Précarité : le sacrifice d’une femme mariée pour ses parents pauvres

Par Raj Bissessur O commentaire
Veena

Le récit qui suit est poignant. Il s’agit de celui de Veena, dont les parents et la sœur de 13 ans doivent vivre dans des conditions précaires. La jeune femme, mariée et mère d’un bébé, tente de les aider grâce à son salaire. Mais elle ne perçoit pas d’énormes revenus pour s’occuper d’eux comme elle le souhaite.

Veena (prénom modifié) est quelqu’un à qui la vie n’a pas fait de cadeau. Pendant au moins 25 ans, la jeune femme, qui est aujourd’hui mariée et mère d’un bébé de trois mois, a vécu avec ses parents dans une maison qui comporte une seule pièce. La salle de bains et les toilettes se trouvent à l’extérieur. C’est une maison que la famille loue dans une banlieue de la capitale.

C’est dans ces conditions que Veena a grandi. C’est aussi dans un tel environnement qu’elle a fait ses études primaires et secondaires, tout en s’occupant de ses parents qui, avec le temps, ont commencé à tomber malades. Aujourd’hui, la maman de Veena, 46 ans, a subi une ablation du sein. Quant à son père, âgé de 54 ans, il a été opéré de l’œil.

La jeune femme fait l’impossible pour aider ses parents et sa petite sœur de 13 ans. Tout le salaire de Veena sert à subvenir à leurs besoins. Depuis qu’elle s’est mariée en septembre de l’année dernière, elle n’habite plus avec eux. Mais elle ne cesse de penser à eux. « J’ai trouvé un emploi dans une société maritime. Je ne touche pas un gros salaire, mais je me sers de tout ce que je gagne pour soutenir ma famille, surtout pour l’éducation de ma sœur. »

Veena confie qu’elle n’investit pratiquement pas un sou dans son nouveau foyer. « Je remercie Dieu d’avoir trouvé un mari très compréhensif. C’est lui qui se charge des dépenses familiales. » Son époux est comptable. Cela ne signifie pas pour autant que l’argent n’est pas un problème pour le couple. « Depuis que nous avons eu notre enfant (il a trois mois maintenant – NdlR), nos dépenses ont augmenté. Vous me voyez bien habillée quand je vais travailler, mais ce ne sont que des apparences. Vers le 15 de chaque mois, il n’y a, dans mon sac, qu’un pain avec du beurre. »

Problèmes d’hygiène

Elle ne s’en plaint pas, mais elle est frustrée de ne pas pouvoir en faire davantage pour ses proches. Ceux-ci vivent non seulement dans une seule pièce, mais ils sont également confrontés à un gros problème d’hygiène depuis quelque temps. Après l’asphaltage de la route, le main hole a été bouché. Quand l’équipe de la Wastewater Management Authority (WMA) arrive pour le déboucher, lorsque les eaux usées s’accumulent après des averses, elle affirme ne pas pouvoir le repérer. « Du coup, la cour et la maison sont inondées.

Comme la salle de bains et les toilettes se trouvent à l’extérieur, mes parents et ma petite sœur doivent patauger dans ces eaux immondes pour y accéder », déplore Veena.

Et les récentes pluies, qui ont duré plusieurs jours, n’ont guère arrangé les choses. La famille en a beaucoup souffert. Sans compter le fait qu’il y a des drains qui sont bouchés tout près. Une autre source de pollution. Le problème a été signalé à la WMA et aux autorités municipales. Des développements sont attendus pour la semaine prochaine.

Afin que ses parents et sa sœur vivent dans des conditions plus décentes, Veena a entamé des démarches, il y a trois ans, auprès de la National Housing Development Company pour obtenir un logement. Sauf qu’elle attend toujours une réponse. Elle a aussi contacté la National Empowerment Foundation.

Menace d’expulsion

La famille a tenté d’entreprendre d’autres démarches. Elle a demandé au propriétaire du terrain s’il consentait à lui céder le lopin de terre qu’elle occupait. Selon Veena, il demande Rs 1,6 million. Somme dont ne dispose pas la jeune femme et ses proches. Pour l’obtenir, ils n’auront d’autre choix que de contracter un emprunt. Veena explique que les conditions ne sont pas réunies pour que ses proches puissent demander un tel prêt.

Comme un malheur ne vient jamais seul, Veena révèle que la famille vit, depuis quelque temps, sous la menace d’une expulsion. « Le propriétaire nous a demandé de partir à plusieurs reprises. Mes parents vivent désormais dans l’appréhension », déclare-t-elle.

La jeune femme se pose toutefois des questions. Elle se demande si c’est la personne à qui elle remet le loyer tous les mois qui est la propriétaire du terrain. Car il semblerait que le véritable détenteur du bien soit à l’étranger depuis un bout de temps déjà. C’est donc une tierce personne qui est chargée de le lui remettre. Le hic, c’est que le propriétaire, qui n’est pas au pays, s’est plaint de ne pas avoir reçu l’argent du loyer depuis une année.

L’unique souhait de Veena est que ses parents et sa sœur puissent vivre dans de meilleurs conditions. La jeune femme affirme qu’elle ne se plaint pas de devoir s’occuper d’eux. « C’est juste pour vous dire qu’aider sa famille exige un peu de sacrifices », lance-t-elle, avant de conclure : « Mais quand on aime ses parents, rien n’est difficile. »