Ismet Abdoolah : «La hausse des loyers sera un coup de massue»

Par Mario Boutia O commentaire
Ismet  Abdoolah

Le secrétaire de l’Association des commerçants de Beau-Bassin/Rose-Hill et du Front commun des commerçants de l’île Maurice appréhende plusieurs fermetures de commerce en 2018. Et cela avec une forte hausse des prix des locations des bâtiments commerciaux à la fin du moratoire de la Landlord & Tenant Act en décembre 2017.  

Le prix des loyers des bâtiments commerciaux pourra connaître une importante hausse en janvier prochain avec la fin du moratoire  de la Landlord & Tenant Act le 31 décembre.  Votre réaction ?
C’est très inquiétant. À l’expiration de ce moratoire, les propriétaires des bâtiments pourront à leur guise augmenter les prix des locations et imposer de nouvelles conditions sur les locataires des bâtiments commerciaux, tout comme ils l’ont fait  suivant  l’amendement de la Landlord & Tenant Act en 2005.

Ce qui a poussé le gouvernement d’alors à venir avec  un autre  amendement en vue d’accorder un moratoire jusqu’en 2012 sur l’application de ces mesures et qui a été étendu  jusqu’à décembre 2017.  Ce qui nous  a donné un peu de répit.

Répondant à une question parlementaire, Showkutally Soodhun, ministre du Logement et des Terres, a clairement fait savoir qu’il n’y aurait  pas d’autre prolongation.  Je crains fort que les prix des locations ne grimpent en flèche.

Les commerçants pourront-ils tenir le coup ?
Une augmentation substantielle des prix des locations sera un coup de massue, surtout pour les petits commerçants qui se trouvent déjà dans une situation précaire. Je connais un cas où le prix de location est passé de Rs 8 000 à Rs 30 000 par mois.

Comment un propriétaire peut-il réclamer du jour au lendemain une forte hausse du prix de location ?
Généralement, les propriétaires des bâtiments demandent à un professionnel d’évaluer leur local, avant de réclamer un loyer plus important, arguant que c’est le prix du marché. Faute de moyens pour faire une contre-évaluation, les locataires n’ont d’autre choix que d’accepter ou de fermer boutique.

Donc, plusieurs  commerces pourront cesser leurs activités en 2018 ?
Un relevé que nous avons fait récemment  indique que plus d’une centaine  d’emplacements  ont fermé leurs portes à Rose-Hill et nous devons nous attendre à plusieurs autres fermetures en 2018, si les prix des locations augmentent, comme on l’évoque à 300 %. Je crains fort que dans la conjoncture, plus de 50 % commerces ne puissent survivre, même si la location augmente par 100 %.

Pensez-vous, comme le dit le ministre des Infrastructures publiques, que le Metro Express va  booster le commerce ?
Franchement, je ne le crois pas. Qu’est-ce que le Metro Express va nous apporter en plus. On se trouve déjà à côté d’une gare routière et les affaires vont mal. Cela dit, je ne pense pas qu’il va apporter un plus aux commerces à Rose-Hill. C’est peut-être vrai pour le secteur de l’alimentation, mais pas pour les prêts-à-porter et les articles de luxe. Au contraire, avec le Metro Express, notre situation pourrait empirer avec les marchands ambulants qui afflueront à côté des stations de métro. Ce qui nous affectera davantage. À moins que les autorités ne prennent des mesures pour protéger le commerce légal, car nous avons des frais, comme les permis, les salaires des employés, les factures d’eau et d’électricité et le loyer.