Nasreen Banu Ahseek : au gré de ses pinceaux

Par Caroline Duval O commentaire
Nasreen Banu Ahseek

Les coups de pinceau de Nasreen Banu Ahseek marquent les esprits. Elle immortalise des instants, des expressions et des monuments en peinture. Cette quadragénaire talentueuse a enchaîné les expositions depuis le début de l’année.

Nasreen Banu Ahseek est la créativité personnifiée. Elle représente l’art à l’état brut. À 40 ans, elle exprime son art de la plus belle façon qu’il soit : en laissant libre cours à sa créativité. Cette enseignante d’ourdou au collège Queen Elizabeth a pourtant choisi une carrière toute tracée.

Portrait de Gorah Issac exécuté par l’artiste et remis au PM.

« J’étais prédestinée à poursuivre ma carrière dans la langue ourdoue, qui a toujours bercé ma vie. Mon père professeur d’ourdou voulait que je suive ses pas », confie Nasreen.

Elle excellait dans la matière, mais c’est l’art qui a rythmé sa vie depuis son plus jeune âge. « J’avais déjà cette fibre artistique en moi, qui ne demandait qu’à être dévoilée. Au primaire, j’avais remporté une compétition d’art, mais c’est au secondaire que je me suis vraiment découvert ce talent », dit Nasreen.

Douée en art comme en ourdou, elle se classe seconde dans l’île Maurice en ourdou aux examens du School Certificate et du Higher School Certificate. Elle décroche une bourse d’études et décide de se faire violence en choisissant, malgré elle, de faire des études tertiaires en ourdou. Elle s’envole pour l’Inde, où elle intègre The Aligarh Muslim University.

« J’ai pu étudier l’art comme matière subsidiaire pendant deux ans », raconte la quadragénaire. De retour à Maurice, c’est sans grande surprise qu’elle devient enseignante d’ourdou. Elle délaisse sa passion pour l’art pendant onze ans.

« Ce fut le déchirement. Je me suis détachée de ma passion et la vie a suivi son cours. » En 2013 pourtant, le destin en décide autrement en mettant sur sa route l’artiste Deepa Bauhadoor, une ancienne amie d’école devenue sa collègue. « Elle m’encourage alors à reprendre la peinture et m’invite à intégrer l’association Action for Artistic Creation (ACA). »
L’art vit en nous

« J’avais perdu confiance en moi et j’étais convaincue de ne plus savoir comment peindre », lance Nasreen. Elle découvre bien vite que l’art ne se perd pas et renoue avec ses pinceaux. Elle retrouve son assurance.

Nasreen a repris la peinture après onze ans.
Ses œuvres reflètent sa personnalité.

« C’était comme respirer à nouveau. Comme une liberté retrouvée », raconte l’artiste. Sa passion retrouvée, elle participe à une première exposition en commun en 2015 avec l’association. Elle reprend la peinture et ne s’est plus jamais arrêtée depuis.

« Malgré mes engagements en tant que femme et mère de famille, l’art est mon exutoire. Lorsque je m’y mets, je ne vois plus le temps passer. Je peins jusqu’au petit matin. » Nasreen se spécialise en acrylique sur canevas et expose un an plus tard à Flacq avec l’association Save Art.

Mais c’est en 2017 qu’elle vit son art à 200 %, lorsqu’elle est invitée avec trois autres Mauriciens à exposer en Inde pour l’Aligarh Muslim University Alumni Association en commémoration de la naissance de sir Syed Ahmad Khan, fondateur de l’université.

Elle y expose une dizaine de tableaux d’architecture, des portraits et des œuvres abstraites qu’elle réussit même à vendre. Cette année est aussi l’année de plusieurs autres expositions auxquelles elle participe, l’une d’elles en mai à la State House, et une autre plus récemment à la mairie de Quatre-Bornes, en marge d’une conférence sur la diaspora musulmane.

Gagnant en notoriété au fil de ses expositions et de ses rencontres, elle côtoie un cercle d’artistes qui l’approche régulièrement pour des expositions.

« J’ai participé à des ateliers de gravures avec Khalid Nazroo à l’Institut français de Maurice, qui donneront suite à une exposition à la fin de septembre », souligne l’artiste. Elle a récemment été sollicitée pour peindre le portrait de Gorah Issac par la fille de celui-ci, Mariam Goodur. Son œuvre a été offerte au Premier ministre.

Son talent et sa créativité la suivent aussi dans son quotidien. « Mon regard d’artiste me pousse à voir l’art partout, mais aussi à être une vraie perfectionniste. Je vois la vie en trois dimensions. Chaque petit détail peut se transformer en art : la cuisine, le maquillage, les simples petits objets... » explique-t-elle.

« Même lorsque je m’habille, je n’hésite pas à associer des couleurs que d’autres n’oseraient jamais. De simples biscuits sur une assiette doivent être disposés de manière artistique », estime-t-elle.