Dev Luchmun : «Il n’y aura pas de consensus sur le salaire minimal»

Par Mario Boutia O commentaire
Dev Luchmun

Économiste de formation, Dev Luchmun, ancien conseiller en relations industrielles au ministère du Travail, estime que l’introduction du salaire minimal se heurtera encore aux divers intérêts qui divergent.

« Un salaire minimal de Rs 19 280 est réellement exagéré »

À moins d’un mois de l’annonce officielle du taux du salaire minimal, il semblerait qu’on soit encore loin d’arriver à un consensus sur le quantum…
Je ne veux pas jouer à l’oiseau de mauvais augure, mais je  crains fort que  le National Wage Consultative Council n’arrive pas à un consensus.

Pourquoi ?
D’abord, si le gouvernement, le patronat et les syndicats sont d’accord sur l’introduction d’un salaire minimal national, néanmoins, ils ont des considérations différentes. D’abord,  bien qu’on trouve  que la demande syndicale pour un salaire minimal de plus de Rs 10 000 soit exagérée,  il faut reconnaître que leur principal souci est de combattre l’inégalité salariale criarde, surtout dans le secteur privé. Sur la même table, on trouve des représentants du patronat qui défendent leurs intérêts, en arguant qu’un salaire minimal trop élevé provoquerait des licenciements et des fermetures d’entreprises.

Aussi, ceux du gouvernement qui a un rôle d’arbitre car, conformément à  l’article 6 (2) de la National Wage Council Act, il doit non seulement veiller que les salariés se trouvant  surtout au plus bas de l’échelle soient, non seulement bien servis, mais aussi que  le salaire minimal n’ait pas un impact  négatif sur la croissance économique, l’emploi, la compétitivité et la survie même des entreprises. Ce qui me pousse à dire qu’il n’y aurait pas de consensus, car les intérêts divergent. Ce sera le ministre des Finances (même pas le ministre du Travail) qui sera contraint à donner le chiffre du salaire minimal.

Avez-vous un chiffre en tête ?
Je laisse le soin au National Wage Consultative Council de décider du taux du salaire minimal. Je souhaite toutefois que toutes les parties à la table des discussions arrivent à un consensus afin que le salaire minimal soit une réalité en janvier 2018. Le principal but du salaire minimal national est de venir en aide aux économiquement faibles de la société, tout en veillant à ce que la machinerie économique puisse continuer à tourner  normalement.

Cela dit, un salaire minimal de Rs 19 280 est réellement exagéré, puisqu’il provoquera des pertes d’emploi et la fermeture d’entreprises. Toutefois, il faut reconnaître  aussi qu’un salaire minimal de moins de Rs 8 000 par mois serait aussi catastrophique pour les salariés.  Cela dit, je pense que le salaire minimal  doit combler le fossé salarial  qui existe entre les petits salariés du secteur privé et ceux de la Fonction publique.  Il est impensable qu’un employé du secteur privé touche nettement moins que celui du secteur public, alors que la nature du travail des deux est identique.

Qu’en est-il de la relativité salariale dans le sillage de l’introduction du salaire minimal ?
Le salaire minimal va certainement perturber la relativité dans les secteurs privé et public. Si, dans la Fonction publique, cette responsabilité incombe au Pay Research Bureau (PRB), pour le secteur privé on parle de l’introduction d’une Master Conversion Table pour aborder les problèmes de relativité. Sincèrement, je pense que cette tâche doit être confiée au National Remuneration Board (NRB) qui dispose de toute l’expertise nécessaire dans ce domaine.

Dans certains milieux, on dit que la Negative Income Tax est une sorte de subvention accordée par le gouvernement au secteur privé dans le cadre de l’introduction du salaire minimal. Partagez-vous cet avis ?
Dans un premier temps, la Negative Income Tax pourrait être perçue comme une subvention gouvernementale au secteur privé. Mais, une fois que le salaire minimal est introduit, ce ne sera plus le cas, puisque si le salaire minimal se situe entre Rs 8 500 et Rs 9 000 par mois, le paiement de l’allocation de Rs 1 000 ne se posera plus pour les salariés touchant  moins de Rs 5 000 par mois Ce qui fait que le nombre de salariés qui auront droit à l’impôt négatif diminuera considérablement. La responsabilité du paiement du salaire minimal ne tombera que sur les employeurs.