Dev Luchmun : «L’apport du Premier ministre a été déterminant pour les travailleurs»

Par Mario Boutia O commentaire
Dev Luchmun

Le consultant en relations industrielles Dev Luchmun salue la contribution de Pravind Jugnauth pour améliorer le sort des travailleurs, cette année. Il plaide pour l’introduction des  Warehouses and Storage (Safety and Health) Regulations.

Quelle est votre lecture du monde du travail en 2017 ?
Comme les années, précédentes, le monde du travail a connu des hauts et des bas. Mais pour moi, le fait marquant en 2017 est l’apport du Premier ministre et ministre des Finances, Pravind Jugnauth qui a été déterminant pour débloquer les situations les plus difficiles et où l’on était arrivé à un point de non-retour. D’abord, il y a le salaire minimal où, comme je le prévoyais, il n’y a pas eu de consensus au sein du National Wage Consultative Council. Les syndicats ont réclamé l’intervention du Premier ministre et finalement on a eu un rapport plus satisfaisant pour les salariés.

Son intervention a été aussi déterminante pour les cleaners des écoles primaires, bien qu’elles aient dû faire une grève de la faim. Il y a aussi l’impôt négatif et la compensation salariale de Rs 360 qui a été bien accueillie par les syndicats. L’impôt négatif a permis de se rendre compte que certains employeurs ne contribuaient pas au National Pension Fund et au National Savings Fund. Je souhaite que le gouvernement prenne des mesures pour contraindre les employeurs récalcitrants à verser leurs contributions aux fonds de pensions afin que les travailleurs puissent en bénéficier à l’âge de retraite.

Un autre fait qui a marqué le monde du travail en 2017 est l’introduction de la National Employment Act visant à faciliter l’accès des jeunes au monde du travail. Il est triste toutefois de constater que 2017 a aussi été marquée par le grave incendie de Shoprite où un jeune employé affecté dans l’entrepôt a trouvé la mort. Je pense qu’il faut introduire de toute urgence des Warehouses and Storage (Safety and Health) Regulations pour veiller à la sécurité des employés travaillant dans les grands entrepôts des centres commerciaux. Une telle loi existe ailleurs.

Comment voyez-vous 2018?
Si je me base sur les réalisations de 2017, je pense qu’en général les travailleurs seront mieux lotis en 2018. Mais la situation risque d’être tendue dans l’industrie du transport en raison du Metro Express, bien que ce même projet puisse créer des centaines d’emplois, durant sa construction. D’autres chantiers pourraient démarrer en 2018, notamment les Smart Cities et d’autres projets infrastructurels, qui vont doper la croissance mais tout dépendra aussi de la situation économique sur le plan international.

Certes, on parle de grand chantiers de construction, mais toujours est-il que les compagnies étrangères qui décrochent des contrats à Maurice recrutent des ressortissants de leurs pays et très peu de Mauriciens.
Il faut reconnaître que Maurice a encore besoin de l’expertise étrangère dans certains domaines et on continuera à faire appel à des étrangers qui pourront assurer la formation des Mauriciens. Mais les autorités doivent veiller à ce que nos compatriotes aient priorité à l’embauche pour d’autres travaux sur les chantiers de construction. Il faudrait qu’un pourcentage de Mauriciens soient obligatoirement recrutés par des compagnies étrangères mais aussi qu’un certain nombre de contrats pour des grands projets de construction soient réservés à des compagnies mauriciennes.

Quels seront les autres grands défis qui attendent le monde du travail en 2018 ?
Il faudra bien gérer la mise en œuvre du salaire minimal. Des ajustements devront être faits pour rétablir les relativités entre les salaires dans la fonction publique et dans le secteur privé. Pour la fonction publique, cela ne devrait pas causer de gros problèmes. Les autorités doivent aussi veiller à ce que des entreprises privées n’effectuent pas un dégraissage de leur personnel.

Il y a aussi les amendements à l’Employment Relations Act’ et de l’Employment Rights Act qui devraient faire l’objet de débats dans la société civile avant d’être présentés au Parlement.