Quand la photographie se réinvente

Par Caroline Duval O commentaire
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La photographie c’est tout un art. Un art qui a pris de l’ampleur à Maurice au fil des années. Et pourtant, ils sont seulement une petite poignée à sortir du lot et trouver leur signature. Créativité et imagination sont les maîtres-mots de ces photographes mauriciens. Lumière sur ceux qui ont choisi de faire de la photographie autrement.

Arvind Mattadeen : De la vidéographie à la photographie

Arvind Mattadeen.

Chacune de ses photos raconte une histoire. Elles retracent aussi son parcours et ses péripéties à travers le monde. Pour Arvind Mattadeen, la photographie et la vidéographie ne font qu’un. Si sa passion première est pourtant la vidéographie, le jeune homme s’est découvert aussi une passion pour la photographie au fil de ses expériences. Le vidéographe, qui s’est forgé un nom au niveau international, raconte avoir commencé il y a 12 ans.

« Tout le monde peut se décréter photographe ou vidéographe, mais il faut surtout avoir ce regard artistique sur les choses que d’autres peuvent trouver banal », confie Arvind. Son succès, il le doit beaucoup aux réseaux sociaux notamment à Facebook. « Je postais mon parcours, mes voyages en Afrique et mes vidéos sur Facebook. C’est lorsque j’ai eu mon premier Canon, qui faisait à la fois des photos et des vidéos, que je me suis vraiment essayé à la photographie », souligne-t-il. Arvind dit s’inspirer des grands cinématographes tels que Devin Supertramp.

Propulsé au niveau international avec Red Bull, il sillonne Dubaï et l’Afrique. Outre les vidéos, il endosse régulièrement la cape de photographe en quête de clichés uniques et développe une passion pour le travel photography et l’astrophotographie. « Ma première vraie photo de paysage, c’était en Namibie dans le désert. Je trouvais un moment après mes journées de travail pour sortir la nuit. Pour moi, il est important que chaque photo raconte une histoire. J’ai alors roulé pendant trois heures jusqu’au désert pour capturer cet instant. C’est ainsi qu’a vu le jour la photo de la coccinelle dans le désert avec le ‘milky lane’ en arrière-plan. (voir photo) Ce soir-là je n’avais pratiquement pas dormi », raconte Arvind.
La photographie joue un grand rôle dans la cinématographie. D’où l’existance des directeurs de photographie dans les grands films, explique-t-il. Suivi par de nombreux internautes à travers sa page Hysteria Production, Arvind se fait un devoir de partager ses expériences et sa passion avec ceux qui le suivent.

Kunal Jankee :  la rencontre entre le naturel et l’artificiel

Telles de vraies scènes de films, ses clichés sont des scénarios ficelés. Kunal Jankee exerce le métier de photographe depuis 25 ans. « J’étais, à la base, un passionné de cinéma et de vidéo, mais j’ai préféré d’abord me lancer dans la photographie », raconte-t-il. Il découvre la photographie du haut de ses dix ans, mais c’est à l’âge de 17 ans qu’il s’offre sa première camera professionnelle. Convaincu qu’il avait trouvé sa voie, Kunal fait ses preuves auprès de l’agence CREAD, où il travaille comme photographe pendant près de 15 ans. Il y découvre la photographie publicitaire et la photo de mode.

« J’ai eu le déclic en 2007, lorsque j’ai fait une de mes premières photos de mode pour la marque Liquid. Ce photoshoot a plus ou moins révolutionné la photographie de mode qui n’existait pas vraiment à Maurice  », souligne le photographe. C’est seulement il y a six ans que Kunal prend la décision de poursuivre sa passion pour la photographie à  plein-temps. Le photographe s’inspire alors de tout ce qui a trait au cinéma afin de créer des clichés originaux et créatifs.

Au fil de ses photoshoots, Kunal développe sa signature et combine avec aise la lumière naturelle à la lumière artificielle. « C’est ce qui donne ce résultat très souvent surréaliste de mes photos. L’on aime ou l’on n’aime pas, nous ne le faisons pas nécessairement pour plaire aux autres », souligne-t-il. Kunal Jankee met en scène des histoires également à travers la photographie conceptuelle.

Doorgesh Mungur :  Raconte-nous un mariage

Doorgesh Mungur, un nom que l’on ne présente plus aujourd’hui dans le domaine. Il est de loin l’un des photographes de mariage les plus prisés de sa génération. Une dizaine d’années maintenant depuis que Doorgesh Mungur s’est forgé une solide réputation. Mauriciens et étrangers sont férus de ses clichés les uns plus originaux que les autres.

« Nous avons tous connu le photographe de mariage un peu âgé, qui faisait toujours les mêmes photos à chaque nouveau mariage. Je voulais briser ce mythe et proposer quelque chose de différent aux Mauriciens. Donner un nouveau souffle à la photographie de mariage», confie Doorgesh. C’est ainsi que le photographe s’est attelé à trouver les clichés et les angles qui sublimeraient chaque mariage. Chose pas toujours simple lorsqu’on enchaîne les mariages. « Le photographe est celui qui accompagne les nouveaux mariés à chaque étape de cette journée. Je me transforme parfois en confident. Nous avons très souvent seulement 30 minutes avant le mariage pour réaliser un maximum de clichés et pouvoir en sus de cela être original dans la démarche », raconte Doorgesh.

Ce dernier se décrit comme un artiste-photographe. « Pour se différencier, il faut avoir l’œil de l’artiste, savoir trouver le petit détail qui fera la différence. Bien sûr il y a aussi les pauses basiques, mais il y a aussi ceux que recherchent tous les clients. Il y a aussi certains couples qui sont un peu plus aventuriers. Dans ce genre de cas, je les emmène dans des ruines ou des forêts », explique le photographe. Doorgesh précise aussi que le travail derrière est un travail de longue haleine de près de 100 heures. Ce dernier a effectué plus d’une centaine de mariages depuis qu’il s’est mis à son propre compte.

Sylvian Sebille : Entre l’ombre et la lumière

Aldo Farla, champion du monde de fitness 2017.(Crédit photo : Sylvian Sebille.)

Il a choisi de ne pas faire comme les autres, de faire toute la différence à travers ses clichés. Sylvian Sebille, directeur de Reactive Studio, est connu pour ses portraits, où seule la silhouette sublime la photo. Après des études en graphisme en Australie, il retourne à Maurice il y a quatre ans. « J’ai très vite réalisé que je ne voulais pas travailler dans le graphisme », raconte Sylvian. Voulant créer et vivre de ses créations, il décide alors de se mettre à son propre compte. Son identité s’est petit à petit dévoilée. « Ma copine avait posé pour un de mes premiers photoshoots de portraits et j’ai tout de suite trouvé ce type de photographie plus attrayante, je jouais sur les ombres et la lumière. À ce moment-là, je trouvais que les vêtements rendaient les personnages plus compliqués à photographier, relate-t-il. J’ai alors fait des photos de nus. La peau étant plus uniforme. » Des photos sculpturales qui sont dévoilées avec subtilité des silhouettes et des formes multiples. Fasciné par le corps humain, Sylvian multiplie alors ce type de clichés.

« J’ai choisi de forcer le destin. J’étais conscient de l’impact que cela aurait pu avoir sur ma carrière. J’avais quand même une crainte d’être jugé, qu’on me prenne pour un pervers », confie-t-il. Et pourtant, c’est son audace qui lui permit de se faire connaître. « Tout part d’une idée calculée, mais c’est aussi un risque à prendre lorsqu’on est artiste ». Après la publication de ses premières photos sur les réseaux sociaux, le retour positif fut, pour lui, une grande surprise. Sylvian Sebille su se démarquer, expérimentant de nouvelles créations avec du « body painting », cherchant à chaque fois à pousser plus loin le processus de création. « Depuis, j’ai fait beaucoup de photos de ce type, certaines publiques, d’autres non. Tout cela dans un respect mutuel des clients ».

La food photography ou l’art de sublimer la nourriture

Anouchka Aodhorah(à g.), food stylist. Géraldine Julie(à dr.), bloggeuse.

Connaissez-vous le food styling ? L’art de sublimer la nourriture à travers la photographie ! Au-delà de la mode et de la publicité, la photographie apparaît également sous d’autres formes. C’est ce que font Géraldine Julie et Anouchka Aodhorah sur les réseaux sociaux notamment à travers Instagram. La food photography s’est vite accaparée de la Toile. Anouchka Aodhorah, amoureuse de cuisine, s’est découverte une passion pour cette pratique.

« À mes débuts, je faisais des photos de mon portable que je postais sur Instagram et sur mon site PeachyTales. Ces photos m’ont permis d’être suivie par des Mauriciens et étrangers des quatre coins du monde », confie-t-elle. « J’aime rendre visible ce qu’on ne voit pas et la photographie me permet de me démarquer à travers ma créativité. Et pour moi, la partie créative est apparue dans l’art du ‘food styling’ », ajoute-t-elle. Souhaitant approfondir son talent, Anouchka finit par investir dans une meilleure caméra. « Le ‘food styling’ est tout un art, l’art d’afficher la nourriture de la manière la plus glamour et esthétique qui soit. Chaque composant, ingrédient ou sujet qui compose la photo, est unique en soi », fait ressortir la food stylist.

Comme elle, Géraldine a commencé par faire des photos de son portable. « Je me suis beaucoup documentée, j’ai acheté des bouquins sur la ‘food photography’, des ‘e-books’ en ligne », raconte-t-elle. Pour elle, le food-styling demande de la pratique, elle privilégie la lumière du jour, soit entre 8 heures et 10 heures, pour faire ses photos. « Au début, on essaie de copier d’autres bloggeurs puis à la longue, on finit par trouver son identité. » La nourriture doit être l’élément principal de la photo, celle qui attire du premier coup d’œil, elle est sublimée afin d’être plus attirante que la réalité.