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Risques et phénomènes associés au climat

L’Ingénieur en environnement Vassen Kauppaymuthoo : «Les inondations représentent un défi majeur pour Maurice»

vassenInondations, canicules, sécheresses, éboulements perte de biodiversité parmi tant d’autres risques de phénomènes naturels liés aux changements dans le climat… Selon le document Database on Climate Related Risks publié en juin 2023 par le ministère de l’environnement, Maurice devient encore plus vulnérable. Quels défis majeurs ? Quelles solutions ? Vassen Kauppaymuthoo qui est ingénieur en environnement, nous peint un sombre tableau.

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Inondations

305 zones inondables identifiées dans le Land Drainage Master Plan  

Les inondations représentent un défi majeur pour Maurice.  Car, 305 zones inondables ont été identifiées dans les études menées dont le Land Drainage Master Plan, financé par l’Agence Française de Développement. Face aux inondations, il n’est pas toujours recommandé de construire des drains. Car, ces derniers accélèrent l’écoulement en transférant la problématique dans d’autres zones. Il faut de ce fait informer la population que certaines zones sont non constructibles. Telles les zones humides, les réserves de rivières, les zones situées dans des bas-fonds ainsi que les flancs de montagne. Ainsi affirme l’océanographe et l’ingénieur en environnement, Vassen Kauppaymuthoo. Et d’ajouter que de ce fait, il est crucial d’interdire les nouvelles constructions dans ces zones environnementalement sensibles. Mais encore, d’informer la population qui est sujette aux inondations. Ce afin qu’elle soit relocalisée ou qu’elle prenne des mesures d’adaptation comme un changement d’utilisation (de résidentiel à agricole) ou que les constructions soient adaptées. « Les constructions illégales doivent faire l’objet de poursuites et être enlevées », estime-t-il.

Canicules 

Dangers mortels liés au Wet Bulb Effect

Par rapport aux risques associés à la hausse de température, c’est également un défi majeur, affirme l’océanographe. Les zones urbaines côtières comme Port Louis, deviendront inhabitables. Selon lui, il faudra l’accepter et que cela entraînera des déplacements de populations et des activités économiques vers les hauts. À titre d’exemple : Ebène.  Toutefois, il affirme que cela ne veut pas pour autant dire qu’il ne faudra pas prendre des mesures pour enlever le béton et le remplacer par des espaces verts et des mini forêts comme à Port Louis. Selon lui, il faudra aussi informer la population des dangers mortels liés au Wet Bulb Effect. Notamment la température de 37 degrés et 100 pourcent d’humidité. Pour l’ingénieur en environnement, le code de construction devra aussi être modifié.

Sécheresse 

Un bouleversement des cycles hydriques

Par rapport aux sécheresses, l’ingénieur en environnement explique que le changement climatique emmènera un bouleversement des cycles hydriques avec des sécheresses prolongées comme celle que nous avons connue l’année dernière, suivies de périodes de pluies torrentielles. « Notre sécurité alimentaire qui est déjà très mauvaise car, nous importons plus de 80 pourcent de nos besoins alimentaires, va être fortement impactée », indique-t-il. Selon lui, il nous faudra changer notre secteur agricole, valoriser les agriculteurs et leurs produits afin qu’ils aient le juste prix pour leurs produits et encourager le secteur. « Il faudra mettre en terre des arbres résistants à la chaleur et aux inondations. Car, les sécheresses mettront aussi en danger nos approvisionnements en eau potable et en eau pour l’agriculture ». Quant au stockage de l’eau, il estime que cela doit être une priorité avec des mesures d’urgence pour pallier aux besoins en cas de sécheresse prolongée. « Nous avons frôlé la Catastrophe l’année dernière », rappelle-t-il. Ce tout en affirmant que cette année risque d’être pire avec le phénomène El Niño, en cours.

Éboulements 

Combinés aux pluies torrentielles, encore plus dangereux

Au niveau des éboulements, Vassen Kauppaymuthoo soutient qu’ils sont dangereux surtout quand ils sont combinés aux pluies torrentielles. « Les constructions sur les flancs de montagne avec des pentes de plus de 20 pourcent devront être arrêtées et détruites pour protéger les zones en aval », indique-t-il. Et d’ajouter qu’il ne faudra pas tolérer les modifications ou les interférences avec les drains naturels. « Encore une fois, les pentes fortes sont des zones environnementalement sensibles qui doivent être exclues des zones que l’on peut développer », fait-il ressortir.

Hausse de température 

Mortalité massive des coraux

Quant au blanchiment de coraux qui est lié à la montée en température des océans et le phénomène El Nino de cette année, l’océanographe indique que cela risque de causer une mortalité massive de coraux. « Face à ce phénomène dramatique qui affecte la base de l’écosystème marin, il faudra penser à des alternatives, avec des coraux thermo tolérants », dit-il. Ce dernier est d’avis que sachant que le réchauffement climatique va continuer à affecter les coraux à l’avenir, des activités de restauration sont nécessaires. « Il faudra aider les repousses en traitant nos eaux usées et en éliminant totalement les pesticides et les herbicides qui sont fortement cancérigènes, de notre pays. Toutes les activités agricoles devront devenir bio ». Toutefois, il dira qu’il faudra accepter que nous ne pouvons pas sauver les coraux malheureusement avec le rythme actuel de réchauffement des océans.

Montée des eaux

Effondrement des biens immobiliers

« La montée des eaux représente un défi majeur pour notre chapelet d’îles qui risquent de disparaître, réduisant du même coup, notre zone économique exclusive et nos ressources », affirme Vassen Kauppaymuthoo. Et d’ajouter que notre territoire marin risque de ce fait, d’être divisé par quatre. « Il nous faudra enclencher une transition économique afin de changer le tourisme balnéaire en valorisant l’éco tourisme ». L’ingénieur en environnement affirme également que certaines zones côtières deviendront rapidement inhabitables et les investisseurs verront leurs biens immobiliers s’effondrer. Mais encore, Port Louis deviendra inhabitable. « Il faudra dès à présent se préparer à la transition et mettre en place les éléments pour une migration de la population côtière et celle de la capitale ».

Déchets toxiques 

Problématiques pour les nappes d’eau souterraine

Au niveau des déchets toxiques, Vassen Kauppaymuthoo affirme qu’ils sont problématiques dans le sens qu’ils affectent notre nappe d’eau souterraine et empoisonnent notre île qui a un espace limité. « Tout comme les pesticides et les herbicides, il faudra en empêcher l’importation et faire payer ceux qui les importent afin qu’ils défrayent les frais liés à leur récupération et à leur traitement. Les pollueurs doivent payer », indique l’ingénieur en environnement. Et de dire que Mare Chicose devra faire place à un système de gestion des déchets beaucoup plus durable et soutenable. Ce tout en ajoutant que le site devra être réhabilité. Selon lui, les déchets devront être réduits à la source, récupérés et recyclés au maximum. « Ceux qui importent des déchets à vie courte tels que des jouets en plastique parfois toxiques d’Asie et bibelots etc, devront également encourir les frais liés à leur récupération et leur traitement », estime-t-il. Selon lui, la valorisation des déchets est une avenue de développement durable intéressante avec la transition zéro plastique engrangée par notre pays.

Changement dans le climat 

La biodiversité en péril 

Commentant la biodiversité en danger en raison des changements dans le climat, Vassen Kauppaymuthoo indique que Maurice est un des pires exemples à travers le monde avec seulement 2 pourcent de forêt endémique restant avec tant d’espèces qui ont disparu dont le fameux Dodo. « Le changement climatique viendra achever cette situation qui demandera encore une fois la réhabilitation des zones environnementalement sensibles et la création de zones de biodiversité comme des micro- forêts ». Pour l’ingénieur en environnement, le changement climatique est un défi majeur et il ne faut pas se fermer les yeux. « Maurice sera fortement impacté. Il faut préparer l’avenir dès maintenant. Invoquer les dangers, les défis et de les accepter sont essentiels à ce stade. Car, on n’arrêtera pas ce phénomène dangereux qui s’accélère de plus en plus », conclut Vassen Kauppaymuthoo.

Stratégies climatiques 

Diane Salmon préconise la conscientisation et l’adaptation pour un avenir durable 

climate

dianeDans le contexte du dérèglement climatique, Diane Salmon, Country Coordinator et référente à Maurice pour La Fresque du Climat, met en évidence deux stratégies essentielles pour faire face à ce défi complexe. Tout d’abord, elle souligne l’importance d’une conscientisation généralisée de tous les acteurs impliqués, qu’il s’agit de la population, des décideurs, des investisseurs, et autres parties prenantes. Cette conscientisation vise à évaluer de manière approfondie tous les effets du dérèglement climatique, en évitant de se limiter à une vision partielle des enjeux. Elle met en garde contre le risque de ne pas prendre en compte certains aspects cruciaux tels que le risque de submersion, qui peuvent avoir des conséquences dévastatrices. 

Ensuite, Diane Salmon insiste sur l’importance des mesures d’adaptation qui permettent d’agir sur les conséquences du changement climatique. « Ces mesures visent à prendre des décisions éclairées, en évitant de renforcer les risques existants et en recherchant activement des solutions qui offrent des co-bénéfices à moyen et long terme », dit-elle. Et de souligner que la mise en œuvre réussie de telles mesures nécessite une collaboration étroite entre tous les acteurs concernés. « Sans cette coopération, les efforts d’adaptation risquent de se solder par des échecs », prévient-elle.

Il est également crucial, selon Diane, de distinguer clairement entre les notions d’adaptation et d’atténuation. Elle souligne que choisir les bonnes mesures d’adaptation peut contribuer à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES). Mais, cela ne doit pas être confondu avec les efforts d’atténuation qui visent à réduire directement les émissions elles-mêmes. Pour aider à faire des choix éclairés et éviter les erreurs involontaires, Diane met en avant les ateliers de La Fresque du climat et de l’Adaptation qu’elle anime. Ces ateliers permettent de sensibiliser les participants aux enjeux du changement climatique et de les outiller pour prendre des décisions informées. « Grâce à ces initiatives, il est possible d’éviter de faire de mauvais choix par méconnaissance ou inadvertance », indique-t-elle. Pour Diane Salmon, une approche globale du dérèglement climatique nécessite à la fois une prise de conscience collective et des mesures d’adaptation éclairées. Car, la collaboration entre les acteurs concernés et la clarification des concepts tels que l’adaptation et l’atténuation sont essentielles pour relever efficacement les défis liés au changement climatique. « Grâce à des initiatives comme La Fresque du climat et l’Adaptation, il est possible d’éduquer et d’outiller les individus afin qu’ils prennent des décisions éclairées pour un avenir plus résilient face aux changements climatiques », conclut-elle.

Défis environnementaux 

Vikash Tatayah : «L’urgence c’est l’adoption de solutions naturelles»

plante

vikashVikash Tatayah, directeur de conservation pour la Mauritius Wildlife Foundation (MWF), met en évidence les défis auxquels est confrontée la flore endémique de Maurice et de Rodrigues. Il souligne que près de 90 % de notre flore locale est menacée de disparition à divers niveaux. Parmi les arbres, Maurice possède la troisième flore la plus menacée au monde, avec 57 % des espèces d’arbres endémiques en voie de disparition. Et la déforestation est une préoccupation majeure. « En 1996-1997, moins de 2 % des forêts étaient de bonne qualité, et aujourd’hui ce chiffre est estimé à environ 1,3 % », dit-il. Ce dernier affirme que les études menées par Vincent Florence en collaboration avec l’université de Maurice révèlent que même dans les zones forestières où des énormes efforts de restaurations sont faits, nous perdons encore des forêts. « La déforestation se produit à travers tout le pays en raison de la construction de villas en montagne, de maisons le long des rivières, de projets routiers, de la création de réservoirs et de nombreux développements fonciers ». Au niveau des îlots, tels que l’île Plate, l’île de la Passe et l’île aux Phares, il affirme qu’ils manquent de protection face aux visiteurs irresponsables. En ce qu’il s’agit des arbres, le directeur de conservation de la MWF explique que les plantes envahissantes constituent une menace majeure pour nos forêts. Surtout avec l’introduction accidentelle ou volontaire d’animaux envahissants. « L’introduction de biomasse, l’horticulture et le commerce des animaux de compagnie ont également contribué à ce problème ».

Pressions sur la flore de Maurice et de Rodrigues

En ce qui concerne des changements climatiques, Vikash souligne les pressions exercées sur la flore de Maurice et de Rodrigues. « De nombreuses plantes souffrent des perturbations climatiques liées à la pollinisation et de facto, la fructification. Certaines fleurs ne produisent plus de graines en raison de facteurs naturels qui contribuent à ce problème ». Quant aux espèces envahissantes, il explique qu’ils prospèrent grâce au changement climatique. Car, elles sont plus flexibles et s’adaptent facilement aux nouvelles conditions, contrairement aux plantes endémiques qui ont des exigences spécifiques pour leur croissance. Vikash soutient la mise en place de la stratégie du réseau d’aires protégées (2023-2026) pour assurer la connectivité des zones protégées. Il insiste sur la nécessité de lutter contre les espèces envahissantes et de prendre des mesures fermes contre la déforestation. Pour s’adapter, il faut renforcer la résilience des plantes, des oiseaux, des habitats protégés et les étendre, estime-t-il. Et de dire que cela implique la protection des zones humides, des forêts, des îlots et des littoraux. Il pointe du doigt le bétonnage et la déforestation comme les principaux problèmes, soulignant que le changement climatique s’accentue en raison de développements inappropriés et du manque de solutions naturelles. « La protection des rivières est essentielle car, elles agissent comme des drains naturels et il est nécessaire de déplacer les habitations situées le long des cours d’eau pour accroître notre résilience ». 

Zones humides : éponges pour les eaux 

Comme les Wetlands (Zone Humides) jouent un rôle crucial en tant qu’éponges pour les eaux de pluie, Vikash estime qu’il est donc essentiel de ne pas construire sur ces zones. « Notre politique d’utilisation des terres est mal adaptée, et il est nécessaire de revoir cette situation ». Alors, quelles mesures devons-nous prendre ? « Il est mondialement reconnu que pour s’adapter au changement climatique, nous devons restaurer les écosystèmes, augmenter la superficie des espaces protégés et accroître leur nombre », répond-il. En ce qui concerne les éboulements, il indique qu’en début d’année, cela s’est produit à Corps de Garde, au Morne et dans les Gorges de la Rivière-Noire. « Le problème réside principalement dans la prolifération des plantes envahissantes. Les arbres endémiques, qui possèdent des racines profondes et des contreforts, retiennent mieux le sol. Cependant, il s’agit d’un cercle vicieux. Il est donc crucial de revenir aux solutions naturelles, telles que la végétalisation des drains, la restauration des forêts, l’augmentation des zones protégées, les solutions locales et les plantes mieux adaptées à notre climat ». Selon lui, un ébénier peut prendre entre 400 et 700 ans pour atteindre sa maturité, tandis qu’un arbre exotique peut prendre entre 40 et 50 ans, voire seulement 20 ans. Il est donc important de planter des plantes endémiques à long terme. Car, les forêts jouent un rôle essentiel dans la purification de l’air et de l’eau. Mais encore, en tant qu’habitats pour les oiseaux, les reptiles et les insectes. Ce tout en créant une dynamique et en fournissant des ressources pour la pratique de la randonnée. Pour lui, nos forêts constituent également une ressource continue pour le tourisme en plus d’améliorer la qualité de l’eau et de l’air. « Maurice est un pays où il pleut abondamment, et les plantes endémiques retiennent une grande quantité d’eau. Ce qui contribue à augmenter notre capacité de stockage. Cela nous sera bénéfique en cas de retard de pluie », conclut Vikash Tatayah.

 

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