Profession tailleur : Muslim Boodeemiah manie les ciseaux depuis 70 ans

Par Mario Boutia O commentaire
Muslim Boodeemiah

À 80 ans, Muslim Boodeemiah confectionne son 2 000e costume. Il est tailleur depuis près de sept décennies. Il continuera à travailler aussi longtemps que les gens lui font confiance. On lui a rendu une petite visite.

Il est le seul tailleur encore actif à Chemin- Grenier. « Le métier se meurt, car aujourd’hui les gens ne jurent que par le prêt-à-porter », dit-il, tout en faufilant un pantalon d’un costume. D’une radio posée sur une table, il suit les dernières nouvelles concernant l’injonction des habitants de Résidence Barkly et de La Butte contestant la démolition de leurs maisons se trouvant sur le tracé du Metro Express.

« Rien ne vaut un costume cousu sur mesure par un tailleur », dit-il. La différence, ajoute Muslim Boodeemiah, ne se trouve non seulement au niveau de la couture mais aussi dans la qualité du tissu et des fournitures. L’autre avantage, dit-il, est que le client vient au moins trois fois chez le tailleur pour l’essayage afin de faire des ajustements nécessaires. « Tout tailleur consciencieux doit veiller à ce qu’un costume sied bien à une personne. Il y va de son honneur », dit-il.

Ce qui explique que des « puristes » font toujours appel à lui pour coudre leurs costumes. Et parmi ses nombreux clients, on trouve un ancien ministre aussi bien que des médecins et autres notables de la région. D’un geste, le vieil homme se lève pour nous montrer un costume qu’il est en train de confectionner pour un mariage. Un costume peut coûter au minimum Rs 3 000.

Confiance

Si certains clients apportent leurs tissus, d’autres, qui ne connaissent rien à l’étoffe, préfèrent qu’il aille lui-même en acheter. Il explique que certains tissus ne sont qu’en fait que des imitations d’étoffe et les novices peuvent facilement tomber dans le piège. Ils lui font confiance pour le choix d’un bon tissu.

Autre fait remarquable, le vieux tailleur n’utilise pas une machine industrielle mais une machine à pédale munie d’un petit moteur à dynamo. Muslim trouve qu’une machine à coudre manuelle est plus pratique, car on peut mieux contrôler la couture. Il prend trois jours pour coudre un costume. Le tailleur confectionne aussi des vêtements pour femmes.

Muslim a appris le métier de tailleur dès sa plus tendre enfance. Pour son père, il était préférable qu’il apprenne un métier au lieu d’aller jouer au football. Il est en Std IV quand il commence à apprendre les rudiments du métier. Après les heures de classe, le jeune Muslim se rend chez le tailleur du village. Nous sommes alors en 1945.

Apprenti

Après la VIe, faute de moyens financiers pour se rendre au collège, Muslim se lance à plein temps dans le métier. Malheureusement, le tailleur ne lui montrera jamais comment couper un costume. Ce qui poussera l’apprenti à quitter cet atelier pour aller travailler avec un cousin qui va l’initier dans les techniques de la coupe. Comme le cousin tailleur n’avait pas d’atelier, le père de Muslim leur construira une salle de travail devant la maison. Les deux proches y travailleront des années durant avant que le cousin n’aille contruire son propre atelier.

Après son mariage, Muslim, qui a 26 ans, hérite d’une parcelle de terre sur laquelle il construit sa maison. C’est dans un espace ouvert aménagé devant sa maison qu’il confectionne ses vêtements depuis 1972. C’est de là que sont partis depuis plus de 40 ans, les costumes, gilets, pantalons et autres vêtements qui ont ravi ses clients.