Infrastructures : le projet de parking au Champ de Mars fait son chemin

Par Raj Bissessur O commentaire
Champ de Mars

La mairie de Port-Louis et les ministères concernés misent sur le parking qu’ils aménageront au Champ de Mars pour décongestionner les rues de la capitale. Malgré les voix discordantes qui se font entendre, ils sont bien décidés à poursuivre le projet. Un appel d’offres pour l’allocation du contrat sera d’ailleurs bientôt lancé.  

30 : C’est la période pour laquelle le parking du Champ de Mars sera loué à bail.

Les contestations n’y feront rien : le  gouvernement entend bien poursuivre avec son projet de parking au Champ de Mars. C’est ce que martèle le lord-maire Daniel Laurent (voir hors-texte). Après avoir fait paraître une Request for Proposals en janvier dernier, la mairie de Port-Louis compte prochainement lancer un appel d’offres pour l’allocation du contrat. Ce parking, d’une superficie de 36 482 m2, sera capable d’accueillir un millier de voitures. Ce qui, espère le gouvernement, permettra de décongestionner les rues de la capitale.

Sollicité, l’ancien lord-maire Mohammad Oumar Kholeegan a expliqué que le stationnement sera bientôt interdit dans les principales artères de la capitale. Il fait notamment référence aux rues La Bourdonnais, Pope Hennessy, SSR, Edith Cavell, John Kennedy et Bourbon.

Selon l’ancien lord-maire, le ministre Nando Bodha leur a demandé, le ministre des Collectivités locales et lui, de présider une réunion à laquelle participeraient tous les acteurs concernés, à savoir la Road Development Authority, la Traffic Management and Road Safety Unit, la National Transport Authority, la police et mairie de Port-Louis, entre autres. « Nous avons relevé le nombre de parkings payants existants dans la capitale afin de les relocaliser au Champ de Mars. »

« Certaines artères de la capitale seront converties en trois voies. »

L’ancien lord-maire
Oumar Kholeegan.

Oumar Kholeegan a souligné qu’une fois les parkings actuels éliminés au cœur de la capitale, « certaines artères pourront, comme l’a souligné le ministre Bodha, être converties en trois voies ». Le but étant, dit-il, de rendre la circulation plus fluide.

Car, poursuit-il, au lieu de se rendre dans le centre-ville, les automobilistes iront au Champ de Mars. De là, indique l’ancien lord-maire, des navettes seront mises à la disposition des automobilistes pour se rendre au cœur de la capitale. « La personne qui aura payé pour le service de stationnement au Champ de Mars disposera d’une carte lui donnant accès aux navettes qui sillonneront la capitale. Elle pourra sauter d’une navette à une autre sans rien payer », souligne Oumar Kholeegan. Sans compter le fait, dit-il, que les parkings du Champ de Mars seront dotés d’un service de sécurité.

Si le gouvernement mise sur ce projet pour décongestionner les rues de Port-Louis, des personnes qui vivent dans la région du Champ de Mars sont, elles, loin d’être aussi enthousiastes. Elles clament que le parking sera néfaste pour l’environnement, estimant qu’on ne pourra plus y respirer de l’air pur et que le projet gâchera l’atmosphère conviviale de l’endroit, avec le va-et-vient des véhicules. Pour appuyer leur cause, les habitants ont notamment sollicité l’intervention d’Osman Mahomed, député dans la circonscription no 2.

Osman Mahomed, député au no 2 : « Le Champ de Mars sera asphyxié et mourra »

Osman Mahomed confirme avoir été contacté par les habitants du Champ de Mars. « Ils m’ont parlé de leurs craintes au sujet de l’impact que pourrait avoir le parking sur l’environnement du Champ de Mars. Je partage leurs appréhensions. Le paysage subira une transformation au détriment de la nature conviviale du site », estime-t-il.

Le député du no 2 martèle que le projet aura un impact à plusieurs niveaux, notamment environnementale. « Près du Champ de Mars, il y a plusieurs écoles maternelles et des garderies (Chung Wa, Mintek, Bethléem, etc.), des écoles primaires (De La Salle, Dr Beaujard) ainsi que des instituts du secondaire (G. M. D. Atchia, D. A. V., City College, SSS Colline Monneron). Tous ces enfants devront respirer un air pollué », précise le député.

« Déjà que l’air est irrespirable les jours de courses. J’ai été au Champ de Mars le jour du Maiden pour constater de visu l’impact de ces milliers de voitures sur l’environnement. Maintenant si on aménage un parking sur le site, ce sera Maiden tous les jours ! » ajoute-t-il.

L’autre crainte du député et des habitants c’est la disparition de la verdure. « Le Champ de Mars est comme un tapis vert. Figurez-vous qu’on parle ici d’un lieu d’une superficie de plus d’un arpent et demi », explique-t-il.

Osman Mahomed insiste sur l’importance de l’espace vert au Champ de Mars, vu le nombre de gens qui aiment souvent s’y rendre en famille pour se détendre. « Si la plus grande partie du terrain est couverte de bitume, vous vous rendez compte de ce qui se passera quand le tarmac sera chauffé ? Le Champ de Mars est le poumon de Port-Louis, le seul.

Maintenant, si on couvre l’espace vert par du bitume, si on pollue l’environnement par la fumée émanant des véhicules, le Champ de Mars sera asphyxié et va mourir », insiste-t-il.

Le député remet sur le tapis le projet évoqué, il y a plus d’une décennie, de créer un parking souterrain devant la Cathédrale de Port-Louis. « Le projet ne s’est pas concrétisé. Il y a aujourd’hui un joli espace vert devant la Cathédrale alors qu’auparavant, il y avait un flot incessant de véhicules à cet endroit. N’est-ce pas une bonne chose ? »

Osman Mahomed s’interroge sur l’utilité de créer un parking au Champ de Mars. Il trouve paradoxal le fait de vouloir aller de l’avant avec cette idée alors que le projet Metro Express vise à diminuer le flot de véhicules dans la capitale.

Lettre envoyée à la mairie
Dans une lettre, en date du 7 avril 2017, adressée à l’ancien lord-maire Mohammad Oumar Kholeegan, Osman Mahomed annonçait avoir soulevé, le 28 mars 2017, la question sur le « lease of land for the development and operation of car park at Champ de Mars » à l’Assemblée nationale. Il disait aussi dans la missive avoir préparé une pétition signée par quelque 1 600 personnes qui sont contre le projet. Il a cité plusieurs raisons dans un document en annexe. Le député a également informé l’ancien lord-maire que le ministre des Collectivités locales a déclaré à l’Assemblée nationale n’avoir reçu aucune pétition des habitants, ni au siège du ministère, ni à celui de la mairie.

À qui appartient le terrain choisi ?

« C’est un terrain de l’État sous l’administration de la mairie de Port-Louis qui a été choisi pour le projet », fait-on valoir. En fait, le Mauritius Turf Club (MTC) est lui-même locataire. Il loue l’hippodrome auprès de la mairie. C’est ce que nous avait déclaré Benoit Halbwachs, General Manager du MTC, lors d’une conversation en début d’année.

Il nous avait expliqué que le MTC loue l’espace et ne peut, de ce fait, intervenir dans la décision du gouvernement de créer un parking au Champ de Mars. « Je dirais seulement que l’idée n’est pas mauvaise en soi, sauf que cela risque d’être fait au détriment de l’espace vert », a-t-il déclaré. Il a ajouté que les autorités et le MTC ont déjà eu des rencontres à ce sujet et qu’il faudrait maintenant parvenir à une coordination entre les heures de l’entraînement et l’arrivée des premiers véhicules au Champ de Mars.


Daniel Laurent, lord-maire : « Le projet ne se fera pas au détriment de l’espace vert »

350 : C’est l’estimation que fait une source digne de foi du nombre de parkings payants qui existeraient actuellement à Port-Louis. Sont concernés les endroits suivants : Sir William Newton, gare Victoria, La Chaussée, rue Jemmapes, rue Duc d’Édimbourg, rue La Bourdonnais et rue Indépendance, entre autres.

Le projet est définitivement sur les rails. C’est ce que confirme le lord-maire Daniel Laurent. « Ce parking fait partie du développement de la ville. Ce projet sera bénéfique à tout le monde. Actuellement, il y a plus de 400 voitures qui se rendent au Champ de Mars tous les jours. Le projet concerne un aménagement de parkings pour 1 040 véhicules », dit-il.
Le lord-maire insiste que le projet ne se fera pas au détriment de l’espace vert. « Il n’a jamais été question d’éliminer les espaces verts. Le jardin d’enfants sera toujours là. Le terrain de foot aussi. On n’utilisera que des sites inutilisés au Champ de Mars, comme les coins marécageux », déclare-t-il.

« Dans un premier temps, on s’occupera des espaces marécageux. Des drains seront aménagés. Ce sera une bonne chose. » Tentant de dissiper les craintes des habitants au sujet de la pollution que pourrait occasionner le parking, Daniel Laurent fait ressortir qu’il y a déjà, à l’heure actuelle, des milliers de véhicules qui passent à côté du Champ de Mars tous les jours. « Après tout, les gens qui utiliseront le parking iront là-bas le matin et dans l’après-midi uniquement », lâche-t-il.

Le lord-maire se remémore ainsi d’autres projets, comme celui d’une autoroute, contestés par des habitants, qui avaient finalement vu le jour et qui ont satisfait tout le monde.  

« Dans un premier temps, on s’occupera des espaces marécageux. Des drains seront installés. Ce sera une bonne chose. »

L’aménagement du parking, poursuit-il, permettra aux routes de Port-Louis de devenir piétonnières. « Cela permettra de créer de l’espace, puisque les routes seront libérées. Une fois que les gens auront laissé leur véhicule au Champ de Mars, ils pourront se rendre au centre-ville dans des navettes mises à leur disposition. Le service sera disponible toutes les cinq minutes », explique-t-il.