Billet - L’engagisme : quelles leçons ?

Par Shaffick Hamuth O commentaire

Nous commémorons, chaque jeudi 2 novembre l’arrivée des premiers travailleurs engagés à Maurice. Cet événement annuel nous donne l’occasion de rappeler les événements douloureux du passé, à travers expositions, programmes culturels, discours et autres.

Nos ancêtres, les esclaves ou les travailleurs engagés, débarquant sur une terre étrangère, étaient laissés à eux-mêmes. Il n’y avait pas de lois pour faire respecter les conditions de travail. Ils ont subi ce qu’ils ont subi. 

Aujourd’hui, nous sommes devenus employeurs et nos travailleurs engagés viennent de l’Inde, de la Chine, du Bangladesh, du Sri Lanka ou ailleurs. Ils sont plus chanceux que nos ancêtres, car les conditions sont différentes, les lois sont là, les institutions veillent à leur bien-être. Mais, voilà qu’ils y a différents traitements. D’abord, les pauvres, on les appelle Migrant Workers, alors que les riches, eux, sont des « expatriés ». Les pauvres, eux, n’ont pas le droit de venir avec leurs familles alors que les « expatriés » sont libres d’amener leurs femmes et enfants, et même leurs parents, ou de se marier à Maurice. Les travailleurs manuels doivent quitter le pays au bout de quelques années, et de revenir après un an, alors que les « expatriés » peuvent renouveler leurs permis autant de fois qu’ils le veulent, sans avoir à quitter le pays.

Ces pauvres gens travaillent jour et nuit dans des conditions qui n’attirent plus les Mauriciens, la plupart préférant demeurer chômeurs plutôt que de prendre ces boulots difficiles. Ces étrangers sont là pour fabriquer notre pain quotidien. Quand ils se sentent exploités par leurs employeurs, ils les abandonnent et trouvent refuge ailleurs. Alors que des pilotes ont le temps pour saisir la Cour suprême pour éviter une déportation, les travailleurs manuels, eux, n’ont pas accès aux mêmes droits et privilèges. Personne ne se soucie de leur sort, leurs dettes, leurs contraintes, leur situation familiale. Pour nous, ils ne sont qu’un maillon dans la chaîne qui gonflera notre PIB.

Chaque jour, nous pouvons voir comment des travailleurs étrangers sont transportés dans des fourgons ou camions sans aucune norme de sécurité, à notre indifférence totale, alors que nous nous sentons interpellés quand des animaux sont transportés inconfortablement. Les travailleurs étrangers sont aussi victimes de vols et d’agressions.

En ce jour solennel, ayons aussi une réflexion pour améliorer le sort de ces milliers de travailleurs étrangers, sinon ces commémorations annuelles n’auront servi à rien, si nous n’avons pas été capables d’en tirer des leçons.