Bhooshan Ramloll : «Des activités naîtront autour du tracé du Metro Express»

Par Pradeep Daby O commentaire
Bhooshan Ramloll

La reprise dans le secteur de la construction sera-t-elle tributaire du chantier déjà ouvert du Metro Express ? Le directeur de RBRB Construction, Bhooshan Ramloll, n’en est pas sûr.

Mais, il entrevoit un regain d’activités chez les PME, dont les quincailleries et les professionnels en sous-traitance.

« À Maurice, la grande majorité de la main-d’œuvre dans le bâtiment n’est pas formée. »

Comment le secteur de la construction a-t-il évolué ces dernières années  ?
Durant ces trois dernières années, ce secteur a été frappé par la stagnation et une décroissance de plus de 20 % par manque de projets. À tel point que certaines petites entreprises ont dû mettre la clé sous le paillasson ou supprimer des postes, parce qu’elles ont été incapables de rembourser leurs dettes. Ce sont surtout les emplois administratifs qui en font les frais, car les entrepreneurs, comme chez nous d’ailleurs, préfèrent maintenir les postes du personnel de chantier, qui sont déjà en situation de pénurie, en espérant la reprise.

Comment avez-vous géré ces années difficiles ?
Nous avions déjà quelques contrats qui nous ont permis de maintenir la tête hors de l’eau et de garder les postes.

Comment s’annoncent les prochaines années ? Y a-t-il des signes de reprise ?
Oui, avec les annonces contenues dans les Budgets 2016-2017 et 2017-2018, on s’attend à un ballon d’oxygène dans le secteur de la construction. Trois gros chantiers devraient pouvoir assurer la relance : le Metro Express, la construction de Low Cost Houses et les travaux publics. Du côté du secteur privé, il y a une reprise timide avec les projets de Smart Cities.

Le Metro Express sera-t-il bénéfique à votre entreprise ?
Non, en aucun cas. Aucune loi ne fait obligation aux constructeurs indiens du métro de recourir aux entreprises mauriciennes. Bon, on sait déjà qu’au niveau du partenariat avec la partie mauricienne, c’est une grosse société, la General Construction qui a été choisie. Le secteur de la construction, d’une manière linéaire, n’est pas concerné par ce chantier. On peut, en revanche, penser que les petits commerces, dont les quincailleries, les plomberies, les sociétés engagées dans les travaux électriques se verront accorder des contrats de sous-traitance. Ce sera une véritable aubaine pour certaines PME engagées dans  ces activités. Autour des quelque 2 000 travailleurs manuels indiens, il y aura des activités. Mais ce projet lui-même reste un peu opaque, en termes d’emplois, qu’il est susceptible de générer. On n’en sait pas plus au niveau de son aspect technique et de management. Il y a un gros déficit de communication entre les opérateurs du projet et la population.

Quel sera l’impact du Metro Express sur les villes ?
Il faudra s’attendre à voir des activités naître autour du tracé du métro, de Curepipe à Port-Louis. Je pense qu’il occasionnera une attractivité qui accompagne toujours tout développement routier de cette envergure. On verra davantage de Mauriciens venir habiter dans les régions urbaines, cette tendance va certainement impacter à la hausse du coût de l’immobilier, dont celui des résidences. Ce qui n’est pas nouveau, car de tout temps, les Mauriciens ont voulu élire domicile dans les villes, à cause de son style de vie. Le Metro Express, qui deviendra la colonne vertébrale de Maurice, va dynamiser cette attractivité encore plus.

Le gouvernement vient d’annoncer l’extension du Metro Express à toute l’île Maurice. Est-ce possible ?
Oui, mais, il faut déjà compléter celui-ci et vérifier son impact à tous les niveaux de notre vie, et surtout les moyens de le rendre rentable. Je serai le premier ravi de voir le métro desservant le pays, mais je ne crois pas qu’on a les moyens de nos ambitions.

Est-ce que l'on peut encore construire dans les zones urbaines ?
Oui, mais il faudra que les municipalités mettent sur pied un véritable programme d’aménagement du territoire pour mettre fin aux constructions anarchiques. Je ne suis pas en faveur d’une démolition systématique des immeubles dans les villes, car certaines structures appartiennent à notre patrimoine. Mais, il faut les réhabiliter, tout en modernisant d’autres structures. Les villes se sont développées dans une espèce de fil droit, sans la moindre espace pour des zones tampons.

Votre compagnie est aussi engagée dans la construction d’appartements. Certains observateurs dans le secteur estiment que nous sommes arrivés à une saturation dans cette filière, qu’en pensez-vous ?
Nous sommes très loin de la saturation, car la demande pour les appartements existe. L’exemple du projet à Trianon, qui a connu un gros revers, ne reflète pas la réalité dans ce type de résidence. Nous n’en sommes, certes pas encore à une frénésie d’achat, mais comme le coût du foncier devient de plus en plus cher en raison de la rareté des terrains à bâtir et des coûts des matériaux de fabrication, la résidence en appartements apportera une réponse à la problématique du logement.

Il est vrai que le coût d’un appartement de standing moyen reste encore inaccessible aux salariés moyens, en raison des coûts de matériaux de construction qui sont tous importés et qui, en aval, se répercutent sur les prix de vente ou de location.  C’est là où il faut trouver des mécanismes d’aide à l’achat d’un logement, qu’ils soient envisagés en termes de prêts bancaires ou des employeurs. L’appartement est un type de résidence très viable, à condition qu’il soit pourvu de toutes les garanties, en termes de sécurité et d’entretien. Il correspond à un style de vie qui est marqué par l’utilisation rationnelle et optimale de notre temps.

Votre compagnie peut-elle obtenir des parts dans les gros projets privés de Smart Cities ?
Je ne crois pas. Ce sont des projets qui sont réalisés en circuit fermé. C’est au gouvernement de démocratiser cette pratique, car les groupes qui réalisent ces projets sont cotés à la Bourse.

Est-ce que le concept de durabilité est-il pris en compte dans la construction à Maurice ?
Pas suffisamment, car ce que l'on désigne comme la « construction verte » a un coût. Nous essayons de l’inclure chez nous. Mais c’est l’ensemble du pays qui devrait être concerné, ce qui n’est pas le cas, parce que c’est une décision politique qui doit être assortie d’un cadre légal avec le soutien de l’État en termes de facilités fiscales pour l’acquisition d'appareils permettant de réaliser des économies d’énergie.

Est-ce que le pays doit réduire sa dépendance sur la main-d’œuvre étrangère, afin de favoriser l’emploi des Mauriciens ?
Dans le secteur que je connais, je note qu’il existe une pénurie de main-d’œuvre formée aux nouveaux types de constructions. La construction est un métier cyclique, car il passe par des phases d’innovation qui exigent une main-d’œuvre adaptée à ces mutations.

Or, à Maurice, la grande majorité de la main-d’œuvre dans le bâtiment n’est pas formée. C’est la raison pour laquelle nous faisons appel aux étrangers qui ont, eux, l’expérience de grands immeubles à l’étranger. Il faudra impérativement que l’État crée une école des métiers où seront formés, entre autres, les professionnels du bâtiment.