Deepak Sungkur : courtier et ambassadeur de la Paix pour l’Unesco à Paris

Par Pradeep Daby O commentaire
Deepak Sungkur

Deepak Sungkur est de ces Mauriciens qui se sont construit une raison de vivre à l’étranger en participant activement au sein de leur communauté d’accueil. à Melun, dans la banlieue parisienne, où lui et sa famille habitent, il est le seul Mauricien à mener deux activités exceptionnelles sur deux fronts : il exerce le métier de courtier et est ambassadeur de la Paix pour l’Unesco. Un parcours dont il doit la réussite à sa famille, mais aussi à sa persévérance pour sortir de la routine qui peut parfois caractériser la vie de certains Mauriciens établis à l’étranger.

Tout dans son parcours prend à contrepied les recettes communes qui préfigurent une belle carrière : il est natif de Camp Levieux, un faubourg populaire de Rose-Hill, scolarisé à l’école de Camp Levieux et au collège Eden, qui sont loin d’être des institutions ‘stars’. Voilà pour les bases, mais Deepak Sungkur va se jouer du déterminisme social pour se réaliser : ainsi, il part se former en marketing, ce qui lui permet de devenir responsable des ventes à Rose Bobois. À 21 ans, il met le cap sur la France chez sa sœur, puis revient à Maurice après un an, et déçu ici, il retourne en Hexagone.

À Corbeille, dans la banlieue parisienne, il décroche un job en 1999 comme directeur de développement chez Meubles Collet, puis est embauché comme directeur adjoint chez Business Service, un centre d’affaires spécialisé dans la création d’entreprises, le conseil et gestion juridiques et la création de sites internet. Là, il représente des pays comme le Maroc, l’Inde et Maurice, dont il prospecte des marchés pour les fleurs. La même année, il rencontre sa future femme, issue de la Sorbonne avec un diplôme en gestion d’entreprise. Bientôt, sa route croise celle de Nicholas Sarkozy et aussi celle de la Baronne de Rothschild, avec lesquels il s’entretient. « M. Sarkozy me dit qu’il veut aider les Français, la discussion a porté sur le travail des douaniers », se souvient-il. C’est sa rencontre avec la baronne qui va le décider à créer sa boite de courtage en assurance et finance: Sungkur Courtage, assurance et finance. « J’ai eu la garantie bancaire d’un million 770 euros de la Banque Rothschild pour pouvoir opérer. Je représente des notaires et des agents immobiliers, entre autres », explique-t-il.

Dans ce type de relations impliquant l’argent, il faut être franc et loyal, il faut savoir dire les choses. Dans le monde des affaires, j’ai voulu apprendre et être curieux »

Convention financière

à l’époque, indique-t-il, il n’a pas la nationalité française, indispensable pour devenir courtier, mais grâce à une convention financière signée entre Maurice et la France, il peut travailler. Comment a-t-il réussi ce parcours ? « Dans ce type de relations impliquant l’argent, il faut être franc et loyal, il faut savoir dire les choses. Dans le monde des affaires, j’ai voulu apprendre et être curieux », fait ressortir Deepak Sungkur. Depuis, il a embauché sept agents, dont cinq commerciaux multicartes chargés de démarcher des prospects.

Pour ne pas être en reste dans la famille, son épouse Sandhya, durant son voyage à Maurice en 2017, décroche un contrat pour la confection des uniformes pour les hôtesses d’Air Mauritius. L’idée fait son chemin, car elle a creusé ce projet dans sa région en France, où elle compte démarcher des contrats en présentant des designs avant de les sous-traiter auprès des entreprises de confection. Seule ombre au tableau : la concurrence chinoise... Déjà présente en France, ne risque-t-elle pas de contrarier ce projet ? « Nous ne sommes pas dans le même type de projet, précise Deepak Sungkur. La qualité européenne fait la différence, les travaux de finition n’ont rien à voir avec les produits chinois. Nous répondrons exactement à la demande des clients aussi en termes de délais. »  

Cette assurance va de pair avec la bonne santé que connaît le milieu des affaires en France, où semble s’amorcer la reprise. « J’avais créé ma société au même moment où il y a eu le crash du 11 septembre. C’était un risque. Puis, la crise des subprimes, qui a impacté sur la Société générale, a eu pour conséquence que la France a été punie. Lorsqu’un contrat est signé aux États-Unis, il est garanti par l’Europe, qui est dans l’obligation d’indemniser le contrat, mais l’inverse n’est pas vrai : un contrat signé en Europe n’oblige pas une institution financière à indemniser le client. Les contrats américains sont réassurés en Europe. Les États-Unis ont toujours le dernier mot. Nous avons eu une Europe économique puissante, mais sans aucune unité culturelle », fait-il observer.

Ambassadeur de Paix pour l’Unesco

C’est en 2013 que Deepak Sungkur devient ambassadeur de Paix pour l’Unesco, un titre honorifique, certes, mais qui ne va pas sans des responsabilités, dont il s’acquitte au sein de son ONG, Arjoon Sungkur, du prénom de son père. « L’ONG s’occupe des orphelins de guerre, des femmes battues et des personnes démunies en Afrique australe », indique-t-il. Son dossier pour l’obtention de ce diplôme à vie avait fait l’objet d’une demande par un élu frontiste. « Ses convictions ne me gênent pas, aussi longtemps que je peux réaliser les projets sociaux », fait-il valoir. Le diplôme est un laissez-passer qui lui ouvre les portes dans des pays qui connaissent des problèmes internes. « Je l’ai eu pour mon identité pluriculturelle et le sens de la tolérance qui fait partie de la vie des Mauriciens. L’action de ma belle-mère, qui préside l’association des Mauriciennes de Sénart et organise chaque année les fêtes hindoues dans cette ville, a aussi été prise en compte. »

Grâce aux fonds récoltés en France, l’ONG peut financer des projets agricoles en République centre-africaine. « Les Français sont généreux, mais il faut qu’on soit transparent dans le montage des projets et la gestion de l’argent. J’accepte les dons d’où qu’ils viennent, pourvu que ne soit pas de l’argent mal acquis », explique Deepak Sungkur.

Grâce à son diplôme de l’Unesco et son ONG, il a réussi à monter une usine de recyclage de roues en partenariat avec le groupe Tata au Rajasthan. « Nous rechercherons des marchés en Afrique et en Europe », indique-t-il. Mais l’île Maurice reste son objectif principal, là où il compte séjourner pour, dit-il, aller à la rencontre des gens de tout bord pour leur expliquer sa vision. « Je serais venu s’il n’y avait pas cette élection partielle à Belle-Rose/Quatre-Bornes. J’ai remis le voyage à 2018, si tout se passe bien. »