne fait rien. À ce sujet, notre politique est paradoxale : d’un coté, le ministère incite les Mauriciens à acheter les produits locaux, de l’autre, il enlève la taxe sur ces mêmes produits, mais importés de la Chine notamment et qui sont nettement moins chers. Tout cela manque de cohérence. Je me demande si le gouvernement ne se laisserait pas influencer par le lobby des importateurs. Je m’étais déjà posé cette question lorsque j’étais à la Smeda.

Est-ce que l’étroitesse de notre marché ne pose-t-il pas également une grosse contrainte aux PME ?
C’est un faux problème qu’on remet sur la table périodiquement. Le consommateur mauricien est disposé à acheter le produit mauricien, à condition qu’il le voit. D’autres secteurs locaux, notamment l’agro-alimentaire ou le vestimentaire, se portent bien parce que les opérateurs offrent d’excellents produits et qui sont bien visibles. Le véritable problème que connaît ce secteur est celui du marketing, qui pèche par une grosse absence de visibilité. Au moment où je vous parle, la grande majorité de nos PME avouent connaître ce problème.

Dans le passé, j’avais signé des accords avec des supermarchés situés aux quatre coins de l’île afin qu’ils offrent des espaces aux PME. Je me souviens même que durant les foires que nous organisions, des boutiquiers et autres détaillants venaient s’approvisionner en gros auprès des forains. Cela a payé, mais aujourd’hui, on n’organise plus de foires. Il faut absolument commencer par identifier des endroits pour relancer ce type d’activités, qui permettent à la fois aux Mauriciens de se rendre compte de la production mauricienne et aux PME de connaître une véritable visibilité.

(…) il faut avant tout relever la qualité de nos produits afin qu’ils répondent aux normes internationales.»

Mais vous n’êtes pas sans savoir que Maurice est aussi signataire des accords de la World Trade Organisation (WTO), au terme desquels, le pays doit s’ouvrir aux biens et services étrangers…
Ces accords contiennent aussi des clauses spéciales dont notre pays peut se prévaloir pour protéger des productions, qui lui sont spécifiques et qui lui permettent de maintenir tant son équilibre économique que social et culturel. D’autres pays le font en invoquant ces mêmes facteurs. Il faut se battre pour protéger la production locale. Rappelez-vous du temps où nous fabriquions des chaussures à Maurice, cela a marché. Aujourd’hui, à cause de l’abolition de la taxe sur les bijoux et les chaussures importés, entre autres, le secteur de la bijouterie et celui de la chaussure mauricienne se meurent lentement.

Comment répondre au problème de saturation de certains produits dans un marché aussi compétitif que le nôtre ?
Il faut mettre l’emphase sur l’innovation. Le problème de la concurrence ne me semble que secondaire. Il faut l’expliquer aux petits entrepreneurs, et en même temps, il faut commencer par le milieu scolaire en suscitant l’imagination, la curiosité et l’interrogation chez les jeunes.

Est-ce que l’exportation est une des solutions aux problèmes des PME ?
Bien sûr, mais il faut avant tout relever la qualité de nos produits afin qu’ils répondent aux normes internationales. Cela dit, à Maurice déjà, il existe une clientèle qui est prête à payer pour le haut de gamme. N’oubliez pas que nous fabriquons du textile-habillement pour des brand names, donc nous possédons le savoir-faire. Si nous parvenons à vendre d’abord sur notre propre marché, nous aiderons le pays à réduire ses importations, donc contribuer à équilibrer notre balance commerciale.

Les plus grands défis des PME sont la qualité et la visibilité. Pour y arriver, il faut investir lourdement dans les études de marché, la formation et la technologie moderne, car nous sommes désormais entrés dans une autre vague de développement où la culture informatique en termes de production, de gestion, de communication et de commercialisation est au cœur même de la vie d’une entreprise. À ces défis  doit se conjuguer notre objectif,  qui doit être la promotion du label ‘Made in Moris’.