Inactivité depuis un mois - Judex Rampaul : «Un pêcheur perd Rs 700 à Rs 800 par jour»

Par Mario Boutia O commentaire
Judex Rampaul

Une mer démontée cloue les pêcheurs à terre depuis début janvier. Loin de réclamer une compensation financière, Judex Rampaul, président du Syndicat des pêcheurs, souhaite plutôt qu’un emprunt bancaire, à faible taux d’intérêts, leur soit proposé à chacun d’eux afin qu’ils puissent relancer leurs activités.

Depuis le début de l’année, les pêcheurs sont immobilisés au sol en raison de la mer démontée. Comment vivent-ils cette période difficile ?
Comme à chaque saison cyclonique, la communauté des pêcheurs vit des moments très durs. Regardez le nombre de bateaux qui sont cloués au sol depuis le 2 janvier. On ne peut prendre la mer. D’un côté, il y a les grosses vagues et de l’autre, les pluies rendent la visibilité difficile. Ce qui explique que nous sommes pratiquement au chômage technique.

D’où le manque de revenus…
Chaque jour que nous ne travaillons pas, nous perdons en moyenne Rs 700 à Rs 800. Ce qui affecte notre budget familial. Sans oublier le fait que des pêcheurs ont perdu leurs casiers en mer durant le mauvais temps.

C’est aussi pour cette raison que vous demandez le soutien financier de l’État ?
On ne réclame pas de compensation financière gratuite, mais une forme d’aide de l’État. Cela pourrait prendre la forme d’un emprunt bancaire jusqu’à Rs 25 000 à un faible taux d’intérêts afin que les pêcheurs ayant perdu leurs casiers et autres équipements puissent relancer leurs activités au plus vite. Qu’on le veuille ou non, les pêcheurs sont des entrepreneurs à part entière. Nous contribuons énormément à nourrir la population.

Hormis le mauvais temps, quels sont les autres problèmes auxquels sont confrontés les pêcheurs ?
Nous avons remis une liste de revendications au ministre de la Pêche. Nous attendons toujours qu’il prenne une décision. Parmi les problèmes les plus urgents, il y a les vieux pêcheurs qui veulent rendre leurs cartes de pêche contre le paiement d’une compensation ou la possibilité d’être recyclés dans un autre secteur, comme le tourisme. Avec leur grande expérience de la mer, ils peuvent notamment organiser des sorties avec des touristes pour que ces derniers puissent admirer les coraux et les poissons en mer.

Leur retrait aurait permis aux jeunes de prendre la relève. Avec une formation adéquate, ils pourraient pratiquer la pêche hors lagon et tirer profit de notre zone économique exclusive. Aujourd’hui, le lagon perd de plus en plus de poissons à cause de la pollution. Je dois reconnaître que le gouvernement a pris des mesures en faveur de la communauté des pêcheurs. Je cite notamment l’allocation de Rs 4 millions pour l’achat des bateaux de pêche semi-industriels. On a déjà reçu un bateau. Un autre arrivera à Maurice dans les jours à venir. Un autre problème qui affecte les pêcheurs est la pêche illégale. J’aimerais que les autorités prennent des mesures plus drastiques pour assainir la situation.

Des pêcheurs qui ont suivi des formations attendent toujours leurs cartes professionnelles…
C’est triste que ce soit ainsi. À mon avis, la faute revient à des procédures qu’il faut revoir. À ce jour, il faut obligatoirement passer par une école de pêche pour obtenir sa carte et passer un examen médical. L’ironie veut que ces personnes qui ont suivi des cours depuis septembre dernier et qui attendent toujours leurs cartes sont des professionnels de la mer, sauf qu’elles n’ont pas de carte professionnelle. Je pense que si le gouvernement veut vraiment tirer des gens de la misère, il faut qu’il revoie les procédures pour l’obtention d’une carte de pêcheur.