Dev Luchmun, ex-conseiller au ministère du Travail : «Il aurait fallu s’organiser pour payer le salaire minimal dès janvier»

Par Mario Boutia O commentaire
Dev Luchmun

Ancien conseiller au ministère du Travail, ce consultant en relations industrielles regrette que tous les salariés n’aient pu bénéficier du salaire minimal en janvier 2018. Dev Luchmun plaide pour la création d’une escouade en vue de veiller à l’application de la loi.

Des employés,  notamment du secteur de l’exportation, devront patienter jusqu’à fin février pour bénéficier du salaire minimal prévu fin janvier 2018. Qu’en pensez-vous ?
Mettez-vous à leur place et pensez à leur frustration. Ils avaient l’espoir d’avoir leur salaire minimal fin janvier. Maintenant, à cause d’un retard administratif, on leur demande de patienter encore un mois. Pourtant, depuis des mois, tout indiquait que le salaire minimal se situerait entre Rs 8 000 et Rs 9 000. Il devait être appliqué à partir de janvier 2018.
Je n’ai pas du tout envie de créer une polémique. Mais je pense que les entreprises auraient dû prendre des dispositions pour permettre à leurs salariés d’avoir le salaire minimal à la date convenue. Évidemment, il ne faut pas oublier que certaines entreprises auront des difficultés à payer le salaire minimal.

D’où votre demande pour la création d’une  escouade au ministère du Travail en vue de veiller à l’application du salaire minimal ?
Je suis heureux que le ministère de tutelle ait pris la décision de créer cette escouade. Je pense qu’elle doit non seulement veiller à ce que le patronat soit conforme à la loi, mais elle doit également mener des campagnes d’explications à l’échelle nationale pour éclairer employeurs et employés sur les technicités du salaire minimal.

Cette escouade, composée d’inspecteurs, doit aussi former des officiers des différents départements du ministère pour qu’ils puissent, à leur tour, aider les entreprises et les salariés. Cela dit, je prévois des secousses dans le monde du travail suivant les perturbations dans la relativité salariale et l’application du salaire minimal. Il serait bon que les autorités prennent des mesures pour assainir la situation.

Pouvez-vous élaborer ?
Comme on s’y attendait, le salaire minimal a entraîné dans son sillage une perturbation au niveau des salaires entre les différentes catégories d’employés.

Par exemple, un employé touchant un salaire de Rs 7 000 voit son salaire passer à Rs 9 000.  Ce qui le rapproche un peu plus du salaire de son supérieur direct. Il se pourrait même que la rémunération d’un subalterne dépasse celui de son supérieur. Ce qui provoquerait une grande frustration chez ce dernier.

C’est pour cette raison qu’un réajustement des salaires est important afin de rétablir la  relativité entre les différents grades. Dans la Fonction publique, cet exercice s’avère plus facile que dans le privé, vu que le travail sera effectué par le Pay Research Bureau (PRB) qui dispose de toute la logistique.

Pour le privé, dans un premier temps, on avait proposé une Master Salary Scale Conversion pour rétablir la relativité salariale. À mon avis, cela ne marcher ait pas car il existe une certaine opacité dans le secteur privé par rapport aux salaires.

Finalement, cette tâche incombera au National Remuneration Board (NRB). J’espère qu’on renforcera ses effectifs afin qu’il puisse remettre son rapport au plus vite. Et aussi qu’ils prennent en compte le fait que la mesure devait prendre effet en janvier 2018. Le gouvernement devrait également prendre des mesures pour que les travailleurs étrangers ne soient pas discriminés par rapport au salaire minimal.

Je constate que des syndicalistes ont demandé à ce que les allocations de nourriture soient incluses dans le salaire minimal. C’est une discrimination et cela est contraire à la Convention 111 du Bureau  international du Travail, selon moi.