Ken Arian : «Le numérique mènera au second miracle économique»

By Kamlesh Bhuckory O commentaire
Ken Arian

Le président de l’Outsourcing & Telecommunications Association of Mauritius, organisme représentant les opérateurs du secteur informatique, est d’avis que notre croissance sera dopée avec la mise à exécution rapide et cohérente d’une stratégique numérique.

Quel est le principal thème que l’Otam aborde dans son aide-mémoire budgétaire remis au ministère des Finances ?
Le thème principal que nous avons abordé est la transformation numérique de l’économie mauricienne. Nous pensons que le déclic pour un ‘second miracle économique’ pourrait venir d’une accélération de cette élaboration. Le monde de l’économie numérique est en train de se développer rapidement et il est source de croissance et de création d’emplois. Cette accélération repose sur trois axes.

Quels sont ces pivots ?
En premier lieu, il s’agira d’accélérer la transformation du secteur public et de ses services à travers le Digital Mauritius Programme. Ce serait un programme–ombrelle, visant à regrouper les différentes initiatives de divers ministères et corps parapublics. Ce faisant, on aurait droit à une action concertée et cohérente, une vision unique et une mise en œuvre synchronisée.

Le concept est fondé sur une identité unique du citoyen. Avec sa carte, il pourra avoir un accès facile aux différents services publics qui seraient liés à travers une interface commune. L’approche devrait être axée sur le citoyen. Ensuite, il est question d’embarquer toutes les entreprises mauriciennes dans cette transformation numérique, des plus petits aux plus grands groupes à travers des campagnes d’explications et des ateliers. Qui plus est, il faudrait que le pays développe un écosystème pour favoriser l’émergence d’une nouvelle génération d’entrepreneurs du numérique.

Comment parvenir à cette émergence de nouvelles entreprises dans le secteur numérique ?
Le pays requiert encore plus de personnes qui souhaitent entreprendre dans le numérique. Pour y arriver, il nous faut encadrer et soutenir ceux qui voudront prendre le risque de s’y aventurer. D’abord, dans notre aide-mémoire, nous parlons du développement d’une plateforme qui regrouperait toutes les informations sur les partenaires du public et du privé, les institutions incluant des investisseurs providentiels, banques, conseils légaux, incubateurs et consultants. Cette plateforme ferait le pont entre les nouveaux entrepreneurs, les leaders de l’économie et chefs d’entreprises qui agiraient comme des mentors pour les encadrer.

Qu’en est-il du financement ?
L’accès aux finances est une des plus grosses difficultés auxquelles les entrepreneurs en devenir font face. À cet effet, l’Otam préconise la création d’un fonds dédié tant aux start-ups qu’aux petites entreprises ayant moins de deux ans d’existence. Ce capital n’investirait pas directement dans ces sociétés. Il serait conçu selon le modèle de fund of funds qui, en fait, participerait au capital des fonds de capital-risque dûment constitués et enregistrés.  

Les mesures fiscales en vigueur sont-elles favorables au secteur ?
On peut mieux faire. Pour attirer plus de grandes sociétés de l’Outsourcing et du Business Process Outsourcing, nous devons nous rapprocher de ce qui se fait dans les services financiers, avec une taxe effective dans la fourchette de 3 % à 5 %. Aujourd’hui, quand on parle d’avantages pour inciter les multinationales à s’installer au pays, l’argument d’une fiscalité à 15 % n’intéresse plus. Car dans d’autres pays, elle est déjà à ce niveau ou moins encore, visant à favoriser le secteur des services, sinon l’exportation de ces services. (…) L’Otam est d’avis que les entreprises, qui exportent des services, se font rembourser la Taxe sur la valeur ajoutée (TVA) parce qu’elles ne peuvent pas la passer à leurs clients étrangers.

Êtes-vous de ceux qui estiment que les organismes d’État engagés dans l’informatique devraient se regrouper ?
Une restructuration pour avoir des organismes modernes est nécessaire, afin de faire face aux défis du secteur. Elle permettrait une mise en œuvre réussie de cette vision audacieuse. L’accent est donc mis sur la transformation du National Computer Board en un Technology Strategy Board. Ce sera l’organisme suprême qui pilotera la transformation numérique sous le ministère de la Technologie, de la communication et de l’innovation.