Société

Pauvreté: un état des lieux

Quel constat fait-on de la pauvreté à Maurice ? C’était le thème de l’émission Talk of the Town, animée par Michaël François mercredi.

Définition de la pauvreté

  • « Les êtres humains ont divers besoins à diverses étapes de leur vie », disait Maslow. Font partie des besoins de base, explique Patricia Adèle-Félicité, de Caritas : la nourriture, les vêtements, le logement…
  • La pauvreté, ajoute-t-elle, c’est aussi ne pas avoir accès à l’éducation, à un travail avec un salaire décent, à la santé…
  • La pauvreté ne se résume pas à une maison en tôle. « Une famille peut vivre dans une maison en béton, mais quid de l’eau, de l’électricité, des toilettes? » souligne Patricia Adèle-Félicité.

La situation chez nous

  • 122 000 personnes vivraient dans la pauvreté, soit environ 30 000 familles, souligne Patricia Adèle-Félicité.
  • Selon le Household Budget Survey de 2012, au moins 25 % de la population, par rapport à leur salaire et leurs conditions de vie, pourraient être concernés par la pauvreté.
  • Le rapport de la Banque mondiale indique que la classe moyenne s’appauvrit à Maurice, à cause de l’augmentation du coût de la vie, de l’insécurité d’emploi grandissante, de la cherté du logement et de l’éducation.
  • « Je connais plus de 10 000 familles qui n’ont pas de logement décent et qui ne mangent pas à leur faim. Et dire que certains avancent que la pauvreté absolue n’existe pas chez nous », ironise la travailleuse sociale.
  • Dans plusieurs régions de l’île (Cité Sainte-Catherine et Rivière-Noire ont été mentionnées), les gens sont privés de toilettes, de salle de bains, d’eau et d’électricité.
  • Il y a aussi des familles vivant dans la pauvreté de génération en génération. Il ne faut donc pas se voiler la face en disant que ce sont seulement les circonstances de la vie qui mènent à la pauvreté.
  • Gros taux d’endettement à Maurice.

Les facteurs perpétuant la pauvreté

  • L’analphabétisme
  • Un système d’éducation inapproprié qui rejette les enfants ayant des difficultés académiques
  • L’absence de qualifications académiques
  • L’emploi qui devient de plus en plus précaire
  • La difficulté à trouver un emploi décent
  • L’absence d’un logement
  • L’impossibilité d’obtenir des prêts
  • L’obligation de dépendre uniquement des aides sociales

Les conséquences de la pauvreté

  • Les pauvres en général ne jouissent pas d’une bonne santé, souligne Pavi Ramhota, sociologue. « Ils ne sont pas en mesure de manger correctement », dit-il.
  • Ils sont aussi, ajoute le sociologue, les premières victimes des fléaux sociaux.
  • Ils sont forcés souvent de faire des choses répréhensibles, comme le vol, les transactions liées à la drogue et la prostitution, pour subvenir aux besoins de leurs familles.
  • Ils squattent les terrains inoccupés. « C’est leur instinct de survie qui les poussent à s’installer sur des terres où il n’y a rien », souligne Patricia Adèle-Félicité.
  • Il y a un rajeunissement des sans-domicile-fixe, indique Linda Tota, du Macoss. « Je suis choquée de voir des jeunes de 19 à 30 ans dans la rue. En plus, lorsqu’ils viennent manger dans des centres qui les aident, ils s’habillent proprement », dit-elle.

Certaines pistes

  • Permettre à la personne démunie de retrouver sa dignité, indique Patricia Adèle-Félicité. Et Linda Tota d’ajouter : « Tant que ce n’est pas le cas, il ne croira pas en lui-même ni en l’avenir. »
  • Arrêter de penser qu’il s’agit d’une histoire d’argent. « Une personne qui perçoit Rs 6 200 n’est pas pauvre, selon la définition officielle. Mais si elle a six enfants… Cela change la donne », ajoute Linda Tota.
  • Traiter les dossiers au cas par cas. « C’est bien d’avoir des chiffres, mais il faut aussi un travail de terrain pour connaître les réalités de chaque famille », ajoute Linda Tota.
  • Autonomiser les gens. « La personne doit pouvoir se débrouiller toute seule à partir d’un moment. Mais pour cela, il faut lui redonner confiance qu’elle peut s’en sortir », précise-t-elle.

Relative vs absolue: « C’est un faux débat »

Patricia Adèle-Félicité explique que, selon les Nations unies, ceux qui vivent avec moins de 1,92 dollars par jour sont dans la pauvreté absolue. « Nos dirigeants utilisent cet argument pour avancer qu’à Maurice, personne ne vit avec moins de Rs 72 par jour. Donc, la pauvreté absolue n’existe pas. Or, il importe de contextualiser les choses », dit-elle. Quant à ceux qui ont des revenus mensuels entre Rs 6 200 à Rs 10 000, ajoute-t-elle, ils vivent dans la pauvreté relative. « Qu’importe si une personne est en train de vivre au jour le jour, sans forcément être en mesure d’avoir trois repas par jour », souligne-t-elle. Pour elle, parler de pauvreté relative et de pauvreté absolue relève d’un « faux débat ». « Une personne doit pouvoir vivre décemment pour ne pas perdre sa dignité », dit-elle. La responsable de Caritas rappelle que : (i)    Pour le National Househould Budget Survey de 2012 , un adulte a besoin d’au moins Rs 5 652 par mois pour vivre bien seul. (ii)    Une famille de deux adultes et deux enfants doit avoir des revenus d’au moins Rs 15 000 pour subvenir à ses besoins de base. (iii)    Selon Statistics Mauritius, une famille a besoin d’au moins Rs 23 000 pour vivre décemment.

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Seuil de pauvreté

Le seuil de pauvreté, explique l’économiste Ganessen Chinapen, est un niveau de revenus en-dessous duquel un ménage est considéré comme pauvre. À Maurice, il est de Rs 6 200. « Ce montant est déterminé à partir d’un calcul complexe où, dans un panier de service, on a mis un minimum de produits jugés indispensables pour un niveau de vie inférieur. Outre l’alimentation, ce panier comprend aussi les vêtements et le logement », souligne-t-il. Ainsi, une famille dont les revenus sont inférieurs à ce seuil est considérée comme pauvre.

Pradeep Roopun: ministre de l’Intégration sociale: « Revoir le seuil de pauvreté n’est pas de mon ressort »

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Un ministre, même s’il occupe le portefeuille de l’Intégration sociale, ne peut décider de revoir le seuil de pauvreté. C’est ce qu’a indiqué Pradeep Roopun, qui intervenait dans l’émission. « Une telle décision n’est pas de mon ressort en tant que ministre de l’Intégration sociale. C’est un sujet sur lequel tous les membres du gouvernement devront se prononcer. Il s’agit d’une National Policy Decision, c’est-à-dire une décision majeure sur le plan national », explique-t-il. Pradeep Roopun souligne que la définition de la pauvreté a toujours posé problème : « C’est un grand débat. Quand nous comparons notre pays aux autres dans la région, nous pouvons nous réjouir du fait que le niveau de pauvreté est moindre chez nous. Certains avancent même que la pauvreté absolue y est négligeable. Mais il est du devoir du gouvernement de venir en aide aux gens vulnérables pour qu’ils puissent améliorer leur niveau de vie. » Le ministre Roopun précise que le plan Marshall (dont Le Défi Quotidien a publié plusieurs mesures contenues dans l’ébauche) « sert avant tout d’état des lieux ». Il révèle que le rapport final devrait être prêt d’ici fin mars. « Le plan Marshall indique la direction et les actions à prendre. Grâce aux experts du PNUD, des stratégies appropriées seront définies pour mieux soutenir ceux vivant dans la pauvreté. Néanmoins, il faudra une action concertée au niveau de divers ministères pour harmoniser nos efforts. Il en est de même pour les ONG », dit-il.

Jacques Lafitte, travailleur social: « Il faut le ciblage »

[[{"type":"media","view_mode":"media_large","fid":"12888","attributes":{"class":"media-image aligncenter size-full wp-image-21205","typeof":"foaf:Image","style":"","width":"1280","height":"720","alt":"Pauvret\u00e9"}}]] Ce membre du Mouvement pour l’éradication de la pauvreté insiste qu’on « ne peut vivre confortablement » avec Rs 6 200 par mois. « Une famille a normalement soit un loyer à payer ou un prêt-logement à rembourser. Il faut y ajouter les factures d’électricité et d’eau. Cela vous fait déjà au moins 60 % de cette somme », dit Jacques Lafitte. Pour lui, il est grand temps de prendre des actions. « Comme le souligne le Plan Marshall, le ciblage pourrait soulager la pauvreté. Dans ce pays, il y a trop de plans. Des actions concrètes s’imposent. La pauvreté augmente. La classe moyenne s’appauvrit de plus en plus », dit-il, tout en précisant que l’ensemble de la population « est assez mature » pour comprendre les avantages du ciblage.

Le cri du cœur de Corina

« Être pauvre n’est pas un choix », lance Corina, qui témoignait dans le reportage au début de l’émission. Tout ce qu’elle veut, dit-elle, « c’est pouvoir vivre décemment ». « Mais pour cela, il faut un minimum, c’est-à-dire un logement décent. Nous ne réclamons pas un château, mais un logement décent pour notre famille », insiste Corina. Notons que 7 000 familles caressent le même rêve.
 

Témoignages

Priscilla: « Mon salaire ne suffit pas » « Mon conjoint m’a abandonnée. J’ai fait une demande pour une aide sociale, qui a été rejetée. Pourtant, mes revenus ne dépassent pas Rs 6 200 par mois. Mon salaire est de Rs 5 500. Cette somme ne suffit pas pour nourrir ma famille. D’ici le 18 mars, j’aurai à trouver Rs 750 pour mon fils, qui part au collège. J’ai fait des démarches pour avoir une maison, mais on m’a fait comprendre que je ne suis pas éligible à cause de mon salaire de base », confie Priscilla, la cinquantaine, maman de trois enfants. Jean: « Pas de salaire fixe » « Je suis chômeur depuis deux ans. J’ai deux enfants à charge. Un troisième pointera bientôt le bout de son nez. En plusieurs occasions, mon épouse a fait des démarches pour obtenir une aide sociale, mais nous avons toujours essuyé un refus. L’officier voulait à tout prix que je lui donne le montant de mon salaire de base. J’ai vainement essayé de lui faire comprendre que, de par la nature de mon métier, je n’ai pas de salaire fixe », nous dit ce maçon d’une quarantaine d’années.
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