La place d’Air Mauritius dans le secteur de l’aviation

Par Manoj Ujoodha O commentaire
Air Mauritius

Au milieu des années 1960, l’île Maurice se devait de franchir le pas décisif de l’émancipation. Pauvre, dépendante de la canne à sucre, affaiblie par le chômage et par l’exode des classes moyennes, le pays aurait pu basculer dans la guerre civile. Sans ligne aérienne régulière depuis l’Europe et sans hôtel, le tourisme n’existait pas alors. L’avenir était plus qu’incertain, mais l’intelligence de ce qui restait des élites économiques et politiques allait faire mentir le scénario du pire.

Air Mauritius (MK) a permis de relier Maurice au reste du monde en ouvrant régulièrement de nouvelles routes. La progression rapide du tourisme s’est faite au début grâce à l’ouverture aérienne. Avec des vols à destination et au départ de l’Europe, de l’Asie, de l’Australie et de l’Afrique, Air Mauritius a desservi plusieurs destinations régionales et internationales.

L’ouverture du ciel mauricien

S’il existe en tout neuf libertés de l’air, seulement les cinq premières ont fait l’objet d’un accord formel, entre les États membres de l’Organisation d’Aviation Civile Internationale. La première liberté de l’air permet aux compagnies aériennes d’un pays d’utiliser l’espace aérien d’un pays tiers pour se rendre dans un troisième pays (un vol Maurice-Afrique du Sud qui passe au-dessus de Madagascar). La deuxième permet d’y faire aussi une escale technique pour le ravitaillement.

La troisième liberté permet aux compagnies d’un État membre d’embarquer des passagers dans son pays d’origine pour les débarquer dans le deuxième pays (un vol Maurice-Afrique du Sud), alors que la quatrième liberté est la réciproque de la troisième (le vol retour Maurice-Afrique du Sud). La cinquième liberté de l’air permet à une compagnie aérienne d’embarquer des passagers dans un autre pays pour les débarquer dans un troisième pays sans nécessairement passer par le premier (avec le droit de cinquième liberté, Air Mauritius aurait pu décoller de Maurice, embarquer des passagers de La Réunion et les débarquer à Paris). La sixième liberté de l’air ne fait partie d’aucune entente entre les États et est, en fait, une conséquence de l’addition de la troisième et quatrième liberté. Par exemple, Emirates a le droit d’embarquer des passagers de Maurice pour les débarquer à Dubaï (quatrième liberté de l’air) et elle a aussi le droit de rembarquer les mêmes passagers pour un vol Dubaï-Paris (troisième liberté de l’air). Toutes les problématiques des compagnies d’aviation du Moyen-Orient résident dans le fait que cette sixième liberté est un accord qui n’est pas régi par l’Organisation d’Aviation Civile Internationale, car de nombreux pays sont opposés à la sixième liberté, vu les menaces des transporteurs prédateurs du Moyen-Orient.

Quand il s’agit de l’accès aérien, c’est un fait que la compétitivité d’un pays est liée directement à la connectivité. Plus d’accès aérien implique plus de bénéfices pour les clients, une économie plus large ainsi que davantage d’emplois.

La plupart des accords relatifs aux services aériens desquels Maurice est signataire sont restrictifs, avec des limites sur la capacité des lignes aériennes approuvées. Cela dit, il y a quand même beaucoup de possibilités pour une compagnie aérienne soit européenne, asiatique ou africaine de desservir Maurice. Les restrictions de l’État mauricien sont principalement sur les compagnies prédatrices du Moyen-Orient.

La libéralisation de l’accès aérien améliore le niveau des services aériens et réduit les tarifs, ce qui stimule le volume de trafic. Maurice a commencé à ouvrir l’espace aérien à partir de 2006 pour attirer plus de touristes. Cette ouverture prudente continue jusqu’ici. En 2016, le tourisme a généré presque Rs 56 milliards, une hausse d’environ 10 % sur 2015. L’ouverture du ciel mauricien à d’autres compagnies aériennes a pour objectif principal d’accroître le nombre de touristes pour consolider ce pilier de l’économie. L’accès aérien peut nous ouvrir une mine d’or sur les plans commercial, économique, technologique et social.

La gestion de notre espace aérien doit aussi se  faire avec une vision à long terme. Il est primordial que cette démarche soit pérenne en mettant en place une structure permanente et professionnelle, une Air Access Development Unit sous l’ombrelle du Prime Minister's Office, avec des spécialistes du métier à plein temps, afin de mieux planifier la connectivité aérienne de Maurice avec le monde extérieur, de développer durablement cet espace et de créer plus d’opportunités et de richesses pour le pays.

Cette année encore, il y aura un record dans les arrivées et donc une augmentation importante dans les recettes touristiques. De facto, davantage d’effets multiplicateurs stimuleront notre économie, l’entrepreneuriat et surtout la création d’emplois directs et indirects au bénéfice de la population locale. Il faut attirer plus de voyageurs chez nous, pour faire du business, du shopping à plus grande échelle, des conférences internationales de haut niveau, et les hôtels seront remplis à prix fort. Il sera aussi question d’un nouvel élan aux secteurs tels que l’éducation, la santé, la technologie et la coopération intra- et inter-régionale. Il y aura aussi un boost considérable au fret aérien et maritime, au secteur de la logistique, des transports et de l’énergie, parmi tant d’autres.

En privilégiant l’intérêt du pays, on privilégie aussi le destin de sa ligne aérienne. On n’a qu’à voir ce qui se passe à Singapour avec Singapore Airlines, à Hong Kong avec Cathay Pacific, à Dubaï avec Emirates Airlines, pour ne citer que ces trois exemples, pour comprendre que le destin de l’un est étroitement lié à celui de l’autre. Ils sont tous des économies flamboyantes, des destinations attrayantes et leur compagnie aérienne resplendit, étant parmi les meilleures au monde. Quand un pays offre de multiples bonnes raisons aux voyageurs pour passer des vacances ou faire du shopping ou encore du business, on crée la masse critique nécessaire pour le secteur aérien, et d’autres se bousculeront sans doute pour se faire une place au soleil.

*À lire la suite la semaine prochaine. 
Source : Conjoncture (Janvier/Février 2018)